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Son caractère. — Pour juger la valeur morale

L'ISLAM. tÛ

du prophète, il nous faut distinguer avec soin entre le Mahomet de la Mecque et le Mahomet de Médine. L'hostilité témoignée aux Juifs et aux Chrétiens, l'introduction du paganisme dans l'Islam, l'institution de la guerre sainte, la violation de ses propres lois sur le mariage, bien larges pourtant, l'excitation au vol et au meurtre, la justification de ses crimes et de ses machinations par des révélations prétendues (péché dont il avoue lui-même dans le Qoran sentir pleinement l'énormité), tout nous force à conclure qu'à Médine nous avons affaire à un politique sans scrupules. D'autre part, à la Mecque, il fait preuve d'une conviction profonde et persévérante de la vérité de ses révélations, dont il avait d'ailleurs auparavant recueilli et assimilé les éléments. Et comme ses actions ne sont pas en désaccord avec cette persuasion subjective, — sans vouloir trancher définitivement une question dont la solution complète nous échappe, — nous pouvons mettre ses prétentions prophétiques sur le compte des maladies nerveuses dont il souffrait, ou, mieux encore, sur la croyance contemporaine à la réalité de l'inspiration surnaturelle, d'autant plus facilement admise par Mahomet, qu'elle fournissait une explication satisfaisante de ses expériences religieuses. Quand les écrivains non-catholiques l'appellent prophète, il faut se rappeler que ce titre ne suppose pas pour eux comme pour nous la sainteté de la vie et la communication avec Dieu. Tiele explique ce qu'ils entendent lorsqu'il dit que Mahomet, tel un filtre, laissa passer à travers soi les idées religieuses et morales alors courantes en Arabie, non, il est vrai, les meilleures ni les plus hautes, mais celles qui s'adaptaient

le mieux à sa propre individualité, leur donnant en même temps unité et vie. Nous ne refusons pas d'appeler Mahomet prophète en ce sens; mais nous avons le droit de protester contre la dépréciation des Prophètes de l'Ancien Testament qu'un pareil usage du mot suppose d'ordinaire chez les écrivains rationalistes.

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