IV. — L'époque des Prophètes
1, La nature de la Prophétie. — 2. L'importance du Prophétisme pour la conservation du monothéisme et le développement de l'idée de Dieu. — 3. Le relèvement moral du peuple par le Prophétisme. — 4. Les Prophètes et le salut messianique.
1. La nature de la Prophétie. — Le prophétisme de l'Ancien Testament, phénomène unique dans
l'ancien monde civilisé, doit être regardé comme un instrument choisi par la Providence pour compléter et régler l'action de la Loi et l'influence de la royauté théocratique. A côté du sacerdoce, qui, sur le fondement de la Loi, constituait par la prière et le sacrifice, un intermédiaire entre Dieu et le peuple, la Prophétie devait prendre place; car la Loi, malgré la sainteté et l'élévation des pensées dont elle portait l'empreinte, aurait pu facilement, par la contrainte imposée, devenir la lettre qui tue. La royauté, au cours des temps, s'écarta à plusieurs reprises de la voie qui lui avait été tracée ; dans ces circonstances le prophétisme exerçait, à côté du pouvoir royal., l'action d'une libre puissance spirituelle.
Le terme hébreu pour désigner le prophète est nabV ou ro'eh ou hozeh^. La première de ces appellations finit par devenir la plus importante et la plus commune. Être rempli de l'esprit de Dieu, et parler au peuple réellement au nom de Dieu, tel est essentiellement le rôle du prophète. Ce qu'il proclame, ce ne sont point ses pensées, mais les pensées de Dieu. Dieu le suscite, l'envoie, lui commande, met des paroles en sa bouche, lui révèle différentes choses (Deut. XVIII, 18; Am. vu, 15; /s. vi, 1 sqq. ;yé/'. i,9; ^^.11, 8) ; l'espritde Dieu « le saisit » [Nombr. xi, 25 ; I Sam. X, 6, 10; xix, 20, 23; Éz, xi, 5).
Abraham était déjà, dans un sens large, messager delà révélation et porte-parole de Dieu [Gen. xx,
1. Le mot nôôi'ne signifie pas « qui est en ébuUition, dans l'enthousiasme », mais « qui proclame, qui annonce » ; ro'eh et J^ozeh signifient « voyant ». — Comme les prophètes attendaient et guettaient les événements du temps pour les interpréter, ils sont appelés aussi sophim (guetteurs) et somerim (veilleurs) {Mich. vn, i, 7; Zs. xxi, H; ui, 8; i,vi, 10; LXn, 6; Jer. vi, 17 ; ^2. ni, 17; xxxiii, 6).
7; Ps. cv, 15). Il remplit ce rôle dans le cercle de sa famille; il la conduisit, suivant l'appel divin, dans un nouveau pays, où il devait l'élever dans la foi de lahvé. Moïse, en même temps que chef et organisateur politique, fut le premier prophète envoyé au peuple. Josué et les Juges eurent aussi part, en un certain sens, aux fonctions du prophète, et la tradition juive range les livres de Josué et des Juges parmi les écrits prophétiques (cf. aussi Jug. vi, 34 ; XIII, 25). Samuel joignait au ministère prophétique la dignité de juge. Avec Nathan, le prophétisme, pour la première fois, joue un rôle à côté de la royauté. David, roi, est aussi regardé comme animé de l'esprit de Dieu (cf. II Safii. xxiii, 1-7).
Lorsque, après la mort de Salomon, le culte de Baal prit de plus en plus d'extension dans le royaume du Nord, et que le culte de lahvé s'exerça sous des formes illégitimes, le Seigneur suscita des prophètes qui s'opposèrent aux rois, et reprochèrent au peuple ses erreurs. Des disciples s'étant groupés autour des grands hommes éclairés de Dieu pour se faire instruire par eux dans la foi et la vie religieuse ' , le prophétisme devint le foyer de la rénovation morale du peuple. La prophétie eut des représentants jusqu'à la basse époque après l'exil. L'esprit prophétique ne quitta pas Israël, avant que la mission de ce peuple n'eût été accomplie. Nous regardons Jean-Baptiste comme le dernier, et pas le moindre
1. Puisque la prophétie présuppose une vocation directe de Dieu, les fonctions de prophète n'étaient pas une profession qu'on pouvait apprendre à volonté. Quand il est question dans l'Ancien Testament des « disciples des prophètes » {benê nebi'îm), il s'agit surtout <ie l'instruction dans la vie religieuse.
assurément, des prophètes de raiicienne alliance : il devait voir de ses yeux le Messie et lui préparer les voies.
