Joël, II
LA RELIGION CHRETIENNE. 71t
cœurs ^ Cette effusion de l'Esprit, promise aux temps messianiques, serait telle qu'elle emporterait les barrières du particularisme national, et que tous les peuples afflueraient dans la Jérusalem agrandie 2. Pourtant la souffrance jetait sa note sombre dans ces prophéties d'un monde renouvelé. Le libérateur annoncé, salut d'Israël et lumière des nations, était aussi le Serviteur de lahvé, qui donne sa vie pour les péchés d'un grand nombre et par sa mort mérite de justifier des multitudes ^. C'est par les marches de la douleur que devait se faire l'ascension vers la sainteté et la justice promises. Au temps où le Christ parut, l'imagination juive avait détourné les regards de cette montée douloureuse pour ne contempler que le terme glorieux. Ici encore, l'originalité de Jésus fut de réunir les contrastes, et de montrer en sa personne et en son œuvre l'entière réalisation de la prophétie. Les âmes de ses auditeurs galiléens étaient hantées de rêves terrestres et merveilleux : avec une progression admirable, et une compréhension plus admirable encore de l'Ancien Testament, spécialement des prophéties sur le Serviteur de lahvé, Jésus se révèle discrètement dans l'humilité et la douceur. Dès le début de son ministère, l'appellation de « Fils de l'homme », sans exclure certaines puissances mystérieuses comme celle de remettre les péchés, insinue cet aspect de sa nature, soumise, patiente, tendrement compatissante aux pauvres hommes, parce qu'elle est elle-même idéalement humaine. Il est le
i. Jérémie, xxxi, 33.