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VI. — Hymnes. Prières

Les Babyloniens et les Assyriens avaient l'âme religieuse; ils sentaient profondément leur dé^ pendance à l'égard de la divinité. Tout d'abord les nom$ propres de personnes témoignent de ces sentiments pieux ; ils expriment la confiance filiale, \a. reconnaissance, le respect pour tel ou tel attribut de la divinité, ou encore un souhait, une bénédiction ; ils signifient, par exemple : « Mardouk a donné un fils », « Sin a multiplié les frères », « Sin a entendu » , a Sin a agréé mes hommages » , « Mon Maître m'a exaucé », « Le dieu est favorable », « Bel m'a regardé (favorablement) », « Fils de Sin », « Fils d'Istar », « Fils de son dieu », « Serviteur d'Ea », « Servante de Samas », « Asour est ma force », « Adad est mon aide », « Bel est bon », « Samas est roi », « Qui est comme Asour? », « Je verrai la face de Bel » , « Tourne-toi vers Sam<is ! » etc. Ces noms se présentent dans les textes historiques, les contrats, les lettres, les rapports d'astrologues et à la fin des copies de textes signées par les copistes. On connaît plusieurs milliers de

ces noms propres ; ils fournissent des données très utiles pour la connaissance delà religion. Très utiles aussi sont les noms des temples, qui marquent à quel point dé vue on considérait le dieu et son sanctuaire. Récemment M. B. D. Luckenbilla dressé une liste de plus de trois cents noms de temples babyloniens et assyriens *.

Un grand nombre d'hymnes qui nous sont parvenus (beaucoup, malheureusement, à l'état de fragments) remontent à une date très ancienne. « Ils se sont transmis, avec peu de changements, pendant des milliers d'années, jusqu'aux derniers temps des inscriptions cunéiformes. Ces hymnes nous donnent des aperçus importants sur les idées religieuses de la plus ancienne époque babylonienne ; mais on ne peut guère s'en servir pour connaîtra la religion assyrobabylonienne de la dernière période ^ ».

Parmi les hymnes qui souvent expriment, dans une poésie magnifique, des sentiments élevés, un des plus beaux est l'hymne à Istar, appartenant à une série qui a pour titre : « Prières de l'élévation de la main ». En voici quelques lignes — le tout a plus de cent lignes — d'après les transcriptions et traductions de King et de Dhorme :

Je le prie, souveraine des souveraines, déesse des déesses ! Istar, reine de tous les peuples, directrice des hommes!... Où ton nom n'est-il pas (entendu) ? Où tes décrets ne sont-

[ilspas (observés)?

4. The American Journal of Semitic Languages and Literatures, july 4908.

2. H. ZiMMKBN, art. Babylonians and Assyrians, dans Encyclopeedia of Religion and Ethics, edited by James Hastings, t. H, 41)09, p. 317.

Où n'es-tu pas grande? Où n'es-tu pas exallée? Là où tu regardes, le mort vit, le malade se lève; Il va bien celui qui allait mal, en voyant ta face! Moi je t'invoque, soupirant, gémissant, souffrant, ton seni-

[teur !

Regarde-moi, ô ma souveraine, accueille ma supplication ; En vérité tourne vers moi tes yeux compatissants, exauce

[ma prière !

Dis ma délivrance, et que ton cœur s'apaise ! Délivrance de mon corps affligé, qui est plein de troubles et

[de désordres!

Délivrance de mon cœur souffrant, qui est plein de pleurs et

[de soupirs!

Délie mon péché, ma faute, mon méfait et mon délit... Que mes prières et mes supplications aillent jusqu'à toi! Que tes grandes miséricordes soient sur moi ! Que ceux qui me voient dans la rue magnifient ton nom ! Et moi près des humains je glorifierai ta divinité et ta force. Istar est élevée ! Istar est reine !

Bêlit est élevée! Délit est reine!

Irnini, la vaillante fille de S in, n'a pas de rival !

On trouverait difficilement dans la littérature babylonienne un chant religieux à l'unique fin de célébrer la gloire des dieux, de leur témoigner l'admiration et la reconnaissance, l'amour et la confiance, sans aucune mention des intérêts de leurs pieux clients. Les hymnes commencent d'ordinaire par de magnifiques louanges de la divinité ; ils exaltent ses attributs en style pompeux, d'une poésie parfois très haute; ils se terminent régulièrement par une requête. On sent que la préoccupation principale, sinon unique, du suppliant est de gagner la bienveillance des dieux pour réussir à les apaiser, obtenir leurs bonnes grâces, leur faire accueillir favorablement une demande. « Les Babyloniens comme les Assyriens, dit Morris Jastrow, ne se

tournaient vers les dieux que quand ils désiraient en obtenir quelque chose, protection ou guérison, délivrance d'un mal ou faveur... La pure louange des dieux sans autre intention n'existe pas dans le culte assyro-babylonien ^ ».

Les Babyloniens et les Assyriens ôtit au moitii^ une dizaine determes, ou spéciaux, pour désigner les diverses sortes de prières, ou synonymes, avec une légère nuance différente, pour signifier la prière en général. Outre la prière liturgique, solennelle, la prière spontanée, individuelle semble avoir été fréquente chez eux. « Je prie tous les jours .» est une formule qui revient souvent dans la correspondance épistolaire de l'époque néo-babylonienne; on la trouve déjà vers Tan 2000 avant Jésus-Christ. Il est vrai que le souhait ordinaire est « bon état du cœur et bon état du corps », c'est-à-dire bonne humeur et santé, joie et bien-être; mais c'est déjà beaucoup de reconnaître sur ce point sa dépendance par rapport à l'Être divin. Un fils écrit à son père : « Tous les jours je prie Nabou et Nanâ pour la vie de mon père; et, à l'intention démon père, je porte mes hommages à Ézida [temple de Nabou à Borsippa], » Un fonctionnaire écrit à la mère du roi : « Que Bel et Nabou bénissent la mère du roi, ma souveraine! Tous les jours je prie Nabou et Nanâ d'accorder la vie et de longs jours au roi des pays, mon souverain, et à la mère du roi, ma souveraine... » Un autre écrit : « Je prie tous les jours Bel et Nabôu pour la vie et la longévité et le bonheur de ma dame. Par la faveur des dieux, moi je vais bien, ainsi que tous ceux qui

4. Die Religion Babyloniens uncl Assyriens, t. H, p. 138. —Voyez la même remarque dans l'ouvrage du P. Dhorme, p. 249.

sont avec moi... Prie BêletBêlit pour moi. » Ailleurs on lit : « Par la protection des dieux je vais bien. Parce que j'ai prié les dieux, j'ai obtenu ce que je désirais. »

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