Du côté de Dieu, la vocation aux fonctions prophétiques était départie de telle sorte que celui qui en était l'objet était sûr de sa vocation, et en connaissait exactement le jour et l'heure (cf. h. vi ; I Rois, XIX, 16; ^^. T et x; Jér. i, 1 et sqq.). Ce pouvait être un appel pour toute la vie, ou seulement pour une mission déterminée, ïl n'y avait point de /?re/>^/'«^^b/^ aux fonctions de prophète; mais il est clair que « pour être saisi par l'esprit de Dieu agissant dans la communauté, il fallait avoir le souci de ce Dieu et de sa communauté, et vivre en relation avec lui. Avant tout, il fallait professer la foi mosaïque : c'est la première condition, et aussi le premier sigrie caractéristique du vrai prophète » [Deiit. xiii, 2-6; Jèr. II, 8; xxiii, 13) *. Il est sûr également que de continuels rapports avec Dieu, et l'application à la vérité divine rendaient le prophète plus apte et plus sensible à percevoir la révélation.
La prédication prophétique consistait surtout en discours oraux, mais aussi en actions symboliques et, de plus, en communications écrites. Quelques prophètes seulement nous ont laissé des écrits. On les nomme prophètes écrivains ; les plus anciens sont Osée et Amos. Par opposition à ceux-ci, les autres peuvent être appelés prophètes de la parole et de l'action, par exemple, Gad (I Sam. xxii, 5), Nathan (Il Sam. VII, 2), Ahia de Silo (I Rois, xi, 29), Séméias et Addo (11 Chron. xii, 15), Jéhu (I Rois, xvi, 1), Mi-
1. DiLLMANN, Handbuchder altlestamenU. Théologie, herausg. von Kittel, Leipzig, 1895, p. 473.
chée, différent du prophète écrivain (I Rois, xxii, 8), Éliézer (Il Chroji. xx, 37), Zacharie, différent du prophète écrivain (II Chron. xxiv, 20). Elie (I Rois, xvii sqq.), Elisée (1 Rois, xix sqq.). Le prophétisme n'était pas exclusivement réservé à telle ou telle condition ou à tel sexe : des prophétesses sont mentionnées : Marie {Ex. xv, 20), Débora [Jug., iv, 4), Holda [WRois, XXII, 14).
On a voulu distinguer deux orientations dans l'histoire du prophétisme Israélite, l'une plus ancienne, l'autre plus tardive, et l'on prétend qu'elles diffèrent en des points essentiels. L'orientation plus ancienne serait marquée par deux traits caractéristiques : d'abord par le « naturalisme » de l'action et de la prédication prophétiques ; en second lieu, par le caractère national de l'idée de Dieu. En ce qui concerne le premier point, il faut bien reconnaître que chez les prophètes de l'ancienne époque (de Samuel jusque dans le courant du ix^ siècle) les états extatiques sont plus fréquents que chez les prophètes de l'âge suivant, et que ces états extatiques, dans l'ancien temps, étaient accompagnés de tressaillements nerveux et de « glossolalie » . Il est difficile de donner une explication complète et lumineuse de la genèse de ces phénomènes mystérieux dont nous ne possédons que des descriptions fragmentaires. Il est sûr qu'un souffle religieux puissant, quand il entraînait les foules, exerçait aussi une influence sur l'état physique des individus. Un phénomène semblable, dont on n'a pas l'explication parfaite, eut lieu au i" siècle de l'ère chrétienne; saint Paul en parle dans la I'^ épître aux Corinthiens (I Cor. xii-xiv ; cf. aussi Act. Il, 1-13; X, 44-47; xix, 6). L'idée religieuse est
ici le principal ; l'état physique est une conséquence secondaire de l'émotion psychique portée à un haut degré. Ainsi, en tant que les idées religieuses de la prophétie doivent être regardées comme un effet surnaturel de la Providence divine, on ne peut pas refuser aux manifestations de l'ancienne prophétie ce caractère de révélation, propre à la religion israélite, ni, par conséquent, les mettre à part.
