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III. — Les sources de rislam

Le Qoran et le Hadith sont les deux sources dont l'Islam est dérivé. Disons un mot de chacune d'elles.

Le nom d' « Al-Qoran », appliqué d'abord à chacune des révélations particulières de Mahomet, fut employé plus tard pour désigner la collection complète de ces révélations rédigée après la mort du prophète par son secrétaire Zaid. Ce manuscrit privé, dont l'authenticité est assez sûre, fut révisé et officiellement reconnu en 660; on réunit et on brûla toutes les autres copies. Ce texte contient 114 Sauras ou chapitres, qui ne forment pas un tout organique et dont chacun ne représente pas une révélation particulière. Ces chapitres sont divisés en versets, Ayât; ils sont disposés surtout par ordre de longueur, les plus longs étant les premiers. Zaid suppléa au manque de chronologie en faisant précéder chaque Soura d'une indication de lieu : « La Mecque », ou « Médine ». Ces indications sont généralement correctes, mais tout à fait insuffisantes pour dater les Souras ; il faut les contrôler et y suppléer par les allusions aux événements contemporains, les particularités de style, et les autres critères internes.

Le Hadîth, « communication » ou « narration »,

contient non seulement les paroles de Mahomet (le Qoran est la parole de Dieu), mais encore la Sonna, « façon ordinaire de faire les choses », observée par Mahomet et ses compagnons ; c'est de ce mot que les Mahométans orthodoxes ont tiré leur nom de Sonnites. Ces traditions, dont les unes dérivaient d'ouvrages juifs ou chrétiens ^ tandis que les autres étaient inventées sans scrupule pour favoriser certaines vues politiques ou religieuses, avaient dépassé le million avant le ix^ siècle. A cette époque, on collectionna celles qui semblaient le plus authentiques ; six de ces collections furent officiellement reconnues. Même parmi les traditions approuvées, il y en a relativement peu qui réellement remontent à Mahomet; toutes cependant ont eu leur influence sur l'Islam; deux d'entre elles ont marqué la voie que devait suivre le parti orthodoxe. « Ma communauté ne s'accordera jamais sur une doctrine fausse », tel est le fondement du principe de Ijmd qui donne force de loi à tout ce sur quoi il y a consentement universel. « Les différences d'opinion dans ma communauté sont un signe de la miséricorde divine » : cette dernière maxime autorise de légères variations dans la doctrine, comme celles par exemple qui distinguent les quatre écoles ritualistes orthodoxes, fondées vers Tan 800 et appelées du nom de leurs fondateurs, les Hanafites,les Malikites, les Châfiites, et les Hanbalites.

\. D'un intôrêt tout spécial est le témoignage suivant, mutilé, mais suffisamment clair sur la croyance des Orientaux à l'Immaculée- Conceplion vers cette époque : « Tout être humain à sa naissance (sic) est touché par Satan, excepté Marie et son Fils. . Cette tradition ne fut naturellement pas comprise de celui qui l'emprunta, car le Qoran ne sait rien du péché orisinel.

iy»,T- Devoirs des fidèles de Tlslam.

Les piliers de l* Islam, i, La foi, — Les cinq principaux devoirs du fidèle, « les piliers de. l'Islam », comme on les appelle, sont la foi, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage. Le premier de ces devoirs ne nous retiendra pas longtemps. « Il n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est l'envoyé d'Allah », telle est la brève profession de foi qui a été toujours en usage parmi les musulmans. La récitation publique de cette formule, dont tout musulman doit s'acquitter au moins une fois, suppose la conversion, rend l'apostat passible de mort et enchaîne à l'accomplissement de toute la loi. La formule ne. détermine pas les dogmes qu'il faut croire, mais les théologiens musulmans lui font contenir en pratique les six articles suivants : croyance en Dieu, aux anges, aux saints livres, aux prophètes, à la résurrection et au jugement, enfin à la prédestination. Nous traiterons de ces dogmes plus complètement dans la suite.

