Marc, VIII, 1-9; Matth., xv
santé, il ne joue point avec elle comme le thaumaturge inconscient des évangiles apocryphes ; il ne la prodigue pas comme le magicien qui extrait tout ce qu'il peut d'un pouvoir précaire; il en use comme un riche use de ses richesses avec une souveraine maîtrise et liberté. C'est un bien propre dont il peut passer à d'autres l'usufruit, mais ni Pierre ni Jean quand ils guériront le boiteux accroupi à la Belle Porte du temple, n'oublieront qu'ils ne sont que les dépositaires de leur pouvoir surnaturel et que Jésus en est le maître^. D'autres particularités originales complètent le portrait de Jésus thaumaturge : dans ce monde juif, si friand de prodiges, de signes dans le ciel, plus curieux de murailles croulant avec fracas ou d'étoiles filantes que de démoniaques délivrés ou d'infirmes guéris, Jésus est presque seul à garder la vraie notion du miracle messianique, tel que le représentaient les prophéties anciennes : « Allez dire à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres sont évangélisés ^. » C'est que le Christ n'opère pas de miracle pour le seul plaisir de l'activité qui se déploie : il en fait des « signes », signes de sa mission de libérateur des âmes et de prédicateur du royaume, signes de sa bonté qui gagne les cœurs bien disposés et les convertit : « il passa en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable, parce que Dieu était avec lui. ^ » C'est là un caractère commun à tous les