11 est sur, en second lieu, que les prophètes de l'ancienne époque, pleins d'un enthousiasme national, parcouraient le pays, en champions de lahvé contre Baal, et entraînaient les foules à leur suite. L'aspect national de ce mouvement religieux avait une raison très profonde : lahvé était le Dieu de l'Alliance, et cette Alliance, conclue avec le peuple, revêtait un caractère national. Aussi longtemps que la supériorité guerrière des Cananéens se fit durement sentir à Israël, l'union de l'idée religieuse à l'idée nationale eut sa raison d'être. Quand, plus tard, les Israélites eurent entièrement soumis le pays de Canaan, cette condition de l'action prophétique disparut. Sans doute, le peuple eut encore bien des maux à supporter, les luttes avec les Araméens et les Moabites, ensuite avec les Assyriens; mais une royauté puissante se chargeait de défendre l'honneur national, et le prophétisme eut à intervenir plutôt dans l'ordre spirituel, pour les idées morales et religieuses. Par là s'explique très simplement la différente manière d'être de la prophétie aux deux époques ; cette différence n'est pas dans la substance même des manifestations, mais dans l'occasion et la forme extérieure de l'action prophétique.
A côté de toute chose légitime et vraie, l'illégitime
et le faux viennent mettre leur ombre; ainsi, à l'instar du prophétisme légitime inspiré par Tesprit de Dieu, un faux prophétisme s'éleva. Des hommes qui n'avaient reçu aucune mission divine, intervinrent avec les mêmes prétentions et les mêmes manières d'agir que les vrais prophètes envoyés par lahvé. On discernait les vrais prophètes à ce signe : ils s'opposaient aux passions du peuple avec une noble fermeté, et leurs prédictions menaçantes s'accomplissaient en effet, tandis que les prédictions des faux prophètes, qui flattaient les passions populaires, trahissaient bientôt leur nature trompeuse. Assez souvent les vrais prophètes eurent à se garder des menées de leurs rivaux et à défendre leur propre autorité (cf. Aîii. VII, 14; Os. IX, 7 ; Mich. m, 5 sqq. ; Jér. xiv, 14 sqq. ; xxiii, 21 sqq. ; xxvi, 8 sqq. ; xxvir, 14 sqq.; xxviii, 15; XXIX, 31 sqq. ; Soph. m, 4 ; Ez. xiii, 2 sqq. ; Zach. XIII, 2 sqq.).
2. Importance du Prophétisme pour la con&ervaçation du monothéisme et le développement de Vidée de Dieu. — L'action des prophètes, comme hérauts des vérités religieuses, était double : négative et positive; c'est-à-dire préservatrice d'une part, et d'autre part constructive et progressiste. Par la première les prophètes défendaient la foi de lahvé contre la religion cananéenne, et empêchaient le peuple d'abaisser la notion de Dieu. Au Dieu sévère, dominant le monde, imposant des obligations morales, qui s'était révélé au Sinaï, et qui voulait être honoré par des rites et simples et purs, s'opposait en Canaan le culte sensuel et lascif des divinités locales, qui représentaient les forces de la nature et leurs
produits bienfaisants. Plus tard, après la chute de Samarie, les cultes assyriens pénétrèrent aussi en Palestine. L'influence égyptienne paraît avoir été sans importance dans le domaine religieux à l'époque des prophètes.
Le premier devoir des prophètes était donc de proclamer lahvé Dieu unique. Ils s'y employèrent en accentuant davantage, contre les tendances nationales et particularistes, son caractère de Dieu universel ; puis, en ne cessant d'inculquer au peuple le néant des dieux étrangers. Déjà Elie s'était fait l'énergique champion de cette idée qu'à côté de lahvé il n'y avait point de place pour Baal ; son mot d'ordre fut : Baal ou lahvé ! Les prophètes venus plus tard ne se lassèrent pas d'affirmer que les divinités étrangères étaient des « non- dieux » (/oelohîm]^ des « nullités » [elilîm], des abominations, œuvres de la main des hommes, et par conséquent périssables [Os. iv, 12; h. ii, 8, 18, 20; xxxi, 7; XL, 18 sqq.; xli, 29; xliv, 9 sqq. ; xlvi, 5 sqq. ; Mich. Y, il; Jér.î, 16; ii,27; m, 9; x, 3,8, 14; Éz. VIII, 10; XVI, 36).