2. Laprière\ — Tout mahométan doit prier cinq fois par jour : entre l'aurore et le lever du soleil, à midi, dans l'après-midi, au coucher du soleil, et après la tombée de la nuit. Au début, il est vrai, à la Mecque, Mahomet,, sur le modèle des Juifs et peut-être des moines chrétiens, avait fixé comme temps de prière le matin, le soir et la nuit, et ce dernier temps se prolongeait parfois beaucoup ; mais à Médine, il comprit que ses adeptes dont il fallait alors faire des guerriers, avaient besoin de tout leur

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■ ! .',ni«):.> <"■ 1. « Exercice rituel » eàt, comme rieus le verrons, une traduction plus exacte du mot mahométan « Salât ..

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sommeil; aussi abrégea-t-ii leurs dévotions nocturnes, et il y substitua la prière de Taprès-midi. Le cinquième temps est d'origine incertaine.

Mahomet déclara que la voix humaine était l'instrument le plus convenable pour annoncer le temps de la prière, et ainsi abandonna après essai la trompette juive et les nâkous, « les battants de bois », des chrétiens. Et ceux-là ne peuvent qu'approuver ce choix qui ont une fois entendu le Muezzin du haut du svelte minaret de la mosquée chanter dans Tair calme du soir : « Allah est grand. J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah, et Mahomet est l'envoyé d'Allah; venez adorer. Allah est grand; il n'y a de Dieu qu'Allah. »

Au son de cet appel du Muezzin, le musulman fait d'abord ses ablutions ; il se lave les mains et les bras jusqu'au coude, les pieds jusqu'à la cheville. Ce rite est si indispensable, que, lorsqu'il ne peut avoir de l'eau, dans le désert par exemple, le fidèle pour suppléer doit se frotter avec du sable. Ensuite il doit accomplir une série régulière de mouvements du corps; il se tient debout, il s'incline, il s'agenouille, il se prosterne ; il doit répéter, au moins mentalement, une liste précise de formules de prière, toujours en arabe. 11 peut se livrer à ces exercices en particulier, dans n'importe quel endroit propre; le mieux est d'aller à la mosquée; placé derrière rimâm, qui dirige la prière, et imitant ses mouvements, le fidèle est prémuni contre tout danger de manquer aux observances rituelles. Une autre cérémonie indispensable est la Qibla, l'orientation face à la Mecque pendant la prière. Mahomet avait d'abord enjoint à ses fidèles de prier tournés vers

656 CHAPITRE XllI.

Jérusalem, selon l'usage des Juifs et des Chrétiens à celte époque; cette prescription fut changée à la suite d'une révélation opportune que le prophète eut à Médine, lorsqu'il eut rompu définitivement avec les Juifs et les Chrétiens et établi à la Mecque le sanctuaire national de l'Islam.

La mosquée, qui n'est pas seulement le lieu du culte, mais encore un logement pour les voyageurs pauvres, diffère peu d'une église catholique d'où l'on aurait enlevé les autels, les statues, les chaises et l'orgue. De fait, quelques-unes des plus belles mosquées sont d'anciennes cathédrales chrétiennes. Elles doivent avoir un minaret ou svelte tour correspondant à notre clocher, un mihrab ou niche dans le mur, indiquant la direction de la Mecque, et un minbar ou chaire, d'où un laïque instruit prêche chaque vendredi à une assemblée libre. Ce sermon, qui a lieu vers midi et est précédé de prières, est le seul exercice spécial du sabbat musulman; ce jourlà les gens sont libres de se livrer à leurs occupations ordinaires ; pourtant la coutume de consacrer ce jour au repos commence à s'introduire.

