‹ Christophe SauvalChapitre 6 sur 32 · L' ARTICLE · texte numérisé non relu

L' ARTICLE

Le comte froissa plusieurs fois la feuille dans ses mains et finit par la rejeter loin de lui avec un mouvement de rag^e : il ne resta pas un moment de plus dans la salle et la quitta presque en même temps que son adversaire.

Maxime avait tout vu , tout entendu. A peine fut-il seul que, poussé par finstinct de la curiosité, il se saisit du journal dont la lecture avait causé tant de joie à Fun des deux interlocuteurs et si profondément irrité Tautre. Il reconnut sur-le-champ Tarticle pour être de Christophe : c^était en effet lui, Maxime, qui avait été chargé de fenvoyer au bureau de Y Oracle et d^en surveiller Tinsertion , il conçut aussitôt la perfide pensée de se faire une arme de cette feuille contre son cousin , un moyen de le séparer d^Alice , de rompre une liaison qui le faisait trembler. Il fit réclamer sur-le-champ à fimprimerie du journal , et au nom de Chri stophe^ la minute de Tarlicle inséré la veille ; puis il traça rapidement , en ayant soin de déguiser sa main , quelques lignes par lesquelles il informait M. de Kérolais que fauteur de cet article était Christophe Sauvai; et, îorsqu^il eut la feuille manuscrite en son pouvoir, il la mit avec son billet sous enveloppe comme pièce de conviction , et les fit remettre Fun et Fautre à Fadresse du comte.

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La scène rapportée dans le chapitre précédent eut lieu , ainsi que nous Tavons dit , le lendemain du jour où Alice engagea sa foi d'une manière irrévocable à Christophe. Celuici était encore dans Tivresse de son triomphe , lorsqu'^il reçut un billet ainsi conçu :

Monsieur , « Brisons là , s'il vous plaît : il convient à

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tous égards que nos relations soient interrompues. J'ai des devoirs à remplir envers ma famille, envers mes honorables amis, et je leur dois, monsieur, de ne pas les exposer plus longtemps à rencontrer chez moi le rédacteur du dernier numéro de V Oracle,

Votre serviteur très-humble.

Le comte de Kérolais.

Le comte joignait à sa lettre, pour plus ample information , la minute de Farticle de la veille , envoyée à son adresse par Maxime et qui était entièrement^ de la main de Christophe. Décrire la confusion et la rage de ce dernier est chose impossible : il passa sur-le-champ d'une joie infinie à une extrême douleur : au moment où il croyait presque toucher à son but , il s'en voyait plus éloigné que jamais.

Quel pouvait être , se demanda-t-il , l'exécrable auteur d'une si noire trahison ? Il refusa de prendre aucun repos qu'il ne l'eût découvert, quoiqu'il ressentit les premiers symptômes d'une fièvre ardente : il sortit donc en toute hâte , et courut à l'imprimerie du journal , où il ne sut rien , si ce n'est qu'un inconnu était venu la veille demander la feuille manuscrite en son

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nom. Il s^épuisa en vaines conjectures; car rien ne pouvait être alors plus loin de ses pensées que la vérité ; aucun indice n^accusait Maxime, qui d^ailleurs n'était en butte à aucun soupçon. Christophe revint chez lui rongé de chagrin , et le soir même il traça ces lignes :

« Alice , je suis victime d'une atroce perfidie. Votre père m'interdit sa maison, et j'ignore quand il me sera permis de vous revoir. N'attendez point de moi que je proclame ici mon innocence : non , Alice , non , je ne puis vous dire : Je n'ai encouru aucun reproche, je ne suis point coupable. Mais si vous saviez tous mes tourmens, toutes les douleurs d'une situation fausse et cruelle! Rappelez -vous ce que j'ai souvent eu à supporter auprès des vôtres pour l'amour de vous ! Ah ! il y a , dans la vie , des momens d'accablement où les souffrances , accumulées au fond du cœur , débordent ; il y a des jours où l'ame est trop faible pour étouffer le cri de l'indignation ou de la colère. Mais si, dans les mots amers échappés à ma plume, il en est un seul où vous ayez pu voir une ofïénse envers un des vôtres , envers aucun de ceux qui vous sont chers , ô pardonnez , ange du ciel, pardonnez-le moi ! car je le i'enie et le désavoue de toute mon ame. Plai-

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