Shakespeare, Hamlet, I, V
Cette religion, ils la mêlent à tout : aux phases principales de la vie familiale, aux incidents et accidents journaliers, aux intérêts de l'individu, du village, de la tribu, aux fêtes, aux voyages, aux chasses, aux travaux agricoles, aux guerres, aux calamités privées et publiques. Mais aussi ils la confondent avec tout, avec les lois, la médecine, la science, la légende, la poésie, la superstition, la magie, au point qu'il nous est souvent difficile à nous-mêmes de dire, en un cas donné, ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas. Et c'est pourquoi nous relevons tant de confusions, même chez des spécialistes, des missionnaires, des savants, dans les dissertations sur les religions des Noirs et, en général, des Primitifs.
Cette considération explique aussi qu'on n'ait pas de mot, au pays bantou, pour désigner la « religion » dans son ensemble. Chaque cérémonie a son nom; mais la religion elle-même, ou l'ensemble des croyances et des pratiques qui la constitue, n'a pas d'autre appellation que celle de coutumes, — coutumes que l'on tient des ancêtres, qu'on a toujours suivies, et dont l'abandon serait la ruine de la famille, du village, de la tribu.
Pour ces Primitifs, la Nature, dans les multiples manifestations sous lesquelles elle se présente, est hiérarchisée en catégories distinctes, dont chacune a sa place, ses qualités différentielles, sa « manière ».
Dans les choses inanimées, ces « manières » se distinguent par des vertus cachées, des propriétés,
des secrets, que l'on peut utiliser ou neutraliser. Le tout est de savoir : celui qui sait est le mganga, un mot qui peut signifier à la fois le devin, le charmeur, le voyant, le médecin, le sorcier.
Félix qui potuit rerum cognoscere causas !
Et c'est là, à notre avis, une première idée inspiratrice de quantité de remèdes, de préservatifs, de recettes, d'amulettes, de talismans et de pratiques diverses, qui confinent à la superstition ou à la religion, mais qu'il serait encore plus juste, peut-être, de considérer comme des essais de science rudimentaire, essais puérils, sans doute, et pourtant efficaces — quelquefois.
Mais ce n'est pas tout.
Si les choses inanimées ont des « vertus » cachées, ces vertus meurent avec elles. 11 n'en est pas de même des êtres animés, de certains animaux, par exemple, et surtout des hommes, qui se sont signalés par leur intelligence, leur courage, leur autorité, leur savoir. Si leurs corps se décomposent, à eux aussi, leurs « vertus » secrètes, leurs forces, ou, pour employer un mot plus intelligible, leurs âmes, désincarnées, leur survivent en ce monde invisible qui coexiste au nôtre, d'où elles se mêlent à notre existence et se manifestent en mille manières.
La piété, l'intérêt et la peur nous conseillent également de suivre ces mânes — c'est le vrai nom qui leur convient — dans l'au-delà mystérieux où ils sont passés, en leur donnant les marques de respect aux-
quelles ils ont droit et que souvent ils réclament. Aussi, les cérémonies diverses qui entourent l'agonie, la mort, les funérailles et le deuil, sont-elles générales. Mais si variées qu'elles soient, le but est toujours le même : assurer le repos à l'àrae qui s'en va; s'acquitter envers elle de ses devoirs en accomplissant les rites traditionnels, en lui préparant une demeure qui lui soit agréable, et, s'il y a lieu, en la vengeant; l'empêcher de revenir troubler le repos de la famille, soit en lui donnant satisfaction par des offrandes, des libations, des sacrifices, soit en la chassant par des conjurations, des cris, voire des injures ; enfm, se purifier des souillures et se débarrasser des influences qu'on aurait pu contracter à cette occasion.
Et de tout ce cérémonial ressort la preuve évidente, et d'ailleurs indiscutée, de la croyance qu'ont ces Primitifs en la survivance de l'homme à luimême '.
Ces mânes nous peuvent être fort utiles ; ils peuvent aussi nous causer quantité de désagréments. Aussi, l'un des premiers soins doit-il être de les fixer, par des cérémonies appropriées, dans un habitat qui remplacera le corps d'où la mort les a chassés.