Comme spécimen de prières, voici la première Soura du Qoran. Elle est aussi populaire chez les mahométans que chez nous le « Notre Père » ou le « Je vous salue Marie » :

« Au nom d'Allah, le Miséricordieux, le Gompatissanll « Louange à Allah, le Seigneur des (trois) mondes, ({ Le Miséricordieux, le Compatissant !

« Le roi du jour du jugement.

« Toi (seul) nous t'adorons et de toi (seul) nous implorons

[secours.

<t Guide nous au sentier qui est droit,

« Le sentier de ceux pour qui ton amour est grand, pas de

[ceux sur qui est la haine, ni de ceux qui dévient.

« Amen ! O Seigneur des anges, des génies (djinns) et des

[hommes ! »

La fidélité des musulmans, surtout des pauvres, aux prières prescrites, et leur complète absence de respect humain, lorsqu'ils s'en acquittent, peuvent servir sur ce point de modèle à beaucoup de chrétiens.

3. L'aumône. — Les œuvres de charité jouent un tel rôle au commencement de l'Islam, qu'il y a une apparence de vérité dans une théorie insoutenable émise par Grimme, mais rétractée depuis par cet auteur : Mahomet, d'après lui, se serait alors servi de la religion uniquement comme d'un moyen puissant pour procurer des réformes sociales, de même qu'il s'en servit plus tard pour promouvoir ses desseins politiques. Le mot par lequel il exprime le devoir de l'aumône, zakât, littéralement « purification », témoigne de son emprunt aux Juifs et Chrétiens, qui regardaient l'aumône comme un moyen spécial de justification et de satisfaction pour le péché. Ce qui amena Mahomet à donner à l'aumône une si grande place, ce furent tout à la fois l'arrogance et l'injustice qui régnaient alors à la Mecque, et le fait que la générosité est la vertu nationale des Arabes. Et précisément ces mêmes raisons avaient provoqué à la Mecque, pendant la jeunesse du prophète, un mouvement en faveur du soulagement de la misère et de la réparation de l'injustice.

Le précepte, sans jamais recommander en aucune laçon la pratique de la pauvreté, imposa d'abord aux

' fidèles le devoir d'employer leur superflu à soulager les parents pauvres, les orphelins, les mendiants, les esclaves, etc... Mais lorsque plus tard, à Médine, rislam devint un état politique, autant qu'une

- religion, on rassembla l'argent des aumônes et on le mit au trésor pour l'employer en partie aux frais de la guerre sainte. Cette mesure préluda à une autre décision dans le même sens prise plus tard par le successeur de Mahomet : il établit une distinction entre l'aumône privée et le tribut civil. A partir de

' ce moment on donna le nom de zakdt aux impôts exigés de chaque individu et calculés d'après sa fortune, à un taux fixé par les livres de la loi; et dans les commencements ces impôts furent consciencieusement employés au service de la commu-

' nauté. L'aumône non officielle, sadakdt, en argent ou en nature, est obligatoire, elle aussi; elle se pratique surtout à la fi'n du mois de jeûne, le Ramadan. ; <. ; J , - :^ ;j * ;]

4. Jeune. — Les anciens Arabes tenaient en grande estime la frugalité, et la patience à endurer les tourments de la faim et de la soif, vertu qu'ils avaient souvent à pratiquer. Ce fait peut avoir contribué à faire du jeûne le quatrième a pilier » de l'Islam. Cette obligation fut imposée d'abord pour un seul jour de l'année, YAckourâ, le dixième jour dii premier mois musulman, le Moharram * ; plus tard, l'obligation fut étendue aux trente jours entiers

" du Ramadan. La raison que l'on donna de ce choix fut que, pendant ce mois, Mahomet avait reçu ses premières révélations. Tout comme l'Achourâ est évi-

i. Ce jeûne s'observe encore à la Mecque.

demment le Yôrq Kippour des Juifs, le,, Ramadan semble être notre Carême, que les chrétiens orientaux observaient alors en jeûnant jusqu'au coucher du soleil pendant une période de trente-six jours, en mémoire de la préparation de Notre-Seigneur à sa mission apostolique.

