Hefele, op. cit., t. II, 2« partie, p
3, Le pape saint Léon, en protestant contre les empiétements de Constantinople, rappelait la différence de la constitution civile et de la constitution ecclésiastique : « Alla tamen ratio est rerum saecularium, alia divinarum; nara praeter illara petram quam Dominus
ciel dont la tête fut moins le patriarche que le basileus. Les souverains byzantins, en effet, monopolisèrent à leur profit le gouvernement ecclésiastique, et se constituèrent juges des controverses doctrinales. Le plus grand d'entre eux, Justinien P"*, inaugura la série des empereurs pontifes et théologiens, d'une théologie malheureusement ondoyante, tour à tour nicéenne, monothélite ou iconoclaste. Longtemps encore, il est vrai, les basileis continueront à proclamer la suprématie spirituelle de Rome, mais ils n'auront point de scrupule d'en neutraliser les effets, môme par la violence, lorsqu'ils les jugeront opposés à leurs fantaisies doctrinales ou à leurs calculs politiques ^ En face de ces empiétements, tout en se proclamant, aussi longtemps qu'elle put, sujette du basileus de Byzance, la papauté ne manqua pas, dans l'ensemble, au devoir de rappeler aux Grecs son autorité souveraine. Si quelques papes, comme Vigile et Honorius, sans rien sacrifier du dépôt de la foi, se montrèrent trop complaisants aux caprices des princes, beaucoup leur opposèrent une courageuse fermeté ^. Au cinquième siècle, le même saint Léon qui avait arrêté Attila marchant vers Rome, en imposait aux Grecs par la largeur et
in fundamento posuit, stabilis erit nulla conslructio. » Epislula ciy, 3 (P. L., t. IJX, col. 995). Le même pape, d'ailleurs, ne méconnaissait pas le prestige que la splendeur antique de Rome ajoutait à sa situation chrétienne. Sermo lxxxii, in Natali app. Pétri et PauU, P. L., t. LIV, col. 422 sqq.
i. Cf. J. Pargoirk, L'Église byzantine de 527 à 847, p. 44, 189, Paris, 1905.
2. Une anecdote, racontée par le Liber Pontificalis, symbolise bien les deux situations, le conilit de la force et du droit. « Sois de mon avis, disait Justinien au pape Agaplt, ou je t'exile. » Et le pape de répondre : « J'étais venu, péciieur que je suis, voir le très chrétien empereur Justinien, mais voilà que je trouve Dioclétien. Je ne crains pas tes menaces. » Liber pontificalis^ 1, 287 (Édit. L. Duchesne).
LA RtLIGION CHRETIENNE. 817
la netteté de sa doctrine, cassait le « brigandage » d'Ephèse, et par sa lettre à l'évêque Flavien traçait au concile de Chalcédoine la règle de foi à définir contre les monophysites. Au sixième siècle, Silvère, pour avoir été d'un autre avis que Justinien, mourait misérablement dans une île de la mer Tyrrhénienne, réduit « au pain de la tribulation et à l'eau de l'angoisse ' ». Au septième siècle, le pape saint Martin se voyait de même exilé pour s'être opposé au monothélisme de l'empereur Héraclius ; au huitième siècle, même résistance de Grégoire II et Grégoire III aux entreprises de l'iconoclaste Léon FIsaurien. Des saints et des polémistes, dont le plus célèbre est saint Jean Damascène, s'unissent aux papes pour soutenir la cause catholique. Leur influence, jointe à celle des moines, est assez puissante pour faire triompher le culte des images, elle ne brise pas les tendances schismatiques favorisées par un clergé courtisan. Les conflits sans cesse renaissants préparent les esprits à la rupture fatale. « Depuis l'avènement de Constantin à l'empire d'Orient (323) jusqu'au septième concile œcuménique (787), c'est-à-dire pendant une durée de quatre cent soixante-quatre ans, on ne compte pas pleins de deux cent trois années où l'épiscopat, soit de l'Orient tout entier (y compris l'Egypte et ririyricum), soit seulement des régions qui relevaient d'Antioche et de Constantinople, c'est-à-dire de l'Église impériale, fut et demeura en schisme avec le siège apostolique... Encore avons-nous négligé quelques petites ruptures passagères K » Les