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De Trinitale, XIII, vui, H. (P. L., t. XLII, col

5. « Au ciel, dit saint Augustin, la nourriture c'est la vérité : cibus

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la patrie, c'est le bonheur, c'est la récompense. Visio est tota nierces. Notre perfection consiste, non pas adonner à Dieu, mais à en recevoir, et au ciel il nous donnera plus que notre amour n'en pourra prendre : Fons vincit sitientem. On pense bien qu'avec de pareilles idées il était fort éloigné de tout quiétisme ; lorsque la vertueuse Proba l'interroge sur ce qu'il faut demander dans la prière : « Demandez le bonheur, répond-il, ora beatam vitam ^ »

Si l'intensité de la vie intérieure individuelle est l'aspect le plus original et le plus admirable de la piété d'Augustin, elle n'en est pas l'aspect unique : les écrivains protestants sont les premiers à y reconnaître l'élément, comme ils disent, de « catholicisme vulgaire » qu'il est impossible de n'y pas voir. C'est d'abord la soumission à l'Eglise. L'Église est une condition essentielle de la foi d'Augustin ; dans l'examen et le classement de ses raisons de croire, le fait de l'Église prime l'Évangile. « Je ne croirais pas à l'Évangile, si l'autorité de l'Église catholique ne m'y invitait^. >; Vis-à-vis de la tradition, dos conciles, du siège de Rome, il se montre non seulement respectueux, mais, dans toute la force du terme, obéissant^. L'amour pour « la vie de l'Église » est

verilas ». In Joannem, xxx, 7 (P. L., t. XXXY, col. 1G3G). Dans cette affirmation du caractère intellectuel, contemplatif, de la béatitude, comme de la valeur subordonnée de l'action morale, se rencontrent et s'unissent les deux plus grands docteurs du catholicisme, qu'on a souvent voulu opposer. L'intellectualisme tiiomiste plonge ses racines les plus profondes dans la doctrine augustinienne de la vérité. \. LcUre 130, iv, 9 (P. L., t. XXXIII, col. 497).

2. Contra Epistulam Manichaei quam vacant Fundamenti, 5, 6 {P.L., t. XUI, col. 176). Sur ce texte, cf.L. de Monda don, Bible et Église dans l'Apologétique de saint Augustin, dans Recherches de science religieuse, mai-juin 19H.

3. La formule : Roma locuta est, causa finila est, n'est pas en ces

poussé jusqu'à l'enthousiasme dans le livre qu'il lui a consacrée Ce « catholicisme vulgaire », c'est-àdire intégral, de saint Augustin, se reconnaît encore au cas qu'il fait des sacrements, à la place, qu'il donne, dans son existence, aux exercices de mortification, à la prière pour les morts, au culte des saints. Son exemple prouve de façon éclatante que ces pratiques, comme aussi la dépendance vis-à-vis de l'Eglise (hiérarchie et tradition, s'allient fort bien à une grande liberté intérieure et à une totale remise du cœur à Dieu.

L'Eglise et l'Etat. La fin du monde romain : Eglise latine et Église grecque. — Par le monachisme, l'Eglise avait dérivé en des cadres disciplinés des enthousiasmes qui auraient pu, comme à l'époque du montanisme, risquer de provoquer des schismes ; elle avait renouvelé la ferveur du clergé et des fidèles en offrant à tous les regards en une lumière vive l'idéal de la perfection chrétienne. Mais ce mouvement n'avait pu se développer avec tant de succès que parce que la persécution sanglante avait cessé. Seule la paix de l'Eglise et de l'Etat permettait ces fondations continues et régulières. Après trois siècles d'hostilité, les deux pouvoirs temporel et spirituel s'étaient réconciliés en la personne de l'Empereur Constantin et du pape Sylvestre. Par une lente

termes de saint Augustin; on en trouve l'équivalent dans le sermon Gxxx, n° 10 (P. L., t. XXXVni, col. 734) : « De hac causa [pélagianisme] duo concilia missa sunt ad sedera aposlolicam : inde etiam rescripla venerunt : causa fmila est. Ulinam aliquando liniatur error! •