Dans les villes mahométanes, pendant le mois de Ramadan, deux heures avant le lever du jour, le son • du canon avertit les fidèles de préparer leur repas du matin. Quand, selon la prescription du Qoran, il y a assez de lumière pour distinguer un fil blanc d'un fil noir, on répète le signal, et, à partir de ce moment, le Musulman ne peut ni manger, ni boire, ni fumer, ni user de parfums, ni même avaler exprès sa salive, jusqu'à ce qu'il ait entendu au coucher du soleil le coup de canon bienvenu, qui li^i permet de se dédommager des privations de la journée. Comme les Mahométans ont un calendrier lunaire, le Ramadan fait tous les trente-trois ans le tour des saisons, et il est dur par un jour de juin, sous le soleil d'Orient, de passer les seize longues heures du jeûne, sans pouvoir calmer les ardeurs de la soif. Naturellement, pendant le saint mois, le commerce décline ; les ouvriers sont épuisés, et tous ceux qui ne sont pas obligés de faire autre chose passent une grande partie de leur journée à dormir.

Le jeûne, obligatoire pour tous à partir; de quatorze ans, est très bien observé, surtout par les pauvres. Les malades, il est vrai, tout comme les vo3'ageurs et les soldats, peuvent remettre leur jeûne à une période plus opportune, ou même, si leur maladie devient un obstacle insurmontable, se libérer en payant une somme fixée; pourtant Burtoîi

nous parle de malades du Caire, qu'il ne put décider ni à retarder le jeûne, ni à s'en libérer, même pour sauver leur vie. Il y a aussi pendant le saint mois des prières spéciales à la mosquée, jour et nuit. A la fin du Ramadan, on célèbre la grande fête de a la rupture du jeûne », ou petit Beii^am \ comme l'appellent les Turcs. Celte fête dure généralement trois jours. Le Qoran voit aussi dans le jeûne une œuvre de surérogation, et une pénitence à imposer pour certaines fautes.

5. Pèlerinage. — Tout musulman, qui en a les moyens, doit accomplir une fois dans sa vie le Hajjy « pèlerinage » à la Mecque et aux saintes localités des environs. Nous avons dit plus haut quelle importance avait ce pèlerinage chez les anciens Arabes, quand et pourquoi Mahomet l'intégra dans l'Islam. Reste maintenant à le décrire brièvement.

Le neuvième jour de Dhou l-Hijja, « le mois de pèlerinage », a lieu tous les ans à Arafat — (colline haute de moins de 70 mètres, à 20 kilomètres environ de la Mecque), — une grande fête de réunion pour les Musulmans de toutes les parties du monde. Ils sont tous vêtus de Vihrâm, « robe blanche » de pèlerinage, et attendent l'ordre de l'Imam pour aller en procession au sanctuaire voisin. La permission est donnée peu de temps après le coucher du soleil, et tous partent pour Muzdalifa à 6 kilomètres de là, dans la direction de la Mecque ; on y veille toute la nuit. De bonne heure

1. Le « grand Beiram », Corhan Beiram^ est une fête qui se célèbre les 10, H et 42 de Dhou 1-Hijja, non seulement à la Mecque, mais dans tout l'Islam; on la solennise par des sacrifices.

le lendemain, chaque pèlerin ramasse sept cailloux; ainsi armés, tous marchent au commandement donné, jusqu'à Mina, à mi-chemin entre Muzdalifa et la Mecque. Là, le démon, représenté simplement par une pile de pierres blanchies à la chaux, est lapidé avec les cailloux ; on immole des victimes, surtout des moutons; on enlève l'ilirâm, on se coupe les cheveux et les ongles, — preuve qu'à l'époque païenne, les cérémonies, qui comprenaient aussi des sacrifices à Muzdalifa, s'arrêtaient là. Les pèlerins passent au moins les deux jours suivants à Mina, occupés à manger, à boire, à converser agréablement, et à « lapider le diable ». Ils peuvent alors quitter la vallée sacrée, en y abandonnant les 100.000 cadavres corrompus des animaux immolés, qui restent sans sépulture, germes souvent actifs de choléra et de peste^

