‹ Christophe SauvalChapitre 4 sur 32 · CAPITULATION · texte numérisé non relu

CAPITULATION

ment Adolphe ; mais que veux-tu que je fasse si tu te [)erds à plaisir ? Je ne puis, moi, que te donner un bon conseil , tant pis pour toi si tu refuses d'en profiter. Oublies-tu qu'en France il faut surtout éviter de donner prise au ridicule ?

— Et quel ridicule y a-t-il à défendre un homme de cœur et de bon sens ?

— Pardon , pardon , mon cher , reprit Finipitoyable Adolphe en se levant et prenant son chapeau; sache que lorsqu'on prend parti pour un homme coulé , perdu dans l'opinion, on est toujours sûr de se faire moquer de soi ; n'oublie pas cela.

■^ Eh bien ! bourreau , reprit Christophe poussé à bout , parle donc , achève ta pensée : que veux-tu que je dise? Comment faut-il m'y prendre pour te satisfaire et pour repousser d'odieux soupçons?

— Bon! dit Adolphe avec vm diabolique sourire , t'embarrasses-tu pour si peu ? Il n'y a qu'à vouloir , mon cher ; lorsqu'il s'agit de trouver des défauts à un gouvernement , la bonne volonté est toujours efficace. Cherche donc et tu trouveras. Adieu ! Tu as jusqu'à ce soir pour te dcider. Nous sommes en retard ; nos confrères ont pris les devans, et ce que nous n'avons pu dire aujourd'hui nous devons le dire demain.

Il laissa Christophe dans une angoisse cruelle; car il y avait entre Adolphe et lui cette différence essentielle, que le premier faisait le mal sans scrupule et ne sHnquiétait en aucune façon de mettre ses actes d^accord avec sa conscience. A vrai dire , il ne savait trop s^il en avait une , et , pour se débarrasser plus promptement de tout scrupule, il niait Dieu, la vérité, la morale : au besoin, il se serait renié luimême. Christophe, au contraire , élevé par son oncle dans le respect des principes sacrés d^une austère vertu , éprouvait une invincible répugnance à les violer. Il consultait sa raison comme un guide infaillible , et , avant d^agir , il cherchait toujours de bonne foi , au moyen d'argumens spécieux, à concilier son intérêt et la morale. Aussi, ne pouvant justifier à ses propres yeux la honteuse défection que lui avait proposée Tabbé Chorrin , il était sorti victorieux de répreuve , et avait rejeté , sans plus ample examen , le rôle odieux qu'on lui offrait , et qui répugnait d'*ailleurs à toutes ses sympathies. Mais , en d'autres occasions , il était habile à se tromper lui-même en appelant le raisonnement en aide à ses ardens désirs , et lorsqu'enfin sa conscience, vaincue par d'ingénieux sophismes, avait été réduite à capituler , il dédaignait ses sourds murmures , et agissait sans scrupule au

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