Matth. XVI
le P. Lagrange, on trouve alors « partout des problèmes posés, nulle part des solutions fermes, acceptées de tous »; et le problème le plus grave, celui de l'union de Dieu et des hommes par le Messie, est aussi « le problème le plus obscur, et dont la solution semble alors désespérée ^ . » Une révélation, qui eût laissé les apôtres dans cette incertitude, eût été bien précaire. Aussi saint Matthieu qui nous rapporte l'épisode de Césarée de Philippe avec le plus de détails circonstanciés, donne-t-il la confession de Pierre en termes plus explicites : « Tu es le Messie, le fils du Dieu çivant ^. » C'est là qu'il faut chercher le sens plénier de la déclaration du chef des
1. J. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, t. I, p. 230-
2. Matth., XVI, 46. — Sur les formes différentes données par les Synoptiques à la confession de Pierre, M. Lepin remarque que « ce n'est pas le terme « Fils de Dieu », qui doit être abaissé au niveau du mot « Christ », entendu dans le sens de Christ tout humain; c'est le sens du mot « Christ » lui-même qui doit être élevé au niveau supérieur du terme • Fils de Dieu », exprimant une réalité mystérieuse et transcendante » {Jésus, Messie et Fils de Dieu 2, p. 284). —Pour comprendre la formule plus brève de Marc, on peut observer qu'il écrivait hors de Judée pour des fidèles qui avaient inoins besoin que les chrétiens de Palestine d'être mis en garde contre une fausse interprétation de la messianilé; qui connaissaient les épîlres de saint Paul, et pour qui le nom de Christ désignait, de façon concrète, une personne divine. Si pourtant des exégétes catholiques comme le R. P. Lagrange, Évangile selon saint Marc, p. 204, 218, et Fr. ïiLLMANN, Der Menschensohn, Fribourg en B., 4907, p. 446, semblent interpréter le texte de Marc au sens d'une simple profession de foi au messianisme, ils sont les premiers â reconnaître, que six jours après l'épisode de Césarée, lors de la Transfiguration, Pierre connut et confessa la filiation divine de Jésus; dans celte interprétation, saint Matthieu aurait anticipé de quelques jourâ cette seconde confession de Pierre poiir l'unir à la profession de foi à la messianité. Sans recourir à cette anticipation, nous croyons préférable le sentiment des exôgètes qui interprètent la formule de saint Marc comme contenant au moins implicitement celle de saint Matthieu, et voient dans la Transtiguraiion une confirmation de la profession de Pierre à la filiation divine de Jésus, D'ailleurs celte déclaration de Matth., xvt, 47, n'est pas isolée dans l'Évangile : cf. Matth., xiv, 33; Jean, vi, 68; xi, 27; xvi, 31.
apôtres : l'opposition entre la dignité attribuée à Jésus et celle des prophètes les plus grands de l'Ancien Testament, le parallélisme des deux expressions « fils du Dieu vivant et fils de Jean », le rapprochement de la bénédiction donnée à Simon avec la célèbre parole de Jésus sur la nécessité d'une révélation pour connaître la nature intime de ses rapports avec son Père ^ , ne laissent pas de doute que la confession de Pierre n'est pas à confondre avec les acclamations populaires qui tant de fois avaient salué le Christ docteur et thaumaturge, mais qu'elle les dépasse pour atteindre le mystère même de Jésus, sa filiation divine.
Si haute qu'elle fût, cette révélation ne devait pas du même coup détacher les apôtres de leurs espérances nationales et terrestres. C'est pourquoi nous voyons Jésus, après qu'il leur a fait connaître sa dignité transcendante, leur dévoiler aussi le caractère de sa mission.
II coramença à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup et fût réprouvé par les anciens, les princes des prêtres et les scribes, et fût tué, et ressuscitât après trois jours. Il disait cela ouvertement. Pierre donc se mit à l'entreprendre et à lui en faire des reproches. Mais se retournant et voyant ses disciples, il reprit Pierre et lui dit : « Va-t'en loin de moi, Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant alors la foule avec ses disciples, il leur dit ; « Si quelqu'un veut marcher après moi, qu'il se renonce soi-même, et prenne sa croix et me suive. Car qui voudra sauver son âme la perdra, et qui perdra son âme pour moi et pour l'Évangile, la sauvera. Que sert à l'homme de gagner l'univers, et de