En Afrique occidentale, cet abri est généralement le crâne même du défunt, crâne que l'on conserve soigneusement peint en rouge — la couleur rouge est celle du sang et de la vie, comme la blanche
i. L'âme ainsi désincarnée est connue, dans les langues de l'Afrique orientale surtout, sous le nom de mu-zi-mu, m-zimu, n-rimu, umud-zimu, mo-dimo, mo-limo, etc., que l'on peut traduire par mânes, et qui vient de la racine -ma, être vivant.
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celle de la poussière et de la mort, — soit dans la case familiale, soit dans une sorte de niche ménagée au fond de la maison commune du village, soit encore, en certaines tribus, dans de véritables petites chapelles funéraires en terre, en écorce ou en bois.
Ailleurs, on fixe l'ombre dans des statuettes qui n'ont pas la prétention d'être le portrait du défunt, mais où, du moins, son sexe s'accuse toujours, et où l'on renferme quelques débris de son corps, rognures d'ongles, bouts de cheveux, etc., comme on attire les abeilles dans une ruche neuve en y mettant un peu de leur miel.
Ailleurs, à mesure qu'on s'avance vers l'Est, on trouve des constructions minuscules à l'entrée des villages ou au carrefour des chemins : c'est la case du mzimuj sous laquelle, de temps en temps, on vient offrir des épis de maïs, du vin de palme, et d'autres présents.
Ailleurs, ces mânes sont supposés rester dans les tombes, dans les cimetières, certains bosquets, certaines cavernes, etc..
Mais, malgré tout, l'âme s'habitue mal à cette existence. Elle regrette son vieux corps et, sans doute, les bons moments qu'il lui fit passer : aussi aspire-t-elle à rentrer, — et rentre-t-elle effectivement, soit dans des objets qu'elle affectionna, soit dans des animaux vivants, soit dans des créatures humaines — des enfants — où elle revit sa vie antérieure par une sorte de métempsycose mal définie.
Comme les Latins avaient les mânes, qu'ils hono-
raient et dont ils attendaient du bien, ils avaient aussi les larves et les lémures^ spectres, fantômes et revenants, qu'ils redoutaient, ne les croyant susceptibles que de mal faire. Il en est de même chez nos Noirs. Dans leur esprit, ces « ombres » sont apparemment les âmes qui ont mal tourné, âmes de sorciers à maléfices, de condamnés, de criminels, d'ennemis anciens. Par de savantes pratiques, les artisans de magie noire peuvent les enchaîner à leur service, leur faire prendre diverses formes et exercer ainsi, au loin et secrètement, leurs desseins pervers. On ne parle de ces choses qu'avec réserve et mystère...
Une question. Cette survivance des âmes est-elle indéfinie, et comporte-t-elle récompense ou châtiment? — Autant la survie est pour nos Primitifs chose indiscutable, autant la durée qu'elle peut avoir est une question obscure, autant paraît faible l'idée de l'immortalité et de la rémunération. On voit bien, sans doute, que les mânes des chefs, des guerriers, des puissants, des « voyants », ont dans l'au-delà une action qui se perpétue ; on comprend aussi, parfois, que les criminels ne sont pas traités comme les gens de bien; on distingue même, ici et là, des traces de punition véritable, et les Fangs du Gabon nous parlent même d'un Otololan ou enfer de fou. Mais, au fond, on ne s'occupe pas de cela : l'esprit de nos sauvages, étranger aux spéculations inutiles, ne suit les âmes dans le monde invisible qu'autant que leur action, bonne ou mauvaise, les intéresse
dans la vie présente; et ces mêmes enfants de la grande forêt tropicale font écho à tous leurs frères Bantous quand ils s'en vont répétant, avec une sorte d'angoisse railleuse et impuissante :
« La mort est comme la lune. Qui en a vu l'envers? »
Cependant, parmi ces âmes excorporées, qui gardent leurs passions et leurs énergies sublimées, il en est qui vont se dégageant peu à peu de ce qui les rattache à l'humanité, qui se volatilisent et prennent rang parmi les « esprits ».
