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V. — Dogmes de rislam

Les sources de l'inspiration dogmatique sont surtout juives : la Bible et les compositions légendaires postérieures comme le Talmud. Elles sont aussi, mais dans un moindre degré, chrétiennes : les évangiles apocryphes principalement. Ce fut de seconde main, probablement souvent d'une manière indirecte, par les Hanîfs, que Mahomet les connut très

imparfaitement, Il s'en servit spécialement pour imposer trois doctrines : le monothéisme, la révélation et rçschatologie. C'est, donc sous ces trois chefs que nous allons grouper no$, remarques sur le dogme. : ( „j .;ir:

1. Monothéisme, Idée de Dieu, -r-r Jout au début, à la Mecque, Mahomet semble impressionné surtout par Tomnipotence de Dieu et par l'unité divine qui en. e§t la conséquence. Dieu egt le Seigneur de l'univers ; les dieux païens soi>t ses serviteurs, et à lui appartiennent leurs sanctuaires. Son but quand il crée, est d'avoir des créatures obéissantes. Tout sur la terre témoigne de sa puissance. Pourtant cette puissance a des limites, car il existe deux créatures matérielles ', éternelles comme Dieu, le Trône et le Livre, dont l'une régit ses mouvements, l'autre sa volonté. Quand Dieu quitta le Trône pour créer le monde, le Trône flottait seul sur les eaux. Le Livre est aussi appelé « Miqdar », la puissance; Dieu doit agir en toutes choses selon les règles qui y sont contenues.

La persécution de la Mecque amena Mahomet à se chercher des consolations dans une nouvelle idée de Dieu. Dieu est alors « ar-Rahman », le miséricordieux, à qui appartiennent tous les beaux noms, qui a créé toutes choses à l'usage de l'homme. Mais Dieu, pour être miséricordieux, doit être libre. Par suite. Dieu ne dépend plus du Livre, et le Livre lui-même est spiritualisé et identifié avec la Volonté divine. Mais ce progrès dans la conception de la Divinité est plus que compromis par une consé-

1. Mahomet a emprunté au Taimml l'idée de ces deux créatures ctcnielles.

qiience que Mahomet lire immédiatement de la liberté divine, et qui pour lui explique Tobstination des Qoraïchitcs : « Dieu dirige ceux qu'il veut, et égare ceux qu'il veut ». Et encore ; « Dieu a créé beaucoup d'hommes et d'esprits pour l'enfer ». Ce fut l'origine de la doctrine musulmane de la prédestination ^ ^A .ymimqir,

A Médine, l'idée de la divinité apparaît moins anthropomorphique, plus spirituelle. Les attributs de Dieu sont mêlés au hasard, comme s'ils étaient devenus de simples noms, sans réalité correspondante. Le trône de Dieu embrasse le ciel et la terre. A Médine aussi est énoncée la négation formelle de la Trinité; la Trinité, d'après Mahomet, serait la divinité partagée par Dieu, Jésus-Christ et la sainte Vierge. Pourtant, dans la période de la Mecque, il avait fréquemment parlé du « Verbe » et du « Saint- Esprit » et avait expliqué leur procession de la divinité comme l'explique l'église grecque. Mahomet jugea probablement que ce dogme était trop relevé, trop mystérieux pour les Arabes. Les allusions au Verbe n'avaient jamais été assez claires pour qu'il eût besoin de les rétracter dans la suite ^. Mais pour le Saint-Esprit, dont il n'avait pu fournir une expli-

1. Lu doclrine de la Prédestination paraît plus d'une fois dans les plus anciennes souras, et est probal)Iement venue du Judaïsme ou du Christianisme; mais le fait que la plupart des textes qui l'inculquent, appartiennent à la dernière période de la Mecque, juslifie notre explication de la forme particulière que lui a donnée Mahomet.

2. Mahomet désignait le Verbe par le mot Ain7\ équivalent arabe de l'araméen Memra (où M n'est qu'un préfixe formatif). Comme Amr signilie en arabe « commandement », t affaire », le sens voulu par le prophète ne fut jamais bien clair. De fait, Mahomet laissa à dessein dans le Qoran plus d'une obscurité. Quand il appelle Jésus « le Verbe de Dieu », il se sert du mot Kalima, non du mot Amr.

cation satisfaisante à ceux qui l'interrogeaient, il l'identifia définitivement avec l'ange Gabriel.

