II. — Quatrième et cinquième siècles
Quel que soit l'intérêt qui s'attache aux deuxième et troisième siècles, où tant de saintes passions bouillonnent, où s'enchevêtrent de si fécondes idées,
4. B. F. Westcott, article Origenes, clans le Dictionary of Christian Biography, Londres, 1887, t. IX, p. 138.
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il faut pourtant avouer que, pour qui veut avoir du christianisme une vue d'ensemble, la période de cent vingt-cinq ans qui s'étend du concile de Nicée au concile de Ghalcédoine (325-451) présente encore plus d'importance, et qu'on s'exposerait à des erreurs plus graves, si l'on n'en comprenait pas l'esprit. Alors s'explicitent, au milieu d'incroyables luttes doctrinales, alors se fixent en formules authentiques, ces grands dogmes trinitaires et christologiques qui ont défini jusqu'à nos jours la croyance du christianisme catholique, des Églises grecque et anglicane, et de ce qu'il y a de plus solidement religieux dans le christianisme protestant. Aux négations des Ariens et des Macédoniens, l'Église oppose l'affirmation que le Verbe est consubstantiel à Dieu le Père, et aussi l'Esprit-Saint : il y a donc un seul Dieu en trois perso/ines.
Voici la foi catholique : nous vénérons un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l'unité, nous ne confondons pas les personnes, nous ne divisons pas la substance. Autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint- Esprit, mais du Père, du Fils et du Saint-Esprit, unique est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté... Car, de même que la vérité chrétienne nous oblige de confesser que chacune des personnes est Dieu et Seigneur, ainsi la religion catholique nous défend de parler de trois dieux ou de trois seigneurs. Le Père n'a été fait par personne, ni créé, ni engendré. Le Fils est du Père seul, ni fait, ni créé, mais engendré. Le Saint-Esprit est du Fils et du Père, ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédante
4. Symbole Quicumque, dit symbole de saint Athanase, dans VEnchiridion de Denzinger-Bannwart, n" 39. Ce symbole n'est cerlainement pas de saint Athanase; son emploi liturgique l'a rendu très célèbre tant en Orient qu'en Occident. La date en est controversée (v* ou vi« siècle).
L'hérésie de Nestorius (suivie de la réaction inintelligente et outrée d'Eutychès) amène l'Eglise à définir que Jésus-Christ n'est pas un pur homme, adopté, inspiré et sanctifié par le Verbe de Dieu; c'est le Verbe de Dieu lui-même qui a pris une nature humaine, et, sans se transformer en elle, l'a attirée à sa personnalité ; il est donc une seule personne en deux natures.
Suivant les saints Pères, nous enseignons tous d'une seule voix qu'il faut confesser un seul et même Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, parfait en divinité et tout ensemble parfait en humanité, Dieu véritable et tout ensemble homme véritable formé d'âme raisonnable et de corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, né du Père avant les siècles selon la divinité et le même, dans les derniers jours, né pour nous et pour, notre salut de la Vierge Marie, mère de Dieu selon l'humanité, un seul et mêm.e Christ, Fils et Seigneur unique en deux natures qui ne se confondent pas i.
Guidés par les textes conciliaires ou forcés par la discussion avec les hérétiques à définir leur langage et leur pensée, les Pères du quatrième et du cinquième siècle apportent, dans l'exposition de ces dogmes fondamentaux, plus de précision et de netteté que leurs devanciers. Dans la moisson d'idées des apologistes, beaucoup d'ivraie se mêlait au bon grain ; Clément ne saurait inspirer pleine confiance ; Origène, salué d'abord presque comme un prophète, a été honni ensuite comme un monstre d'hérésie. Mais saint Athanase, saint Basile, saint Gré-
1. Concile de Chalcédoine, dans Denzinger-Bannwart, op. cit.,
goîre de Nazianze, saint Hilaire, saint Jérôme, saint Augustin, sont, au sens plein, des docteurs de l'Église ; c'est près d'eux que, durant de longs siècles, on a été apprendre la science de la foi. — Leur siècle n'est pas seulement le siècle classique de l'orthodoxie; il est aussi celui de l'ascèse et de la spiritualité. A ne considérer que le sens naturel du terme, saint Antoine ne mériterait-il pas d'être appelé Pèîe de l*Église à tout aussi bon titre que saint Athanase? Saint Basile et saint Augustin n'ontils pas eu autant d'action sur la piété que sur la dogmatique?— C'est le temps, enfin, où l'Eglise, entrée avec l'Etat en relations intimes, pénétrant la société de son influence, adopte, vis-à-vis du pouvoir laïque, une attitude dont elle ne s'est pas déshabituée. Ainsi, l'importance de cette période est extrême. Mais beaucoup d'historiens modernes, même des plus fins et des plus souples, font preuve d'une étrange inaptitude à sympathiser avec elle et à bien saisir son esprit.
Le mystère du royaume. — A l'orthodoxie des quatrième et cinquième siècles, le royaume de Dieu apparaît sous l'aspect de la « vie éternelle ». Ce dernier terme, qui est évangélique', a souvent pour équivalents ceux d' « inoorruption ^ », de « déification ^ », d' «immortalité"* ». Bien que la doctrine de
1. Marc, X, 30 (cf. ix, 45-47 : Çcoin = PaffO.eta toO ©eoû) ; Matth., XXV, 46; Luc, X, 25; Jean, vi, 47; xvii, 2-3, etc.
2. 'AçOapcrîa. Cf. I Cor., xv, 42, 50, 53; V Pétri, i, 4, etc.
3. Op. n» Pétri, i, 4 rôeiaç xoivtovot çuaewç; Jean, i,^2:Téxva Oeou yevéaôai.