Après avoir défendu la foi en l'unicité de lahvé, il fallait parer à un autre danger : les attributs de Baal pouvaient être peu à peu transférés à lahvé, qui risquait de descendre ainsi au niveau d'un dieu de la nature, honoré simplement comme distributeur des productions de la terre. lahvé une fois transformé en Baal, insensiblement la conscience du peuple se serait engourdie, et son sens moral émoussé. Ce danger était d'autant plus grand, que, en fait de civilisation matérielle, les Israélites avaient emprunté aux Cananéens. Les Israélites, il est vrai, n'étaient
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pas tous portés à adopter la vie sédentaire des agriculteurs, plus commode et plus délicate. Un petit groupe, les Récliabites, conservèrent les coutumes des Bédouins ; mais ils ne purent pas arrêter l'influence delà civilisation plus avancée des Cananéens. Aussi les prophètes ne préchèrent-ils pas contre cette civilisation en général, mais ils combattirent la croyance que lahvé n'était que le maître des forces de la nature, et qu'il suffisait de le remercier de ses dons par l'offrande des prémices. Par cela même que les fêtes cananéennes, commémorant les dieux et les bienfaits de la terre, pouvaient paraître à l'Israélite naturelles et innocentes, elles menaçaient sérieusement non seulement la pureté des mœurs, mais la conception même de la nature divine. C'est pourquoi les prophètes s'élevèrent résolument à la fois contre le culte de Baal et contre toute manière d'honorer lahvé imitée des usages cananéens.
L'action des prophètes ne se bornait pas à défendre et à préserver, ils avaient aussi à construire et à perfectionner. Les événements politiques, comme aussi les conditions de la vie économique, leur offraient l'occasion de développer de plus en plus l'enseignement sur Dieu, en accentuant ses attributs. Le péril assyrien, puis babylonien, donna lieu de rappeler le caractère universel de lahvé : s'il était le maître du monde, il avait le pouvoir d'humilier les autres peuples. Les diverses épreuves de la vie privée ou publique servaient à représenter lahvé comme le Dieu saint et juste. En regardant ces tribulations comme des effets de la justice vindicative de Dieu, Israël saisissait plus nettement le caractère moral de lahvé. Mais la prophétie ne négligeait pas de décrire aux
yeux du peuple le retour de la faveur divine en cas de conversion, et de prêcher la miséricorde et la fidélité de Dieu. Souvent, avant de terminer leurs prédictions menaçantes, les prophètes changeaient de ton, et ils faisaient entrevoir un avenir heureux et l'accomplissement des promesses reçues par les aïeux.
3. Le relèvement moral du peuple par le Prophétisme. — Après l'entière conquête du pays à l'ouest du Jourdain et l'établissement de la royauté nationale, diverses causes avaient; ébranlé la moralité du peuple : le contact avec les Cananéens, le progrès du bien-être par la vie sédentaire, les différences sociales qu'entraînait le changement des conditions économiques et politiques. Les lois agraires du Pentateuque n'empêchèrent pas l'accaparement de la propriété foncière, comme on le voit par Isaïe^ v, 8. D'autre part, des accidents naturels, des guerres, des maladies et autres malheurs réduisaient beaucoup de familles à la pauvreté. A ces différences de degrés dans l'économie sociale s'ajoutait la distinction des classes, résultant de diverses causes, en particulier de la magnificence dont s'entourait la royauté. Et le mauvais exemple des grands constituait un nouveau et sérieux danger pour la morale.
Dans ces circonstances, les prophètes regardèrent comme leur mission principale de conserver pure la foi de lahvéet de sauvegarder les règles morales établies par l'Alliance. Contre une manière de voir qui matérialisait la sainteté et la faisait dépendre simplement de la fidèle observation des lois cérémonielles, les prophètes insistaient sur l'obligation d'accomplir les devoirs de justice et de charité.
