‹ ChristusChapitre 190 sur 284 · Jean, xir · texte numérisé non relu

Jean, xir

6. Jea7i, VIII, 44. Cela n'empêche pas qu'on ait tort de parler de a déterminisme joannique », car la façon dont Jésus exhorte les Juifs à croire en lui montre bien que pour l'Évangéliste l'homme reste libre de renoncer à la nature diabolique, pour renaître de Dieu. La doctrine de saint Jean est fort différente de celle des gnostiques.

velle nature qui nous déifie, laquelle trouve son expression scolastique dans la « grâce informante » du concile de Vienne et la « grâce inhérente » du concile de Trente.

Quant à l'idée que saint Jean se fait de la parousie, elle est en connexion étroite avec le « jugement », le a discernement », dont nous avons parlé. Le grand coup final ne fera, semble-t-il, que manifester le changement spirituel qui s'opère au fond des âmes, dont les unes, à la voix du Christ, acceptent de renaître, tandis que d'autres persistent dans leur aveuglement et leur diabolique obstination : Venit hora et nunc est ^ ! La parousie s'engendre, pourrait-on dire, incessamment, par l'endurcissement des uns et la conversion des autres. Ainsi, dit, justement cette fois, M. Loisy^, « la parousie est comme latente dans le rapport actuel du Christ avec les siens, elle peut éclater d'un moment à l'autre; et bien que cette assertion ait l'air d'un paradoxe, on pourrait soutenir que la perspective en est, d'une certaine manière, plus rapprochée que dans les Synoptiques ou dans saint Paul » . — Être chrétien, c'est croire au Christ, à la vérité incarnée, au Verbe fait homme, au Logos. Être bon, c'est aussi cela même. Ce ne serait pas forcer la pensée de l'Evangéliste, que de dire : le tout de la religion, c'est de participer au Verbe, de l'avoir présent en soi. Cette présence qui transforme l'âme garantit qu'au moment de la présence (= na^ouaicn) publique et manifeste, on sera glorifié comme fils de Dieu, soit qu'on quitte la terre avant le grand jour, soit

l. Jeati, V, 25.

■2. Le quatrième Évangile, Paris, 1903, p. 818.

qu'on « reste jusqu'à ce qu'il vienne ^ ». La parousie ainsi, pour une part, intériorisée, unifie les deux aspects du christianisme, V « eschatologique » et le « moral » dans le même sens que la doctrine catholique sur l'identité essentielle de la « grâce » et de la « gloire ».

Pour mesurer l'étape que fit franchir à la pensée chrétienne le quatrième Evangile, on peut le comparer à deux écrits où l'idée de la parousie est encore beaucoup plus primitive. Le premier est VApocalypse de saint Jean. L'autre est la Doctrine des douze apôtres^ écrit palestinien, semble-t-il, et de la fin du premier siècle. Dans la Doctrine, l'attente du retour et la pratique de la voie se juxtaposent. Dans l'Apocalypse, la religion du Christ est un parti, le parti des justes opprimés et souffrants, mais que ne tardera pas à consoler le Jour de Dieu et la victoire du Verbe, guerrier invincible.

Nous n'avons fait qu'effleurer la théologie joannique : le peu que nous avons dit peut aider pourtant à faire voir quelle étape décisive elle représente dans le développement de la religion chrétienne. L'âme chrétienne y prend conscience que sa vie religieuse exige la pénétration de Fintelligence parla foi. Les deux traits du catholicisme qui paraissent à beaucoup le plus repoussants, et qui sont si jalousement chéris de ceux qui sont catholiques jusqu'au bout,

— à savoir le sacramentalisme et le dogmatisme,

— sont présents ici, et visiblement saint Jean s'y complaît.

Pierre Rousselot et Joseph Huby,

i, Jean, xxi, 22.

Bibliographie

Une bibliographie même sommaire des ouvrages se rapportant au Nouveau Testament serait indéfinie. — On trouvera des renseignements abondants et bien distribués dans Lepin, article Évangiles du Dictionnaire apologétique publié par A. d'Alès, Paris, 1911; — A. Brassac, Manuel biblique, 13» édition, t. III, 1910; t. IV, 1911; — Jacquier, Histoire des livres da Nouveau Testament, 4 vol., Paris, 1903-1908.

Notons simplement que les travaux récents ne doivent pas faire oublier certains commentateurs anciens, surtout Mal- DONAT, le plus perspicace de tous : Commentarii in quattuor evangelistas, Mussiponti, 1596-1597.

Parmi les ouvrages modernes, nous nous contenterons de signaler quelques travaux qui nous ont paru plus suggestifs ou plus représentatifs.

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