Car tous les êtres de l'invisible ne sont pas des mânes ou des ombres. Il est une catégorie différente, et supérieure, il semble, par la puissance qu'on lui attribue. Le nom seul que les Noirs donnent à ces êtres mystérieux suffirait à attester cette croyance : si les mânes, en effet, sont des mi-zimu^ ces « esprits » sont des pepo^ mot qui, avec un autre préfixe, signifie le « souffle du vent » .
Parmi ces esprits, les uns passent pour tutélaires : tel VOmbwiri du Gabon; les autres, en grand nombre, ont plutôt un caractère capricieux, malin, espiègle, souvent malfaisant. Ce sont eux, surtout, qui prennent possession des hommes et qu'on chasse par des exorcismes appropriés, dont le, caractère principal est l'offrande d'une victime désignée par l'esprit possesseur et dans des conditions déterminées : car chacun de ces esprits a son nom, ses exigences, son sorcier, son rituel, ses cérémonies propres, ses sacrifices.
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Captés par les sorciers, suivant des rites compliqués et coûteux, ces esprits peuvent donner des vertus particulières à des images, des figures, des statuettes, qui portent leur nom. Il y en a pour tous les usages, bons et mauvais; et c'est ce culte renversé, se rattachant surtout à la magie, qui, au Congo et dans une grande partie de l'Afrique occidentale, constitue, à proprement parler, le Fétichisme. Or, comme c'est là ce qui se voit le mieux, c'est en cela seulement que, trop souvent, les voyageurs inexpérimentés ont fait consister la « religion » des Noirs.
Une autre erreur, à notre avis, est de donner le nom de « dieux » à ces mânes et à ces esprits, par assimilation aux dii des Latins, à seule fin de les ranger dans l'un de ces casiers religieux qu'on a eu soin de construire à l'avance à leur intention, et qu'on appelle le Polythéisme. En réalité, ni l'un ni l'autre de ces noms ne répond à la pensée de nos Bantous. Ils distinguent très bien ces trois catégories d'êtres : Mu-lungu (mot dont le pluriel n'existe pas), qui est seul, qui est inaccessible, qui est le Père, qui est le Maître; PepOy les « esprits », qui sont innombrables, qui n'ont pas de relation avec Mu-lungu^ mais qui en ont avec les hommes et que les hommes peuvent capter, surtout pour mal faire; Mi-zimu, les mânes, âmes désincarnées, qui se rattachent par leurs origines à notre humanité.
Mais ce Mu-lungu, ou Dieu, n'est pas plus le chef des esprits que des mânes : il est en dehors d'eux et comme sur un autre plan. Les mânes n'ont pas de chef, et les esprits non plus. Chacun agit pour son compte : toute hiérarchisation religieuse, dans le
genre des théogonies latines et grecques, est étran gère à la conception des Noirs.
Les Bantous auraient-ils donc la connaissance de Dieu?
Assurément. Et rien ne prouve mieux cette assertion, que, dans toutes leurs langues, Dieu a un nom, et un nom qui se trouve toujours exprimer ou représenter son objet, autant qu'il est possible à l'homme d'exprimer ou de représenter l'Etre « ineffable » .Ainsi, on l'appellera d'un qualificatif composé du mot amha^ dire, faire, arranger, ou autre équivalent, et ce sera « Celui qui fait, l'Organisateur, le Créateur » ; ailleurs, on prendra pour racine le mot eza, pouvoir, et ce sera « le Paissant, le Maître, le Grand »; ailleurs, on aura recours au mot ima, vivre, et ce sera « le Vivant » ; ailleurs, on se servira de noms se rattachant à l'habitat supposé, à la ressemblance, etc., et ce sera a Celui d'en haut, Celui de la lumière, Celui du ciel, Celui du soleil », etc.
