‹ ChristusChapitre 121 sur 284 · II. — Mahomet · texte numérisé non relu

II. — Mahomet

■j}iVi oidi-n 1. Sa vie. — Mahomet naquit à la Mecque vers 570. Ses parents étaient d'humble condition. Son père mourut avant sa naissance. Encore tout jeune, il perdit sa mère, puis son grand-père; et ainsi ce fut le chef du clan, l'oncle de Mahomet, le généreux Abou Tâlib, qui s'occupa de l'orphelin et se montra tou^ jours dans la suite son protecteur très fidèle. L'un des métiers de sa jeunesse semble avoir été d'accompagner les caravanes d'Arabie du Sud et de Syrie, probablement dans quelque emploi subalterne. Ces voyages ont dû élargir son horizon religieux. Plus tard, il eut l'heureuse fortune de se faire remarquer d'une veuve riche et âgée, Khadîja, qui l'employa d'abord à trafiquer pour elle, et plus tard le prit pour époux. L'orphelin sans fortune était devenu un homme riche et influent, et put tourner son attention vers d'autres objets. Il passa la plus grande partie

des quinze années qui suivirent dans le repos et la contemplation, se retirant pour cela dans les cavernes sur les collines voisines de sa ville natale. Ce fut à l'un de ces moments de réflexion solitaire, alors qu'il avait environ quarante ans, qu'il reçut sa mission prophétique. Sa femme fut la première qui crut en lui. Bientôt d'autres adeptes, attirés par son caractère et la nature de ses révélations, se rassemblèrent autour de lui, et la nouvelle religion se trouva fondée. Dans sa toute première forme cette religion enseignait la croyance en un Dieu unique et en son prophète Mahomet, et l'existence de la vie future; elle imposait comme devoirs essentiels l'aumône et la prière. Les rudes invectives de Mahomet contre ses concitoyens injustes et idolâtres qu'il menaçait d'un bref et terrible jugement, attirèrent bientôt sur les fidèles une dure persécution. Les esclaves musulmans étaient torturés par leurs maîtres ; on ne pouvait les sauver qu'en payant leur affranchissement, ou en leur permettant de désavouer en public la foi qu'ils professaient en secret. Les hommes libres étaient reniés par leurs clans, chose très grave, et qui nécessitala première Hégire, « émigration », en Abyssinie, l'an 615. En Arabie, un homme sans clan « portait sa vie dans ses mains ». Seuls les Hachimites, grâce à Abou Tâlib, inébranlablement fidèle au sentiment de l'honneur, refusèrent d'abandonner leurs parents musulmans ; aussi furent-ils mis en quarantaine par les autres clans. Ces mesures de rigueur furent, il est vrai, abandonnées comme inefficaces après quelques années ; mais Mahomet, désespérant enfin de convertir les Qoraïchites, prêcha la nouvelle foi aux diverses tribus réunies pour le pèlerinage de la

Mecque. Les pèlerins de Médine, à qui leurs colonies juives et chrétiennes avaient rendu ces idées familières, flattés d'ailleurs dans leur orgueil national par ces révélations faites à un Arabe en langue arabe, reçurent la nouvelle foi, la propagèrent chez eux à leur retour, et pendant le pèlerinage de 622, dans une entrevue secrète avec le prophète, lui promirent pour ses fidèles protection et égalité juridique, s'ils venaient se tixer chez eux. Le résultat immédiat de cette promesse fut la seconde Hégire^ ou émigration de Médine, la base du calendrier musulman. Les habitants de Médine, affaiblis par des querelles intestines, furent heureux de cet accroissement de forces militaires ; quant à Mahomet, il trouva dans les colonies juives et chrétiennes une source abondante d'inspiration religieuse, et dans la rivalité des partis qu'il pouvait facilement exciter les uns contre les autres, un instrument de puissance politique.

A Médine, son premier soin fut de parfaire son système religieux. Au lien de la tribu, il substitua celui de la fraternité religieuse; il régla le temps, le lieu et le mode delà prière ; il fit du vendredi le jour du sabbat musulman ; il introduisit le jeune, et établit la distinction entre aliments purs et impurs. La seconde année de l'Hégire vit mettre le suprême couronnement à la nouvelle religion par la transformation du temple païen de la Mecque en sanctuaire musulman national, et l'établissement de la guerre sainte comme l'exercice le plus méritoire du culte nouveau. Ce fut surtout la sagacité politique de Mahomet qui

1. La traduction ordinaire «fuite .est linguistiquement incorrecte, et, de plus, donne une fausse idée des circonstances dans lesquelles Mahomet quitta sa patrie.

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lui fit voir dans cette mesure le seul moyen d'unir toute l'Arabie sous sa domination civile et religieuse. Pour justifier ce compromis avec le paganisme, il déclara avoir appris dans une révélation que la sainte maison de la Mecque était le tout premier temple élevé à Dieu, temple fondé par Abraham et Ismaël, les grands ancêtres de la race arabe.

Nous ne parlerons pas en détail des guerres qui suivirent. Les expéditions contre les Qoraïchites et la victoire signalée de Badr (624) excitèrent un enthousiasme que ne put abattre la défaite de Ohod (625). L'attaque de Médine en 627 fut repoussée. Les tribus avoisinantes du nord et de l'est furent peu à peu soumises. Mahomet demanda de faire le pèlerinage en 628, et les Qoraïchites crurent préférable de lui accorder cette permission pour l'année suivante. La réapparition de Mahomet au milieu de sa ville natale, dans l'éclat de son nouveau prestige, amena immédiatement la conversion de guerriers comme Khâlid et Amr, et fit une telle impression sur le reste de la tribu que dans les premiers mois de l'année suivante, la Mecque ouvrit pacifiquement ses portes à l'armée d'invasion. Cette reddition fut bientôt suivie de la victoire de Honain, qui décida du sort de l'Arabie centrale, et amena des ambassades de soumission de toutes les parties de la péninsule. L'Arabie méridionale fut soumise en 631. L'année suivante, tandis qu'il méditait le projet de subjuguer les Grecs et les Perses, Mahomet mourut en paix à Médine, sans laisser aucune instruction pour régler le gouvernement futur de la religion et de la nation qu'il avait fondées.

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