Paul Allard, Dix leçons sur le martyre, p. 8C
LA RKLIGION CHRETIENNE, 763
Clirist : si les textes ne T affirmaient, qui croirait qu'elle était de race servile cette Blandine, si frêle et pourtant si courageuse qu'elle fatigue les relèves de se» bourreaux, et soutient jusqu'au bout non seulement sa propre constance, mais eelâe des autres martyrs : « Comme une mère bien née, qui a excité ses enfants et les a envoyés devant elle triomphants près du roi. parcourant a son tour les mêmes combats, elle se hâte vers eux, joyeuse et transportée d'allégresse : telle une mvitée à un repas nuptial, et non une victime jetée aux bêtes ^ » Des nobles, des clarissimî ^ pour garder leur titre de chrétiens, acceptent la confiscation et la dégradation civile, qui les abaisse au rang de simples plébéiens. Des enfants de douze ans, comme la bonne petite Secnnda de Thuburbo, — hona puelîa, dit son inscription, — ont la même fermeté de courage que le vieil évêque de Smyrne Polycarpe, voué au service du Christ pendant quatre-vingt-six ans.
Ces martyrs de tout âge et de toute condition ne sont souvent que de bons fidèles, de « pieux laïques », ayant bien appris l'es leçons du catéchuménat, mais ignorants des spéculations théologiques. Il n'en est que plus admirable de voir la fermeté et la précision de leur symbole, — monothéisme intransigeant ^œ repousse toute compromission avec les cultes païens, et pourtant adoration du Père, dii Fils et de l'Esprit- Saint, — leur tranquille assurance des biens futurs, de la vie incorruptible près du Christ, leur sentiment d'une jouissance anticipée de cette présence, si bien que la mort ne commence ni n'interrompt, mais con-
1. Edsèbe, Histoire ecclésiastique, V, i (P, G,, t. XX, col. 429).
tinuece que la lettre sur les martyrs de Lyon appelle la « conversation avec le Christ ^ ».
La ^ie chrétienne, la fraternité. — Le martyre était regardé par les premiers chrétiens comme le signe d'une « tendresse incomparable pour leur roi et maître ^ » . Pourtant ce sacrifice suprême n'était ni le seul, ni même toujours, ce semble, le plus vivement senti. C'était chaque jour, dans les plus menues occasions, que la profession du christianisme obligeait à perdre son âme pour la sauver, et ce risque perpétuel de l'existence devait paraître à certains plus pénible que la mort même. La vie antique était enserrée d'un réseau de rites nationaux autant que religieux. Spectacles, jeux, revues, opérations du cens, sacrifices solennels étaient des fêtes d'obligation. S'y dérober de parti pris, c'était se mettre hors la cité. Dans la vie domestique, la même lutte renaissait contre des usages traditionnels, des pratiques héréditaires, dont la célébration immémoriale semblait excuser la fréquente immoralité; dans les familles divisées, c'était l'hostilité souvent acharnée du mari païen contre la femme chrétienne, du père contre le fils, du maître contre l'esclave. « Un mari, qui n'a plus lieu d'être jaloux, répudie une femme chaste désormais; un père, qui supportait auparavant les désordres de son fils, le déshérite maintenant qu'il est soumis ; un maître autrefois clément chasse