Est-ce à dire que ces sauvages sont des monothéistes au sens des Juifs, des Musulmans et des Chrétiens? — Le prétendre serait singulièrement dépasser notre pensée et la leur. Si la notion d'un Etre supérieur à tout, — qu'on ne peut vraiment identifier ni avec le ciel, le soleil, la pluie, etc., ni avec les mânes d'un ancêtre, ni avec un esprit quelconque, — auquel un nom spécial et caractéristique est donné, et qui ne nous paraît pouvoir être mieux traduit que par le mot « Dieu », si cette notion n'est nulle part absente au pays noir, elJe est loin cependant d'être
également précise et vivante dans tous les esprits. Et puis, quel est ce grand Être? Où est-il ? Que veutil de nous? Autant de questions qu'on ne se pose même pas. C'est en quelque sorte une notion diffuse qui, sur certains points et à certains moments, se caractérise avec une netteté qui étonne, et qui, ailleurs, dans le cours ordinaire de la vie, reste flottante et comme abandonnée à elle-même.
Enfin, si Ton compare l'extraordinaire précision des données linguistiques des Bantous avec leurs idées actuelles, on al'impression que cette notion de la Divinité a subi chez eux une régression évidente, et qu'elle était beaucoup plus nette à l'époque de la formation de la langue.
Autres constatations, dont il est inutile de souligner l'importance et qui caractériseront mieux encore ridée que nos Noirs se font ou se sont faite autrefois de la Divinité :
l" Nulle part, dans le monde bantou. Dieu n'est censé pouvoir être influencé, appelé ou localisé de force par des cérémonies magiques : ce procédé est exclusivement appliqué aux mânes, aux esprits ou aux génies. En d'autres termes, la magie n'a pas prise sur Dieu.
2° Nulle part, non plus, Dieu n'est représenté sous une forme matérielle quelconque, ni supposé demeurer soit dans une caverne, soit dans un temple. Dieu n'a pas de fétiche. L'idée même de présenter un objet matériel comme Dieu paraîtrait extravagante, ridicule : de sorte que l'idolâtrie véritable, en tant qu'adoration d'une image comme figurant Dieu, ou renfermant Dieu, ou étant Dieu, est inexistante au pays noir. Ce qu'on y trouve, c'est le culte rendu à
des images ou fétiches, où sont censés résider, ou exercer leur influence, des esprits ou génies qui y ont été appelés, et que, dans nos langues et par le fait de notre éducation latine, nous appelons improprement des « dieux » : confusion que nos Noirs ne font jamais.
3° Nulle part, enfin, Dieu n'est, à proprement parler, blasphémé, pas plus, au reste, qu'il n'est réellement adoré, au sens que nous donnons à ce mot. Que peut l'homme en face de lui, sinon se taire et attendre?
Telles sont, en résumé, les ' croyances religieuses de nos Primitifs de l'Afrique bantoue, base sur laquelle reposent les éléments de leur morale et de leur culte.
Ces croyances se rapportent à la nature visible et à la nature invisible :
A la nature visible, en laquelle résident les forces immanentes ou les vertus des choses, et que domine de sa présence cachée le Maître mystérieux et souverain ;
A la nature invisible, qui, pour l'homme dont le regard de « voyant » peut pénétrer les choses de l'au-delà, s'étage en trois plans divers : celui des Mânes des ancêtres, avec lequel nous devons rester perpétuellement en contact; celui des Esprits, génies ou démons, qui se mêlent, eux aussi, à notre vie, qui sont capables de bien et de mal — plutôt de mal que de bien, — et sur lesquels, heureusement, nous avons encore prise; enfin, celui de Dieu, qui, du
fond de la scène universelle, domine tout, mais do très loin, sans que nous puissions rien pour lui ni contre lui...
Cette pensée religieuse, dont on retrouve partout l'expression plus ou moins nette, aurait-elle donc, dans l'âme humaine, uns base universelle, un substratum initial, sur lequel s'appuierait ce qui constitue fondamentalement la Religion ?
Nous le croyons, et d'autant plus que nous avons trouvé ce sentiment exprimé par nos Primitifs avec une netteté et une sincérité qui, la première fois, nous frappèrent vivement.
