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I Tim., Il

4. H. DE Genouillac, VÈglise chrétienne au temps de saint Ignace d'Antioche, Paris, 1907, p. 63-64.

caractère de soumission, disait Bossuet, reluit tellement dans toutes leurs apologies qu'elles inspirent encore aujourd'hui, à ceux qui les lisent, Tamour de l'ordre public. » C'était exprimer excellemment l'impression qui s'en dégage. Saint Irénée rend un témoignage pareil à celui des apologistes et fort curieux en sa candeur : « Le monde jouit de la paix grâce à eux, écrit-il en parlant des Romains, et nous, nous voyageons sans crainte sur les routes, et nous nous rendons par mer partout où nous voulons ^ » Origène reprend, touchant le rôle providentiel de l'unité romaine, des considérations semblables à celles des apologistes. La pratique répondait à ces beaux sentiments. Prisenmasse^, les chrétiens n'esquivaient ni les charges civiles, ni le service militaire. Ils se plaignaient de l'oppression, exprimaient des doléances, mais ne sortaient pas du loyalisme. 11 pouvait donc y avoir un terrain d'entente entre l'empire et l'Eglise.

Cependant, avant Constantin, aucun César n'eut le coup d'œil assez lucide ou la main assez ferme pour tenter un premier concordat. Marc-Aurèle, le « sage » couronné, le stoïcien sans illusion sur sa propre divinité, ne comprit rien à la nouvelle reli-

1. € Sed et mundus pacem habet per eos, et nos sine timoré in viis ambulamus et navigamus quocumque voluerimus. » Uaer., lY, XXX (P. G., t. vn, col. 1066).

2. Il y eut des exceptions, par exemple le soldat de Lambèse, dont parle Tertullien, dans le De corona, i. Il n'est pas étonnant qu'en temps de crise, des cas de conscience délicats soient résolus de façon différente. On voit par le texte même de Tertullien que, s'il approuve la solution rigoriste, d'autres se montraient plus conciliants. Le soldat de Lambése qui refusait de porter sur sa tête une couronne de laurier, fut très discuté par ses camarades chrétiens : « Solus scilicet fortis, inter tôt fratres coramilitones solus cbristianus! » {P.L., t. n, col. 77).

gion, ne vit dans les chrétiens que des fanatiques bravant la mort par entêtement et faste tragique *, et, trop faible pour être simplement humain, les persécuta ardemment. L'empire à demi libéral d'Alexandre Sévère fut trop éphémère pour implanter la tolérance dans les mœurs : à treize ans de tranquillité allaient sxiccéder la persécution de Maximin, puis celte de Dèce, dont la violence ne devait être égalée que par une suprême tentative d'extermination sous Dioclétien.

Jusqu'à l'accord définitif de l'Eglise avec l'Empire sous Constantin, son histoire aurait compté cent vingt ans de paix relative, cent vingt-neuf ans de persécution : six au premier siècle, quatre-vingt-six au second, vingt-quatre au troisième, treize au début du quatrième^.

•Ce qui étonne en présence de pareils chiffres, ce n'est pas que les chrétiens se soient montrés souvent défiants et timides, — gens lucifuga-, — c'est plutôt qu'ils aient gardé tant de cœur à vivre, tant d'ardeur conquérante et tant de goût à penser. Bien plus, les temps mêmes des persécutibn« semblent avoir été ceux où l'EgMse a vécu de la vie la plus intense, tandis que les périodes de relâchechement ont coïncidé avec les trêves du troisième siècle. L'attente ou le spectacle du martyre entretenaient une ferveur de générosité, une continuité d'héroïsme jusqu'alors sans exemple. Les esclaves, sans se rebeller contre leur condition sociale, prennent les sentiments des hommes libres dans le

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