Isaïe, un
serviteur obéissant qui porte les péchés du monde, le bon pasteur qui donne sa vie pour son troupeau, le prêtre qui s'offre lui-même en victime et scelle de son sang une nouvelle alliance. Et pourtant ce même Jésus s'affirme comme le Messie fondateur du règne de Dieu, et parce qu'il a conscience d'intégrer dans une révélation plus parfaite tout le Vieux Testament * , il sait dégager la prophétie de ce qu'elle pouvait avoir d'actualité contingente pour les contemporains du prophète, en extraire l'élément foncier, continu à tout le développement prophétique, la quintessence spirituelle; accentuant cette spiritualité, élargissant encore l'universalisme des prophètes, il inaugure un royaume saint où la justice doit briller comme la lumière sur le chandelier et la ville sur la montagne, un royaume compréhensif où tous les peuples d'Orient et d'Occident pourront s'abriter comme les oiseaux du ciel sous un grand arbre. Humilité et gloire, faiblesse et puissance, Jésus concilie tout, et comme il est entré à Jérusalem, monté sur un ânon, escorté de petites gens portant des palmes et d'enfants chantant des cantiques, il viendra un jour, en grand arroi, sur les nuées du ciel, juger les vivants et les morts.
Il y a plus : Jésus s'impose aux consciences. Il est chez lui dans l'intérieur des autres. Ce dernier trait est, en définitive, ce qui donne à la morale du Christ son caractère irréductiblement original. Quand il prêche la vie sainte, il ne se borne pas à déclarer une doctrine qu'il sait de science ou qu'il a apprise par révélation : il traite, peut-on dire,