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IV. — Fin de la religion égyptienne

Décadence et zoolatrie. — A la fin du Nouvel Empire, la grandeur de l'Egypte déclina. Les nombreuses révolutions, qui bouleversent alors ce pays jusqu'à son incorporation à l'empire romain, ont leur contre-coup dans la religion. Au contact des étrangers, le bloc ancien s'effrite et se désagrège. Sous la 26^ dynastie, l'épée victorieuse de quelques vaillants soldats, les Pharaons Psammétique, Néchao, Apriès, rétablit pour un temps l'unité politique et jette au dehors quelques reflets de gloire ; c'est une

période de renaissance dans les arts et la religion. Les artistes reviennent avec succès aux anciennes méthodes. Les prêtres veulent aussi faire revivre les institutions antiques. Mais le niveau des idées a considérablement baissé, et, — on ne sait trop sous quelles influences, — l'élan qui pousse les âmes aux pratiques religieuses, aboutit simplement à la zoolatrie. Les animaux, que les anciens avaient plus ou moins mêlés à leur culte, montent sur les autels, et, s'ils n'en chassent pas complètement les dieux, ils les relèguent au second plan. Serpents, crocodiles, oiseaux, chats, béliers, sont traités comme des êtres sacrés, respectés autant et plus peut-être que les statues d'AmonRâ ou d'Osiris, embaumés, momitîés, inhumés avec des honneurs divins. Et ce mouvement qui débute sous la 26® dynastie (vii»^ siècle avant Jésus- Christ), va en progressant jusqu'à l'époque romaine. Il n'y a rien d'exagéré dans ce que raconte Hérodote à ce sujet. Les découvertes modernes l'ont pleinement confirmé. C'est en nombre incalculable que sont revenus à la lumière les animaux sacrés, gratifiés d'un luxe de sépulture, qu'autrefois les riches personnages étaient seuls à se payer. On en trouve d'immenses cimetières, à côté des anciennes nécropoles des seigneurs et des rois ; les chats sortent par centaines de mille, bien enveloppés dans leurs bandelettes d'où émerge une tête desséchée ; des familles de crocodiles surgissent des cavernes, parfois bourrés de papyrus; les ibis, les éperviers, les serpents, les poissons s'échappent des cruches éventréeset foisonnent dans les décombres. 11 semble que les hommes de ces générations, victimes de la plus étrange aberration d'esprit, apportaient plus de soin à la

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sépulture d'un chat, qu'à celle de leur père et de leur mère.

C'est aussi à la même époque qu'apparaissent dans les tombeaux ces nombreuses statuettes en terre émaillée, qu'on a appelées les répondants. Aux anciennes idées sur l'autre vie, restées foncièrement les mêmes, un nouvel élément s'est ajouté. On croit que les défunts comme les vivants sont soumis à la corvée, et pour y échapper on n'a rien trouvé de mieux, que de se substituer des remplaçants. Le dieu qui prétendait obliger les morts à piocher, à labourer, à moissonner, à porter de l'eau et du sable, pouvait bien, pensait-on, animer un individu de terre, lui inspirer un souffle de vie, et pourquoi n'accepterait-il pas la substitution ? Il fallait donc emporter avec soi un nombre suffisant de ces remplaçants à bon marché, destinés à répondre au nom du vrai défunt et à exécuter tous les travaux commandés. Est-il nécessaire de faire remarquer que cette conception accuse une nouvelle baisse morale et religieuse?

Sous les Ptolémées, cette décadence se précipite, malgré la splendeur des cérémonies officielles. Les nouveaux souverains de l'Egypte ont compris quel parti ils pouvaient tirer de la religion nationale pour étayer leur pouvoir, et ils s'en font un instrument do règne. Non seulement ils lui accordent toute liberté, mais ils s'appliquent à en rehausser le prestige. Ils respectent les prérogatives de la classe sacerdotale, prennent part aux processions et aux rites sacrés, restaurent les temples et les enrichissent des décors les plus somptueux. La plupart des sanctuaires encore debout en Egypte sont l'œuvre des

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Ptolémées. En retour, le peuple ne ménage pas son respect à ces dignes successeurs des Pharaons, les prêtres leur décernent les honneurs divins, comme au temps de Ramsès II et de Thoutmès I".