Contre une fausse appréciation des sacrifices, on voit s'élever Osée (vi, 4-6), Amos (v, 21-24), Isaïe(i, 11-17), Michée (vi, 6-8). Dans ces passages, ils expriment en termes énergiques celte pensée que le Seigneur ne veut pas agréer de la part d'un peuple coupable la célébration des fêtes, les louanges et les sacrifices. Jérémie annonce même au peuple que le lieu saint où s'offrent les sacrifices, le temple, ne sera pas préservé de la ruine, s'il n'y a point d'amendement moral [Jéj\ VII, 4 sqq. ; xxvi, 6).
Avec la rénovation morale, qui devait se manifester surtout par la justice et la charité, les prophètes demandaient la foi et la connaissance exacte de Dieu. Là était, selon eux, la vraie source de la morale : morale et connaissance de la religion étaient inséparablement liées. Isaïe exige du roi Achaz une soumission de foi à la parole de Dieu. « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas a, lui dit-il un jour [h. VII, 9), c'est-à-dire : « Point de salut pour vous, si vous n'avez pas confiance en Dieu qui est parfaitement fidèle. » Il faut interpréter de même haïe, XXX, 15 : « Ainsi parle le Seigneur lahvé, le Saint d'Israël : Par la conversion et la paix vous serez sauvés; le repos et la confiance seront votre force; mais vous ne voulez pas, et vous dites : Non î » Isaïe se plaint souvent que la foi est faible et qu'on manque de confiance en Dieu. Ce n'est pas une puissance étrangère qui protégera Israël, mais le Seigneur seul; c'est vers lui qu'il faut se retourner : cette pensée revient constamment dans les discours du prophète-martyr.
Les prophètes écrivains ont-ils été les premiers à insister sur la moralité, en l'opposant à l'obser-
valion purement matérielle de la loi? Nullement. Pour avoir le droit de l'affirmer, il faudrait en fournir la preuve rigoureuse, car on ne découvre rien dans les discours des plus anciens écrivains prophétiques, qui donne à entendre qu'ils apportent en cela une leçon nouvelle. Et si l'on trouve, à l'époque antérieure, des faits ou des paroles, qui semblent attester une conception inférieure des devoirs envers Dieu, il reste à prouver que c'était la manière de voir de tout le peuple, y compris ses chefs spirituels. A l'attitude de quelques personnes profanes, on ne peut mesurer le niveau moral de toute là communauté ; la théorie et la pratique ne sont jamais en parfaite harmonie. D'ailleurs la tendance à mettre toute la sainteté dans la fidèle observation des prescriptions rituelles persista pendant l'époque prophétique, et jusqu'au temps de Jérémie; et pourtant, de l'aveu de tout le monde, le caractère éthique de lahvé était alors communément reconnu. Par ce qui précède, on comprend l'importance du prophétisme pour l'élévation morale du peuple. Dès que les préceptes et les enseignements du Décalogue risquaient de s'altérer, les prophètes se montraient prêts à intervenir. Ils étaient la conscience publique d'Israël; ils paraissaient avec autant de courage devant les rois et les princes que devant les grandes foules. Quand la royauté théocratique oubliait son devoir, ils étaient l'organe établi par la Providence pour la compléter.
4. Les prophètes et le salut messianique. — La prophétie eut une importance spéciale pour le développement de l'idée messianique. Sans doute, elle
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ne créa pas l'idée du royaume de Dieu sur la terre, de son caractère universel et de son extension par le Messie. Déjà le « Protévangile », reçu en Israël comme un héritage des temps anciens, ainsi que les promesses faites aux Patriarches et transmises de génération en génération, contenaient en germe l'espérance messianique. La prophétie précisa davantage cette attente indéterminée du salut; elle lui donna une certaine orientation en la rattachant aux événements de l'histoire contemporaine. La promesse d'éternelle durée faite au royaume de Dieu fut appliquée à la royauté théocratique de la race de David. Cette pensée se trouve déjà exprimée dans II Samuel, Yiî^ 16 et xxiii, 3-5. Quand le péril assyrien menaça l'existence du royaume du nord, et, plus tard, du royaume du sud, à l'attente du salut messianique se joignit l'idée d'une restauration de la gloire primitive ; on entrevoyait un avenir où la royauté davidique étendrait sa bénédiction au monde entier, à cause des qualités exceptionnelles du souverain, descendant de David, qui devait venir.
