Liber pontificalis
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principes posés aux quatrième et cinquième siècles portaient leurs fruits. Si chaque ville doit régler son rang ecclésiastique d'après son importance civile et politique, Gonstantinople, la résidence du basileus^ du prince « égal aux apôtres », peut-elle dépendre de Rome, la cité déchue, ouverte aux barbares, privée de sénat et d'empereur? C'est Rome qui est maintenant la sujette des Byzantins, sujette humiliée, à qui l'on ne pardonnera pas de chercher protection auprès des Francs, alors même que l'Orient ne pourra plus rien pour sa défense. Est-ce de cette rivale avilie ou révoltée que l'orgueilleuse Byzance peut attendre la lumière? Et puis, plus profonde que les blessures de l'orgueil politique, plus profonde même, semble-t-il, que les divergences doctrinales et disciplinaires, — insertion du Filioque dans le symbole, usage du pain azyme, célibat ecclésiastique, etc. ^, — il y avait l'antipathie des deux civilisations, ou plutôt, pour parler le langage byzantin, de la barbarie et de la civilisation. Que pouvait-il y avoir de commun entre Gonstantinople, la reine des élégances, la cité assise aux bords du Bosphore dans le miroitement de l'or et des pierreries, et les rustres occidentaux! Et ce dissentiment foncier rendrait les rapprochements superficiels et momentanés ; même quand Byzance aura besoin des Latins, elle les méprisera. « Les Grecs., pourront
1. Mer DuGHESNE, Ègliscs séparées, 164-165, Paris, 1896. L'auteur y donne le détail de ces schismes temporaires.
2. On trouvera la liste de ces griefs, dont quelques-uns font sourire, comme le reproche fait aux Latins de jeûner le samedi et de permettre le laitage la première semaine de Carême, daus le fameux manifeste de Photius, renouvelé plus tard avec quelques additions par Michel Cérulaire. Migue, P. G., t. Cil, col. 721 sqq.
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bien, par nécessité, se rapprocher dfes ^ens d'Occident; ils J)burront bien, par èapHéë,'ad'opter telle ou telle de leurs modes. Sous les alliances paèsagères, sous lés emprunts momentanés',' le mépris fondamental subsiste dans la claire conscience de la supériorité éclatante du « Romain » sur le « barbare ^ ». h!r^i.;^hr • ■ .
Cette séparation des deux Eglises reste à jamais lamentable, mais il est permis de douter qu'elle ait notablement affecté l'évolution subséquente de la chrétienté d'Occident. Celle-ci vivait de sa vie propre et progressive, et possédait en elle-même les éléments de son développement, pour le mal comme pour le bien. Peut-être une connaissance plus répandue des Pères grecs, un contact plus permanent avec leur franc optimisme, eussent-ils atténué les dangers de cet augustinisme exclusif, dont certains excès de langage et de doctrine ne devaient pas être sans influence sur la naissance et le succès du luthéranisme, du calvinisme et du jansénisme. La conséquence la plus déplorable du schisme fut sans doute l'arrêt de l'expansion chrétienne à l'Orient. Voisins des peuples d'Asie, unis à eux par maintes affinités, les Grecs étaient leurs évangélistes naturels. Cette pénétration normale du christianisme à l'Orient commença du temps de l'ancienne Église, gagna la Perse, toucha l'Inde et la Chine, puis s'arrêta. Ce fut un grand malheur. Les Occidentaux reprirent l'œuvre d'évangélisation, mais avec la bonne nouvelle, ils apportaient nécessairement leur mentalité et leurs méthodes. Aujourd'hui encore, au
1. Chaules Diehl, Études bxjzanlineSt 2« série, p. 25, Paris, 190jJ.
Japon et en Chine, le christianisme n'a pas entièrement dépouillé l'apparence d'une importation étrangère.
Dédaignée de Constantinople, pratiquement séparée de l'Orient, la Rome chrétienne ne s'abandonna pas. Pendant que les Grecs raffinaient leur civilisation, rétrécissaient leur christianisme par l'exagération des dévotions matérielles et de la soumission au pouvoir, fractionnaient leur Eglise par la concession de patriarcats aux Bulgares, aux Serbes, aux Vlakhobulgares, des peuples nouveaux avaient inondé et noyé les digues et les barrières du monde romain. Dans la disparition des splendeurs passées, dans le déclin de l'aristocratie romaine, dans l'effacement du prestige impérial, l'Église seule restait debout, vivante et active. