‹ Christophe SauvalChapitre 31 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

de ces jours passés et irrévocables; il s^épouvanlait de se retrouver si dissemblable de luimême, et se demandait si c^était bien lui qui folâtrait autrefois dans les prairies avec une aimable et riante petite compagne ; si c^était lui qui , dans le bonheur de Finnocence et insouciant du lendemain , se livrait à de joyeux ébats sous les re2:ards du bon Jérôme. Par momens il délirait encore , et la nuit , lorsque sa lampe jetait dans sa chambre une clarté douteuse, son imagination prêtait une forme connue et une expression vengeresse aux figures à demi effacées qui tapissaient autour de lui les murailles : il y reconnaissait les traits de ceux dont il avait encouru les justes reproches ou cause la ruine , et si le vent venait à soulever ces tapisseries flottantes , il croyait voir de redoutables fantômes s'avancer vers lui avec des regards plaintifs ou des gestes menaçans : <( Pardon ! pitié ! » s'écriait-il dans son égarement, et il était heureux lorsque la violence de ses douleurs physiques donnait un peu de trêve aux tortures de son cœur.

Cependant quelques mots échappés à la femme du concierge lui inspirèrent de vives alarmes. Ses largesses furent plus puissantes que les recommandations du médecin , et il apprit qu'Alice avait quiué le manoir de Kerlan

dans un désordre affreux. Il voulut à tout prix obtenir des renseignemens certains, et ayant tracé avec peine quelques lignes par lesquelles il demandait au vieux Bertrand des nouvelles de sa maîtresse , il obtint que Tenfant du concierge fût chargé de remettre ce billet et d'apporter la réponse.

Alice n''avait point encore retrouvé sa rai-^ son , et Bertrand attribuait ce cruel malheur à Christophe. En recevant la lettre de ce dernier, il ne put réprimer le désir d'infliger un juste châtiment au coupable : il lui envoya donc récrit fatal qui , en dévoilant son crime , avait porté un coup si terrible à Alice, et au dessous, pour toute réponse, il mit ces mots :

« Mademoiselle Alice est devenue folle. »

Christophe , en parcourant cette lettre, interrompit sa lecture par des cris de désespoir, et lorsqu'enfin ses yeux eurent rencontré les mots foudroy ans qu'y avait ajoutés le vieillard:

« Folle ! ! s'écria-t-il avec une expression farouche , folle ! . . . elle est folle ! »

Sa frénésie épouvanta l'enfant, qui s'enfuit et courut avertir sa mère. Un quart d'heure

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