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IV. — Cosmogonie et fin du monde

Seule la jeune Edda nous fournit un tableau d'ensemble, dont elle a puisé les éléments dans l'ancienne Edda. Il est difficile de déterminer ce qui est de l'époque germanique ancienne ou addition des temps postérieurs. La description de la création semble dériver, en partie du moins, de récits antiques, tandis que le tableau de la fin du monde a emprunté des traits chrétiens.

D'après l'Edda, longtemps avant la formation de la terre, il existait deux mondes : l'un était situé vers le Nord et s'appelait Niflheim, l'autre était situé vers le Sud et s'appelait Muspellsheim; ce dernier brûlait d'un feu immense.

Entre les deux mondes, il y avait un grand gouffre, Ginnungagap. De Niflheim un grand nombre de fleuves coulaient vers Ginnungagap ; là, l'eau se changeait en glace et en frimas. Mais de Muspellsheim volaient des étincelles qui fondaient la glace et les frimas. Et les gouttes tombantes furent vivifiées, et devinrent un géant, qui s'appela Ymir : de lui descciident les géants.

Du frimas tombant en gouttes naquit aussi une vache, nommée Audhumla; de ses pis il coula quatre fleuves de lait qui alimentèrent Ymir. La vache se

nourrissait en léchant les pierres, couvertes de frimas, qui étaient salées. Au soir du premier jour qu'elle eut léché ces pierres, on vit apparaître la chevelure d'un homme, puis le second jour, la tête d'un homme, et le troisième jour, un homme entier. 11 s'appela Buri. Buri engendra un fils du nom de Bôr, qui fut le père d'Odin, de Yili et de Véi... Les fils de Bôr tuèrent Ymir, prirent le cadavre, le placèrent au milieu du gouffre de Ginnungagap, et ils créèrent la terre, la mer et le firmament. De la chair d'Ymir ils formèrent la terre, et de ses os, les montagnes; ses dents et des morceaux d'os brisés devinrent des cailloux et des pierres, et sa chevelure fut changée en arbres. Ils placèrent son crâne au-dessus de la terre : ce fut le ciel, et sous chacun des quatre coins du ciel ils mirent un nain. Ils prirent aussi la cervelle d'Ymir, la jetèrent en l'air et en firent les nuages. Du sang qui jaillit de ses blessures, ils créèrent la mer. De ses sourcils ils bâtirent une haie comme rempart contre les attaques des géants, et l'appelèrent Midgard. Ils accrochèrent au ciel les étincelles qui volaient de Muspellsheim, réglèrent leur position et leur marche, afin qu'elles pussent éclairer en guise d'étoiles le ciel et la terre. Le soleil et la lune se virent aussi assigner leur place et leur marche. Dans la chair d'Ymir, beaucoup de vers étaient nés ; les dieux leur donnèrent un esprit et une forme humaine : ce sont les nains, qui habitent sous la terre et dans les rochers.

Odin et ses deux frères Yili et Véi trouvèrent sur la côte deux arbres ; ils en formèrent le premier couple humain, qu'ils appelèrent Askr et Embla. C'est d'eux que descendirent tous les hommes qui habitèrent le pays compris dans l'enceinte de Midgard.

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Tel est le récit de la création. Mais les meilleurs critiques s'accordent à y voir une (teuvre des Scaldes, non la simple expression de la foi populaire. Pour retrouver la croyance germanique primitive, il faudrait pouvoir la distinguer de ce qui est spéculation de lettré, emprunt classique ou influence chrétienne médiévale. C'est là une détermination qui reste encore dans le domaine des conjectures.

L'eschatologie révèle de façon plus sensible. Tinfluence chrétienne. La description de la fin du monde, telle que l'Edda nous la présente, est vraiment grandiose, et ditlicile à oublier, lorsqu'on l'a lue une fois. Au temps marqué, les puissances ténébreuses montent à la surface de la terre. Le chien des enfers et le féroce loup de Fenris brisent leur chaîne, le serpent de Midgard lève sa tête effrayante. Du sud arrive le Seigneur du royaume du feu ( Muspeîlsheim), avec ses fils, et il lance le feu destracteur. Du nord, Loki conduit une troupe de géants au dernier combat. Odin se lève aussi pour la lutte décisive, lui et. les siens. La destinée fatale des dietix [Ragnarok] s'accomplit : le monde disparaît dans les flammes, les dieux anciens et les hommes sont anéantis. ; Mais un couple humain est sauvé ; une nouvelle terre surgit où les nouvelles générations d'hommes vivent dans un bonheur constant.

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