Naville, op. laud., p
cela nous semble animé de la plus grande loyauté et sincérité. C'est le ton général de toute leur littérature religieuse; à peine peut-on y relever un ou deux textes qui trahissent le doute et rinditiérence, et qui invitent à jouir de la vie présente et de ses plaisirs sans s'occuper de l'avenir.
7. Légende d'Isis et d'Osiris. — Parmi les nombreuses légendes, qui se cristallisèrent autour des dieux, aucune n'eut plus de succès que celle d'Isis et d'Osiris. Nous ne pouvons l'omettre ici, car elle remplit la religion égyptienne, et elle est le fondement des croyances sur la vie future. Nous la connaissons par les monuments les plus anciens et aussi par le récit de Plutarque dans son De Iside et Osiride.
Osiris, fils d'Atoum Râ, avait pour femme Isis. [1 gouverna autrefois la terre, après Râ, son père, et enseigna aux hommes la doctrine du bien et la pratique de la vertu. C'était le meilleur de tous les rois; il rendit son peuple heureux, lui procura tous les biens de la terre, et fit régner partout la paix et la justice. Or Set, frère d'Osiris, poussé par la jalousie ou par un autre motif que la légende ne précise pas, résolut de le renverser et de le tuer. La fidèle Isis, au courant de ce projet, réussit à le déjouer pour un temps, mais le rusé Set finit par triompher: il s'empara d'Osiris, le mit en pièces, et jeta ses débris à la mer ou aux quatre vents du ciel. Isis, dépouillée de tous ses droits, humiliée, éplorée, se mit, la douleur dans l'âme, à rechercher les restes d'Osiris, et elle n'eut de repos que lorsqu'elle les eut retrouvés. Alors, s'agenouillant avec sa sœur Nephthys, elle exhala sa plainte :
486 CIlAPiTliE XI.
« Viens à ta demeure, viens à ta demeure, ô dieu On'. Viens à ta demeure, toi qui n'as pas d'ennemis. O bel adolescent, viens à ta demeure où tu me verras ! Je suis ta sœur que tu aimes, tu ne dois pas t'écarter de moi. 0 beau jeune garçon, viens à ta demeure... Je ne te vois pas, et cependant mon cœur, plein d'angoisse, va vers toi, et mes yeux souhaitent ardemment te voir... Viens à celle qui t'aime, toi, Ounofré, le bienheureux ! Viens à ta sœur, viens à ta femme; viens à ta femme, toi dont le cœur a cessé de battre ! Viens à la maîtresse de ta maison. Je suis ta sœur de la même mère, ne reste pas loin de moi. Les dieux et les hommes ont leur visage tourné vers toi, et tous ensemble te pleurent... Je t'appelle et je pleure, et mes cris et mes pleurs montent jusqu'au ciel, mais tu n'entends pas ma voix et je suis cependant ta sœur que tu aimais sur la terre ; hors moi, tu n'aimais aucun autre, mon frère, mon frère 2 ! »
Et le plus grand des dieux eut pitié d'Isis, il envoya un de ses enfants, Anubis, qui embauma et inhuma Osiris. Alors Osiris commença de revivre, non pas sur cette terre, mais dans l'autre monde où il devint dieu, roi et juge des morts. Cependant sur terre, il eut un vengeur dans la personne de son fils posthume Horus. Horus, élevé au milieu de mille dangers par sa mère Isis, obligé de fuir au désert pour échapper à Set, finit par détrôner le tyran et par s'emparer de la couronne d'Egypte.
Le succès de cette légende est dû à l'élément foncièrement humain qui la constitue : amour de la justice chez Osiris, fidélité conjugale et tendresse maternelle chez Isis, piété filiale chez Horus, et, plus haut encore, récompense du juste dans un
4. Cette appellation « dieu On ou dieu An » désigne peut-être Osiris « comme ancêtre légendaire et personnification des Anou ou Anamini », premiers occupants du pays. Cf. Virey, Religion de l'Ancienne Egypte, p. 24, note 3.
-2. D'après Erman, op. laud., p. 49.
monde meilleur, triomphe final de la justice sur l'iniquité, de la vie sur la mort.