Matt,, xxiv, 48; Luc, xii
ment final que décrit le Discours eschatologique et qui se fonde sur le discernement des hommes d'après leurs œuvres, suppose la môme conception. Elle fait le fond encore, non seulement des paraboles qui y sont incluses, mais de certaines autres que l'Evangile rapporte à la période galiléenne, celle de la senne, celle de l'ivraie'. — Bref, la connaissance du secret, si elle n'est pas le motif unique, est du moins le motif le plus pressant qu'on ait de marcher avec vigilance dans la voie. On ne peut pas extirper de l'enseignement de Jésus cette relation entre la vie morale et la consommation du siècle, sans le bouleverser et le transformer de fond en comble; et c'est, si l'on parle de l'Evangile prêché par le Christ, donner aux textes un bien audacieux démenti, que de prétendre que l'Evangile dépasse Topposilion de là-haut et ici-bas. L'Evangile est tout entier fondé sur l'opposition de là-haut et d'ici-bas ; cette opposition lui est essentielle, et c'est elle qui fait qug l'Évangile n'est pas seulement une « voie », mais encore un « secret », un « mystère », une doctrine.
L'enseignement intime. Le parti de Jésus. — La rupture avec les pharisiens, avec le parti de la piété officielle, si elle marque, comme nous avons dit, un changement dans la forme de l'enseignement du Maître, sans toutefois arrêter le développement de son contenu, marque un changement de plus grande importance dans l'auditoire qu'il vise et dans le but immédiat qu'il propose à ses efforts^. Jésus avait
i. Matth., xin, 24et 47.
2. Nous suivons ici M. Burkitt, The Gospel H itlory and ils trans-
commencé sa prédication en annonçant à tous la bonne nouvelle''; dans son peuple préparé depuis si longtemps par la loi et les prophètes, la parole du royaume n'aurait dû avoir qu'à paraître pour le gagner d'un bout à l'autre avec la rapidité de l'éclair, qui, en un clind'œil, illumine tout le ciel d'Orienten Occident. Il n'en fut point ainsi: lasemence tomba en terre aride et légère. Devant l'hostilité déclarée du parti pharisaïque, soutenu par les Hérodiens, Jésus, en maître prudent, usa de réserve, et, sans prononcer d'exclusion formelle, resserra autour de lui le cercle de ses disciples, pour qu'ils pussent recevoir et garder son enseignement, jusqu'au jour où la lumière serait manifestée : ce serait l'œuvre du temps et de la grâce. Il compara le royaume « au levain qu'une femme prend et cache dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que tout soit fermenté ^ » ; il le compara « au grain de sénevé que l'homme prend gt sème dans son champ ; c'est la plus petite de toutes les graines, mais quand elle a grandi, c'est
mission, Edimbourg, 4906, lecture III, qui noua semble avoir compris l'Évangile de saint Marc d'une façon fort intelligente et naturelle. — Mais il faut remarquer avec le R. P. Lagrange, Évangile selon saint Marc, Paris, 1911, Introduction, p. cxviii, que si l'on peut noter dans la carrière de Jésus * des moments décisifs qui marquent un chani^ement dans son attitude vis-à-vis d'autres personnes ou dans l'altitude de ces personnes vis-à-vis de lui... rien dans le récit de Marc ne nous autorise à penser qu'il eut dans le cours de son ministère une inspiration, une révélation, une vae nouvelle de sa mission... On a allégué que Jésus, à un certain moment, avait compris qu'il ne lui serait pas donné d'établir le règne de Dieu de son vivant et qu'il lui faudrait passer par la mort. Ce changement est absolument étranger à la pensée de Mai c. Jésus prévoit sa mort et le deuil de ses disciples tout à fait à l'entrée de sa carrière (ii, 19 s.) ».