1. De moribiis Ecclcsiae catholicae, i, 62, etc. (P. /.., t. XXXll, col. 336).

évolution, brusquement interrompue sous Julien l'Apostat, puis reprise et menée à terme sous Théodose, le christianisme allait devenir religion d'État. L'Église regarda comme un insigne bienfait cotte situation privilégiée, et, quelles qu'aient été les fautes et les ingérences indiscrètes du premier empereur chrétien, elle conserva toujours à l'initiateur de la paix religieuse une inaltérable reconnaissance. Protégée par le bras séculier, elle put s'organiser suivant ses lois, recourir à des mesures dont l'amplitude eût étonné les chrétiens des temps de persécution , provoquer des réunions plus imposantes que les assemblées les plus nombreuses, précédemment tenues en Afrique, en Italie et même en Orient. L'ère commence des grands conciles œcuméniques, qui définissent le dogme contre les hérésies trinitaires et christologiques du quatrième et du cinquième siècle, précisent et complètent les règles de la discipline ecclésiastique. L'Eglise met à profit la liberté j^our développer ses institutions : le clergé est accru, la liturgie sortant des catacombes pour se déployer au grand jour des basiliques s'amplifie, la propriété ecclésiastique s'étend, l'organisation des évêchés, métropoles et patriarcats s'affermit, surtout en Orient ; — en Occident, l'œuvre fut entravée par les invasions barbares. L'évangile entame et conquiert graduellement les masses populaires là où elles avaient jusqu'alors résisté. Le paganisme, d'abord toléré et même obstinément défendu par des membres de la haute aristocratie romaine, comme le préfet Symmaque, est définitivement prohibé par les lois de Théodose. L'Église n'avait plus à craindre la rivalité d'un culte publiquement organisé ; il lui restait à

combattre les survivances des mœurs et de la mentalité païennes, enracinées par des siècles de tradition : lutte tenace, et qui dure encore.

L'Empire protégeait l'Eglise, et celle-ci, en retour, priait officiellement pour l'ordre, pour la paix, pour les princes ' . Le danger était que cette protection de l'Etat ne devînt onéreuse tutelle. Déjà Constantin avait mis à intervenir dans la querelle du donatisme un zèle plus ardent qu'éclairé. Du moins n'était-il pas sorti de la ligne de l'orthodoxie. Ses successeurs gardèrent la même propension à se mêler des questions religieuses. Constance so fit le soutien de l'arianisme contre l'intrépide Athanase et le moins inflexible Libère 2, et plus tard Valens reprit la même cause contre saint Basile. Il est vrai que cette hostilité fut amplement compensée par l'amitié de Théodose pour saint Ambroise.

En Occident, la chute de l'empire vint brusquement dénouer une situation qui, malgré des abus, laissa bon souvenir à l'Eglise. Cette ruine du vieux monde romain, en accentuant l'isolement politique de l'Orient, risquait d'aggraver ses tendances au

i. Même lorsqu'il n'y aura plus d'empereur à Rome, l'Église conliiniera à unir dans ses pieux désirs « la sécurité romaine et la dévotion chrétienne». «Nostri s, quaesumus, Domine, propitiare temporibus, ut tuo munere dirigantur et Romana securilas et devotio christiana » (dans les prières quotidiennes après le sacramentaire dit grégorien, P. L., t. LXXVni, col. 198, et dans le sacramentaire dit léonien, P. L., t. LV, col. 81). Me-^ Dlchesne remarque que ce sacramentaire, « dans les priè-res publiques, mentionne toujours l'empire romain et avec un sentiment très vif de loyalisme » {Origines du culte chrétien, chap. v, ^^ i).

2. Sur cette défaillance de Libère, Duchesne écrit, Histoire ancienne de l'Église, II, 281 : « Il n'abandonna pas le concile de Nicée. Il signa une formule ; mais au moment où nous sommes, les formules que les Orientaux présentaient aux Occidentaux n'avaient rien de contraire à la loi; on ne pouvait que leur reprocher de n'être pas assez précises. »

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séparatisme religieux. Il ne paraît pas exagéré de faire remonter à la fondation même de Gonslantinople les premiers germes vivaces de cet esprit de scission. L'union de l'Église et de l'Etat avait paru aux Orientaux chose si naturelle que la création à Constantinople d'une capitale d'empire avait constitué du même coup un nouveau centre religieux, une nouvelle Rome. Dès la fm du quatrième siècle, après bien des luttes et des rivalités avec les anciens patriarcats, l'évêque de Constantinople prenait le pas sur ses collègues d'Antioche et d'Alexandrie. Le troisième canon du deuxième concile œcuménique, tenu à Constantinople en 381, proclame que (t l'évêque de Constantinople doit avoir la prééminence d'honneur après l'évêque de Rome, car cette cille est la nouvelle Rome ^ ». Le vingt-huitième canon du concile de Chalcédoine développe cette même considération : « La nouvelle Rome, honorée par la résidence de l'empereur et du sénat et jouissant des mêmes privilèges que l'ancienne ville impériale, doit avoir les mêmes avantages dans l'ordre ecclésiastique et être la seconde après elle ^. » C'était poser le principe que la suprématie religieuse est en fonction du rang politique. Rome refusa de ratifier ces décrets^ mais ils furent confirmés par l'empereur Justinien P' et passèrent dans les faits. Ainsi se constitua un christianisme grec offî-

\. Cf. Hefele, Histoire des conciles (revue par dom Leclercq), Paris, 1908, t. H, l'« partie, p. 24, et t. II, 2« partie, appendice III, p. 1260 sqq.

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