Et cependant ces manifestations n'arrivent point à renouveler une religion qui meurt; il y manque cette spontanéité, cette sincérité, qui vient de l'intime des âmes. Les grandes idées religieuses ont décidément déserté les esprits. L'Egypte entière s'enfonce de plus en plus dans le culte zoolatrique. Par un renversement des rôles, l'animal n'est plus le serviteur de l'homme, c'est l'homme qui est le serviteur de l'animal. Il faut se laisser piquer par les serpents, dévorer parles crocodiles, plutôt que de leur causer le moindre mal, en cherchant à se défendre. Un Romain tue un chat par mégarde, il est mis à mort par le peuple (Diodore, I, 84). Les habitants du nome cynopolite (Moyenne Egypte) prennent et mangent un poisson vénéré par les habitants du nome voisin d'Oxyrrhynchus ; ceux-ci leur déclarent une guerre à mort, prennent et égorgent le chien adoré par les Gynopolites (Plutarque, De Is. et Osir. 72). On nourrit à grands frais les crocodiles dans les lacs sacrés (Strabon, XVII, 38).

Telle était la religion du peuple. Était-ce aussi celle de la classe supérieure? A Alexandrie et dans les autres villes où dominait l'élément grec, il semble bien que le monde pensant et lettré se détachait insensiblement des anciennes croyances ou plutôt qu'il tendait à les moderniser, c'est-à-dire à les gréciser. Les Grecs représentaient alors la science, la philosophie, la civilisation. Aussi voit-on les Egyptiens modeler leurs croyances sur celles de la Grèce .

Les dieux de l'Olympe entrent dans la société antique des dieux héliopolitains et thébains, Zeus trône dans les temples à côté d'Osiris et d'Amon, Aphrodite à côté d'isis. Sous l'influence de ces idées syncrétistes, on oublie même certaines divinités nationales, on n'en retient qu'un petit nombre, Osiris, Isis, Horus, Thot ; encore a-t-on soin de les transformer, de les dépouiller de leurs formes rigides et hiératiques, pour leur donner un peu de l'aisance et de la souplesse helléniques. Horus devient Harpocrate, sorte de bambin qui s'amuse à monter à cheval sur le bélier ou sur l'oie, les animaux sacrés d'Amon. Isis emprunte un certain nombre de traits à Aphrodite. Osiris doit s'effacer à Alexandrie devant le- grand Sérapis ou se fondre avec lui. Ce Sérapis, dont on n'a pas encore expliqué l'origine, aurait été, d'après une tradition, apporté de Sinope à Alexandrie par Ptolémée II, sur la foi d'un songe, et richement installé dans un temple au milieu de la ville. Il resta le dieu favori des Alexandrins jusqu'à leur conversion au Christianisme. Au premier siècle de l'ère chrétienne, la religion égyptienne n'est donc plus qu'un mélange assez disparate d'éléments grecs et indigènes.

Sous cette forme, elle se maintint encore quelque temps, à côté du Christianisme. Celui-ci se répandit avec une grande rapidité dans toute la vallée du Nil ; au III® siècle, la majorité de la population était chrétienne. Les derniers vestiges du culte païen se trouvent au vie siècle dans le temple d'Isis à Éléphantine, alors seulement transformé en église par i'évêque Théodore.

Alexis Mallon.

Bibliographie soiaimaire.

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On consultera aussi utilement le Bulletin critique des religions de l'Egypte, par Jean Gapart, dans la Rev. d'Hist. des Religions (t. LI, 1905, p. 192 ss.; t. LUI, 1906, p. 307 ss.; t. LIX, 1909, p. 17 ss.; p. 160 ss.).

Sur les rapports de l'Egypte et d'Israël, l'auteur se permet de renvoyer à V article Egypte, qu'il adonné qcvl Dictionnaire Apologétique, publié sous la direction de M. A. d'Alès.

Sommaire. — I. Sources. — II. Panthéon babylonien et assyrien. Polythéisme. Prétendu monothéisme. Le nom de lahvé. — III. Cosmogonie. — IV. Sorcellerie. Magie. Incantations. — V. Divination. Présages. Oracles. — VI. Hymnes. Prières. — VII. Offrandes. Sacrifices. Prêtres. — VIII. Morale. Idée du péché. — IX. Séjour des morts. Vie future. — X. Remarques sur les comparaisons avec la religion de l'Ancien Testament. — Bibliographie,

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