Introduit dans ce monde sans trop savoircomment, ni par qui, ni pourquoi, Thomme primitif a le sentiment vague d'y être comme un étranger. A qui ces forêts, à qui ces plaines, à qui ces troupeaux de bêtes? Mis en face de tous ces biens et se sentant obligé d'en user pour vivre, il craint d'y porter la main, comme on craint toujours de la porter sur le bien d'autrui, soit que la conscience, dans son sentiment originel de justice, l'avertisse de ne pas toucher à ce qui ne lui appartient pas, soit que la crainte d'être découvert parle propriétaire le rende circonspect. Et, de fait, n'est-il pas arrivé souvent, etn'arrivet-il pas constamment que le Maître invisible, caché derrière ce monde apparent, révèle sa présence, soit par des phénomènes célestes, parla pluie bienfaisante, par les orages, par le tonnerre, soit par des cataclysmes qui sont des coups de sa colère, soit par des épidémies, des accidents ou des morts
qui frappent ceux qui veulent dérober à la nature ses secrets ou ses biens?
C'est à cette conception, très simple en même temps que très haute, qu'est dû le scrupule du Primitif à vendre la terre. Exiger un droit de l'étranger pour passer dans des chemins que nous avons faits, pour s'établir dans le pays que nous habitons, pour cultiver le sol qui nous nourrit nous-mêmes, assurément I Mais « vendre la terre » ? On ne vend pas plus la terre qu'on ne vend l'air, la lumière et le soleil! Tout cela appartient à im Autre...
L'homme prendra donc en ce monde ce dont il a besoin. Mais, en réservant les prémices et en offrant de temps à autre une part symbolique de ce qu'il consomme, il s'acquittera de ses devoirs, etse gardera contre les rappels possibles aux convenances, en reconnaissant le souverain domaine du Monde surnaturel, soit que cet invisible lui apparaisse comme un Être supérieur qui domine tout, soit qu'il croie avoir affaire, en une circonstance donnée, à des Esprits qui gardent tel point de la terre ou des eaux, soit enfin qu'il pense être encore en relation avec des Mânes sortis de sa parenté.
Et pour qu'il soit bien entendu que ce prélèvement ne lui appartient plus, l'homme lui donne, par des cérémonies spéciales, un caractère sacré qui interdit à ses semblables et à lui-même d'y porter désormais la main. S'il s'arrête là, c'est ce qu'on appelle une offrande.
Mais souvent, pour caractériser plus nettement son intention, il se sépare de l'offrande, en la détruisant pour l'usage des mortels, et en la transportant d;i même coup, pour ainsi dire, dans le monde invisible
LES POPULATIONS DE CULTURE INI'EIUEUHE. 67
auquel elle est destinée. C'est, alors, le sacrifice.
Cette offrande, consacrée et sacrifiée, est ainsi pénétrée désormais d'une vertu surnaturelle. Si on se l'incorpore, si on se l'assimile, elle fournira le moyen d'entrer plus intimement en rapport avec l'Esprit qui Ta touchée de son influence ou qui l'habite, de s'associer à lui, de contracter ou de renouveler avec lui pacte ou alliance. Et voilà la communion.
Sans doute, toute cette théorie ne se déroule pas, ainsi raisonnée, dans l'esprit du Primitif. Mais les cérémonies cultuelles et les idées sur lesquelles elles reposent n'en existent pas moins. Offrandes, sacrifices, libations, partage de la victime et manducation, prières enfin, isolées ou accompagnant ces rites extérieurs, tout cela se retrouve au pays noir. Et tout cela, c'est l'expression d'un culte religieux, dont les déviations sont fréquentes, multiples et lamentables, mais dont la raison initiale semble avoir été la conception que nous avons esquissée, et qui, du reste, se présente d'elle-même à l'esprit de l'homme, « le seul animal, a dit W. James, qui soit métaphysicien^ ».
Base de la croyance et base du culte, cette conception est pareillement base de la morale religieuse, où elle s'unit avec le sentiment inné de la Justice et ce qu'on appelle la Loi naturelle, si atténuée qu'on la suppose.
En prenant pour son usage ce que la nature luiaban-