Suivons-les maintenant à la Mecque. Le fidèle doit y accomplir quatre cérémonies, dont il lui faut s'acquitter au commencement aussi bien qu'à la fin du pèlerinage : faire sept fois le tour de la sainte maison, baiser la pierre noire, boire l'eau du Zamzam, aller et revenir à la course entre les deux collines d'as-Safa et d'al-Marwa. La sainte maison, appelée Kaaba à cause de sa forme cubique, est en pierres massives. Dans l'angle est enchâssée la fameuse pierre noire. On pense que cette pierre est un aérolithe. A quelques pas de la pierre noire, à l'est, est le puits, Zamzam. Son eau est amère et salée, très lourde, susceptible d'autres effets plutôt désagréables. As-Safa et al-Marwa (les deux

1. Depuis quelques années, on a imposé un certain nombre de mesures sanitaires.

mots signifient pierre) étaient des lieux saints à l'époque païenne. Le but de la course faite entre les deux collines est d'unir les deux sanctuaires.

Toutes ces cérémonies ne sont expurgées de leur paganisme originel que grâce à des légendes, pures inventions des Musulmans. Abraham le premier aurait à Mina immolé un bélier à la place d'Ismaël (non d'isaac) ; le premier, il aurait lapidé le diable en ce lieu. Le père et le fils bâtirent la sainte maison, en firent le tour, et y insérèrent la pierre envoyée du ciel. Ce fut avec l'eau du Zamzam, qu'un ange, à la prière d'Agar, calma la soif de son enfant. Comme la route d'as-Safa à al- Marwa est parallèle à la façade de la Kaaba, on pouvait considérer la course entre les deux collines comme faisant partie du culte de la Kaaba, et ainsi cette course passa dans l'Islam.

6. Les guerres saintes. — Ce devoir public, qui n'oblige pourtant qu'à l'appel de l'autorité légitime, est l'unique élément original dans la constitution de l'Islam ^ ; et plus que tout le reste, il a contribué à lui donner son caractère particulier de fanatisme intolérant. Ce fut à Médine que les fidèles reçurent l'ordre de « tuer les incroyants partout où ils les trouveraient » , et plus tard de « faire sentir leur force aux nations voisines ». Ils y furent encouragés par une révélation disant que combattre dans le chemin d'Allah était le plus méritoire de tous les actes, et que tomber dans la bataille c'était gagner la

4. La guerre sainte oe saurait être en aucune façon comparée aux Croisades. Les Croisades étaient dirigées contre la profanation des lieux saints, et les mauvais traitements infligés aux chrétiens, captifs ou sujets des Musulmans.

couronne da martyre. Le véritable but poursuivi par Mahomet quand il institua la guerre sainte, et par ses successeurs quand ils l'entreprirent, était d'étendre l'empiré, non de propager leur religion, -c-:^- Ce n'est pas le zèle des Maliométans pour la conversion des incroyants, mais leur haine fanatique de tout ce qui n'était pas musulman, qui amena tant de faibles nations orientales à chercher un remède à leurs maux dans la conversion à l'Islam ; les Musulmans étaient plus tyranniques en temps de paix que cruels en temps de guerre, et l'apostasie assurait aux opprimés l'égalité avec les oppresseurs.

