J. Lebreton, op. ci't., p
la foi juive, les Apôtres se devaient de maintenir le monothéisme intransigeant, que Jésus lui-même avait confessé. Avec la même ferveur que les Israélites les plus stricts, les premiers chrétiens répéteront que nul n'est Dieu que le seul vrai ^ ; avec la même horreur que les pharisiens les plus rigides ou les zélotes les plus fanatiques, ils repousseront les apothéoses païennes^. Mais c'est ici que les deux religions se différencient : dans le culte juif, il n'y a place que pour le seul lahvé ; vers lui seul montent les psaumes, les cantiques et les doxologies. Sans détendre son monothéisme rigoureux, la piété chrétienne associe au culte de Dieu le Père celui du Seigneur Jésus. Des hymnes liturgiques chantent les manifestations de sa bienfaisance, de sa sainteté et de sa puissance^; des cantiques célèbrent tout uniment « Celui qui est assis sur le trône et l'Agneau^ ». Des doxologies montent d'un seul et même essor au Christ et à Dieu®. On n'oublie pourtant pas la relation de dépendance qui unit le Fils au Père : c'est dans le Fils et par le Fils que le Père est loué et glorifié ^. Sans se confondre, ils ne forment point, à proprement parler, comme deux pôles distincts pour la vie chrétienne : c'est un même centre d'amour qui du Père par le Fils rayonne sur l'Église entière. D'ailleurs ces richesses doctrinales sont possédées et témoignées par la chrétienté naissante, plutôt que systématiquement inventoriées; toute chaude encore du sang du Christ,