Luc, VI
4. Dans un remarquable article du Hibbert Journal^ avril 1907, R. J. Ryle constatait sur ce point l'accord de la critique : ■ The conclueion is reached Ihat it is impossible to disenlangle the narrative ofthelife of Christ from ail the niighty works which are attributed îo Him • (p. 572).
pains, sont aussi fortement attestés que la guérison du paralytique, plus fortement même dans l'hypothèse des critiques libéraux ou rationalistes qui attribuent les deux récits de multiplication des pains à deux traditions parallèles d'un seul et même fait. La suggestion serait une solution à tout le moins probable, s'il ne s'agissait que de quelques cas obscurs et isolés, quelques guérisons de « lunatiques »; elle ne saurait expliquer une activité miraculeuse que les textes s'accordent à nous montrer constante et habituelle, s'exerçant non sur des sujets systématiquement préparés comme ceux de nos laboratoires, mais sur les malades les plus variés, dans les circonstances les moins stéréotypées. La belle-mère de Simon Pierre, le paralytique ou le lépreux de Capharnatim, l'homme à la main sèche, la fillette de Jaïre, la femme au flux de sang, l'aveugle de Bethsaïda,l8 fille de la Cananéenne, Bartimée, le mendiant aveugle de Jéricho, tous ces infirmes qu'on apportait, au passage de Jésus, dans les cours des fermes ou sur les places des bourgades et des cités, étaient-ils donc invariablement des névrosés ou des hystériques ? La Galilée eût constitué vraiment une clinique bien curieuse. De plus, pour ne pas s'exposer à de lamentables échecs qui auraient ruiné sa mission, Jésus aurait dû discerner à l'avance les malades susceptibles de subir l'influence de son accent autoritaire, et n'exercer son pouvoir qu'à coup sûr : sinon, comment expliquer son assurance intrépide et l'enthousiasme persévérant des foules? Mais supposer cette intuition infaillible, n'est-ce pas substituer un prodige à un autre? Comme le dit Ryle, « une faculté miraculeuse de diagnostic n'est pas
plus facile à admettre qu'une cure miraculeuse ^ ». C'est donc en vain qu'on cherche à dissocier le bloc des miracles; qui ne veut point rejeter la valeur substantielle des évangiles, doit reconnaître en Jésus de Nazareth « un homme à qui Dieu a rendu témoignage par des prodiges, des miracles et des signes ^ ».
Il s'impose aux événements passés et futurs. L'avenir, qui « est à Dieu », est aussi à Jésus. Trois fois il annonce à ses disciples que le Fils de l'homme pâtira durement, qu'il sera réprouvé par les anciens, les princes des prêtres et les scribes, qu'il sera mis à mort et qu'il ressuscitera le troisième jour^. 11 prévoit les persécutions qui attendent ses disciples, les verges des synagogues, les interrogatoires devant les gouverneurs et les rois''. 11 prédit le reniement de Pierre^, la ruine du temple et la réprobation des Juifs ^, la propagation de son Évangile dans le monde entier ^ et la gloire réservée à la femme qui, à Béthanie, oignit sa tête avant la Passion ^. De môme qu'il domine l'avenir, Jésus explique le passé. Dès qu'il paraît, il donne à l'histoire juive sa signification, en harmonisant et synthétisant en sa personne les traits épars du Messie promis. Tout le Vieux Testament avait retenti d'une aspiration ardente, unique dans les annales de l'an-