Les promesses du salut messianique futur sont liées ordinairement à des menaces et prédictions de châtiment, qui annoncent la ruine de la puissance politique d'Israël en punition des péchés du peuple. Comme un effet de cette épreuve infligée par Dieu, la prophétie prévoit la conversion d'un « reste » qui sera sauvé. Ce « reste » doit constituer les premiers éléments du futur royaume de Dieu. Après avoir annoncé la chute de la royauté Israélite, Amos prédit, pour l'époque messianique, le relèvement de « la hutte rainée de David » (ix, 11). Osée prophétise
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que les habitants du royaume du nord, purifiés par les châtiments divins, après le temps du jugement, où ils seront sans roi et sans culte, chercheront lahvé et « David leur roi » (c'est-à-dire le David de l'époque messianique) [Os. m, 5;v, 15; ix, 7). Le roi messianique est désigné par Isaïe et Michée en termes encore plus clairs. 11 est mis en connexion intime avec la maison royale de David. La naissance future du roi est pour Isaïe un grand et merveilleux signe de salut, un gage de la faveur divine (7s. vu, 10 sqq. ; IX, 6). Là le Messie est élevé à une hauteur surhumaine par les attributs mêmes qui lui sont donnés [Is, IX, 5). Michée dit du roi messianique que son origine remonte aux jours de l'éternité (v, 1 sqq.) ; c'est une allusion à la préexistence du Messie.
Voici, d'après les prophètes, les traits caractéristiques du royaume messianique : la terre entière est pleine de la connaissance du Seigneur [Is. xi, 9) ; la paix et la justice y régnent comme dans les premiers temps {Is. II, 3, 4, 15, 16; ix, 4-6; xi, 9; Âlick. IV, 2, 3; V, 9, 10). De Sion sortiront le salut et la rénovation du monde ; au temps messianique, toutes les nations y afïlueront pour chercher lahvé [Is. ii, 1-4) ; les peuples païens se convertiront à Dieu (/e>. III, 17; XII, 16, xvi, 19-21; Éz. xxxvii, 28; XXXIX, 21-23). Le Messie est appelé simplement David par Jérémie et Ezéchiel [Jér. xxx, 9; Ez. XXXIV, 13). En qualité de bon pasteur, il est opposé aux mauvais pasteurs (/é/-. xxiii, 1-8; Éz. xxxiv). Le Serviteur de Dieu, c'est-à-dire le Messie, vient, rempli de l'esprit de Dieu, pour conduire les peuples à lahvé {Is. xlix, 6) ; sans doute il doit souffrir beaucoup; mais par ses souffrances et par sa mort, il
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expie les péchés du monde, et un jour il en sera glorifié (Is. XLii, 1 sq.; xlix, 1 sqq. ; l, 4 sqq.; lu, 13-Liii, 12). A la place de l'ancienne Jérusalem s'élève, à l'époque messianique, une Jérusalem nouvelle, magnifique, où tous les peuples se rendent (Is. Lx, 1 sqq.; lxv, 17; Lxvi,22j. Comme les péchés du monde sont expiés au temps messianique, la nouvelle Jérusalem s'appelle « lahvé notre justice » [Jér. xxxiii, 16). C'est aussi à cette nouvelle Jérusalem qu'il faut rapporter le programme d'Ézéchiel [Ez. xL-xLviii). Au lieu de l'ancienne Alliance, qui est rompue , une nouvelle Alliance est contractée entre lahvé et son peuple (/e>. m, 16 sqq. ; iv, 4 ; xxxi, 31-34; xxxii, 38-40 ;£^. xxxvi, 26-28 ;xxxvii, 26 sqq.; xLiii, 1-9). Dans le nouveau royaume messianique, la maison de Dieu est une maison de prière pour tous les peuples [Is. lvi, 7j.