On croit en général que les Musulmans donnaient aux nations conquises le choix entre la conversion et la mort. C'est là une opinion fausse. Au contraire, les lourds impôts exigés dés sujets non musulmans ' firent que l'on mit souvent des obstacles aux velléités de conversion. Il ne faudrait pas nous imaginer non plus que le martyre signifiait pour un musulman comme pour nousIà"mort soufferte en témoignage de- ^î---la foi. Placé dans des circonstances qui demandent ce sacrifice suprême, le musulman peut croire seulement de cœur, et renier ouvertement sa foi'. Point n'est besoin d'ailleurs de mourir dans une bataille pour mériter la Coûrônile du martyre. Plusieurs genres ds mort donnent droit à la même récompense : tomber au fond d'un précipice, être mis en

1. Sur ce reniement extérieur de la foi, autorisé par le Qoran et la Jradilion, reniement que les hérétiques regardaient côQîaïB~im de\-oir, et les orthodoxes comme un privilège, voir un article întcrcssant de Goldziher dans Zeitschrift der Deutschen Morgeii' lândischen Gesellschaft, LX (1906), p. 213 sq. Un musulman qui, dans ces circonstances, préférerait la mort, serait regardé par les orthodoxes comme un martyr, non pour avoir témoigné sa foi, mais pour être mort « dans le éhemin de Dieu ».

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pièces par une bète féroce, mourir sur une terre étrangère, mourir d'un chagrin d'amour, mourir du mal de mer, etcJ. La guerre sainte ne peut donc pas être excusée sous prétexte de zèle et dévouement religieux; d'autre part, elle fut un ^obstacle à l'esprit intérieur de la religion, la cause de l'intolérance et de l'arrogance des fidèles, qui leur faisait regarder tous les autres hommes comme leurs ennemis, et considérer leurs propres méfaits dictés par la haine comme des actes sublimes de religion et de vertu.

7. Autres devoirs. — Parmi les autres préceptes, nous ne rappellerons comme plus dignes de remarque que les défenses portées contre l'usage du vin et de la viande de porc, l'interdiction de représenter en quelque façon les êtres vivants, les ablutions obligatoires après le sommeil, avant d'entrer à la mosquée, et en d'autres occasions, enfin la pratique de la circoncision, dont le Qoran, il est vrai, ne parle pas, — sans doute parce que l'usage en était universellement répandu en Arabie. Ajoutons quelques mots sur les lois du maidage, et sur la situation de Ja femme dans l'Islam.

Mahomet défendit le mariage en deçà de certains degrés de parenté, et il réduisit à quatre le nombre des épouses légitimes, — lui-même fut exempté par révélation spéciale de l'un et de l'autre de ces préceptes, — mais il laissa les esclaves complètement à la disposition de leurs maîtres. De plus, il permit au musulman de divorcer à volonté avec l'une ou

i. Cette extension du martyre n'est pas basée sur le Qoran, mais sur la tradilion, et probablement marque une réaction du parti de la paix. Elle constitue cependant une croyance orthodoxe.

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l'autre de ses épouses légitimes, à condition de lui remettre quelques pièces d'argent, et avec faculté d'en prendre une autre à la place. La femme n'a aucun recours légal contre son mari. Celui-ci peut punir toute infidélité prouvée par quatre témoins en faisant mourir de faim son épouse. Elle ne prend aucune part à la vie publique et sociale, mais demeure enfermée dans sa maison, le visage couvert d'un voile épais en présence de tout homme qui n'est pas son seigneur. Néanmoins, en limitant le nombre desépouses légales, en ordonnant à leurs maris d'être bons pour elles, en assurant la situation des esclaves qui ont donné des enfants à leurs maîtres, en admettant femmes légitimes et esclaves à ce que l'Islam peut procurer de consolations religieuses, Mahomet >j très certainement releva la condition de la femme ^ en Arabie. Mais en même temps il la fixa pour ainsi dire dans un moule rigide qui rendit tout progrès * ultérieur impossible. On peut ajouter ici que l'entretien de quatre épouses est trop cher pour être courant; ceux qui peuvent se permettre ce luxe leur réservent différentes séries d'appartements.

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