Anges. — La cour de Dieu est formée par les anges, créés du feu (idée mazdéenne), ailés et mortels* Ils le louent et l'adorent. Ils portent son trône ; ils sont les messagers qu'il envoie vers les hommes et qui intercèdent pour eux. Leur épreuve a consisté dans l'ordre donné par Dieu de confesser par un hommage leur infériorité vis-à-vis d'Adam. Tous obéirent, sauf Iblîs, le diable, qui fut en conséquence chassé du paradis, et qui, ayant obtenu un délai à ses tourments jusqu'au Jugement général, déclara son intention de faire tout ce qu'il pourrait dans l'intervalle pour égarer les hommes. Par cette histoire d'origine juive, Mahomet voulait dissuader ses compatriotes d'adorer trois divinités païennes, qu'il identifia avec les anges. Dans la suite pourtant, il comprit qu'il avait eu tort d'admettre cette identification, et prétendant avoir été trompé par le diable, il raya du Qoran la révélation en question. Il trouvait maintenant dans les Djinns méchants, tout à la fois des divinités païennes et des satellites pour Iblîs.

Djinns. — Les Djinns auxquels croyaient les Arabes étaient de malins esprits hantant les déserts et les lieux solitaires, et particulièrement dangereux pour qui voyageait la nuit. Pourtant Mahomet qui eut rapport avec eux, déclare que les uns sont bons, les autres méchants. Les bons reçoivent le Qoran avec avidité ; ils en attendent leur salut et la rémission de leurs péchés. Les méchants montent aussi haut qu'ils peuvent, cherchant à deviner les secrets du ciel, jusqu'à ce que des étoiles lancées par des anges en sentinelle mettent un terme à leur curio-

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site. Cette naïve explication que les Juifs donnaient des météores, servit à Mahomet pour expliquer et discréditer la divination, tout comme l'identification des dieux païens avec les satellites de Satan en faisait non pas simplement les inférieurs, mais les ennemis directs de leurs adorateurs.

2. Révélation. — Comme l'homme, porté à l'injustice et à l'idolâtrie, ne peut par lui-même opérer son salut, il doit recevoir l'aide de Dieu qui lui envoie des messagers chargés de la révélation divine, pour le remettre dans le droit chemin. D'après le Qoran ces messagers ont été envoyés en tout temps et à toutes les nations. Au commencement de la période de la Mecque, Mahomet en mentionne sept, dont trois étaient des Arabes envoyés aux anciennes tribus d'Ad, de Thamoud et de Madiân, et quatre des Hébreux, Noé envoyé de Dieu aux Antédiluviens, Lot envoyé aux cités de la Plaine, Abraham envoyé à la cour de Nemrod, et Moïse envoyé à celle de Pharaon. Ces messagers étaient essentiellement des « avertisseurs »; ils étaient bons, mais non impeccables ; ils appartenaient à la nation à laquelle ils apportaient leur message de paix, et parlaient sa langue.

A la fin de la période de la Mecque, ils portent un nom nouveau et ont d'autres caractéristiques. Le Nabi (mot araméen), prophète, est un homme spécialement choisi par Dieu et rempli de toutes les grâces, « un modèle de sagesse et de piété, une lumière brillant dans l'obscurité du paganisme ». Tandis qu'Adam, «l'élu deDieu», Abraham, « l'ami de Dieu », Moïse avec le Pentateuque, David avec les Psaumes, Elie, Elisée, et plusieurs autres gran-

des figures de l'Ancien Testament incarnent celte nouvelle conception, Jésus en est la personnification la plus noble, le type de choix, derrière lequel Mahomet voile la nouvelle dignité qu'il veut s'arroger pour lui-même. Né d'une mère très pure et vierge, par l'opération de 1' « Esprit » (Gabriel?), recevant le pouvoir et le « livre » (c'est-à-dire la révélation) immédiatement après sa naissance, béni de Dieu dans toutes ses voies, messager, prophète, bienfaisant, guérissant les malades, thaumaturge, Verbe de Dieu, Esprit de Dieu, Messie, Jésus reçoit tous les honneurs que peut conférer Mahomet, sauf celui de la divinité. Le crucifiement, « folie pour les Gentils », est expliqué à la façon des docètes. Un autre homme est substitué par Dieu à Jésus et crucifié à sa place. Le Christ, lui, est enlevé au ciel, et sur son témoignage qu'il n'a jamais prétendu aux honneurs de la divinité, il est admis à jouir de sa récompense.

A Médine, Mahomet n'apporte aucune modification essentielle à cette conception du ministère prophétique, et se contente d'ajouter de nouveaux détails aux récits scripturaires. Mais les trois messagers arabes disparaissent du Qoran : leur attitude de prédicateurs pacifiques contrastait trop vivement avec le rôle de conquérant et d'autocrate, que prenait alors Mahomet.

Mahomet inculqua aux fidèles la croyance aux révélations, que tous les prophètes avaient reçues du céleste exemplaire, « la Mère du Livre », révélations qui se corroboraient mutuellement. 11 loue souvent le Pentateuque, les Psaumes et l'Évangile, mais déclare qu'une grande partie de leur contenu (et en particulier les passages qui annonçaient sa venue)

OU l)ien n'a pas été comprise ou l)ion a été falsifiée par les Juifs et les Chrétiens *. Ces livres sacrés doivent donc être confirmés et expliqués par le Qoran, qui est la perfection de la révélation, tout comme Mahomet est le « sceau des prophètes ».

3. Eschatologie. — C'est principalementà des sour^ ces chrétiennes que Mahomet emprunta cet élément capital de son système religieux. Mais il laissa de côté hien des choses essentielles et interpréta littéralement d'évidentes métaphores.

Morty jugement. — Après la séparation de l'âme et du corps, le corps retourne à la terre, et l'âme pendant une longue période reste inconsciente dans le sommeil ou l'ivresse de la mort, jusqu'au jour du jugement général. Ce grand jour, précédé de signes et de miracles terrifiants, révèle aux regards étonnés des ressuscites Dieu qui vient les juger, porté sur un trône par huit anges, et entouré de sa cour céleste. Une sentence écrite déclare alors le sort irrévocable de l'homme ; cette sentence est une copie du grand Livre ouvert où sont tenus les comptes. Le décret est placé dans la main droite ou dans la main gauche de l'intéressé, selon que son contenu est favorable ou défavorable. D'après une description postérieure, le sort de l'homme serait déclaré par une balance : les actions de l'homme sont pesées à ses yeux, la balance les montre lourdes et bonnes, ou légères et sans valeur. Nous laisserons Mahomet

1. Jésus, dit-il, annonça la venue d'un prophète nommé Ahmad, autre forme du mot Mahomet, et signifiant t très illustre ». Les théologiens postérieurs appliquèrent ce texte à la promesse du Taraclet. Ils disaient que pertclytos « très honorable » avait été falsiOé en paracletos, • psraclet ». C'était pour des Sémites un argument concluant, car à leurs yeux les voyelles, que l'on n'écrit généralement pas, ont peu de valeur critiqua.

lui-même nous décrire les récompenses et les châtiments éternels \ qui suivent immédiatement après.

L'enfer, — « Les méchants seront au milieu d'un vent brûlant, dans l'eau bouillante, entourés d'une fumée épaisse comme celle de la poix. Ils rôtiront sur un feu ardent, et ils seront abreuvés à une source d'eau bouillante. Comme nourriture, ils n'auront que des ronces répugnantes 2, qui ne les engraisseront pas et ne calmeront pas leur faim. Ils seront revêtus d'habits de feu; sur leur tête, on versera de l'eau bouillante, qui dissoudra le contenu de leurs ventres et leurs peaux aussi ; il y a pour eux des massues de fer. Quand leurs peaux seront brûlées, on les renouvellera pour qu'ils puissent savourer leur supplice. »

Le ciel. — « Le sort des bons sera la paix éternelle et l'éternelle joie dans un paradis de plaisir, au milieu d'arbres touffus, de sources jaillissantes, de rivières roulant une eau incorruptible, de rivières de lait d'une saveur inaltérable, de rivières d'un vin délectable, et de rivières de miel clarifié ; et là, reposant sur des couches tissées d'or, les uns vis-à-vis des autres, ils n'éprouveront ni l'ardeur du soleil, ni la morsure du froid. Au-dessus d'eux, tout près, seront les ombrages du jardin, et les arbres pencheront leurs fruits, pour qu'ils puissent les cueillir. Ils auront des vêtements de satin vert brodé et de

4. Une fois seulement, dans une soura datant de la fin de la Mecque, Mahomet ajoute cette restriction à rcternité des peines : « à moins que Dieu n'en décide autrement ». Mais, plus tard, dans une soura de Médiue, il déclare formellement contre les Juifs, que les peines des damnés n'auront pas de fin.

2. Les infidèles, nous dit-on, demandaient comment il était possible qu'un arbre poussât en enfer, puisque le feu, d'après un autre passage, « consumait les hommes et les pierres ».

brocart, ils porteront des bracelets d'argent. Autour d'eux circuleront des écliansons, éternellement jeunes, portant gobelets, aiguières et coupes de vin; ils n'éprouveront à boire ni mal de tête ni trouble d'esprit. Ils auront des fruits, dattes, raisins, grenades, bananes, à leur goût, et de la chair de volaille selon leur désir, et pour épouses, des jeunes filles aux yeux de gazelle, pures comme des perles dans leur nacre, vierges au regard modeste et à la poitrine haletante, d'une jeunesse éternelle. Telle sera la récompense de leurs actions. »

L'explication naturelle et suffisante de cette conception du paradis est à chercher dans la sensualité des Arabes. Tout comme pour le Peau-Rouge le paradis est un territoire de chasse privilégié, pour Mahomet et ses compagnons il fut un lieu de plaisir sensuel. Rien absolument n'indique que dans la pensée de Mahomet ses descriptions du paradis aient été allégoriques, rien n'indique non plus qu'il ait fait de la possession ou de la privation de Dieu l'élément essentiel du bonheur ou du malheur, doctrine qui fut proposée plus tard par des théologiens de l'Islam.

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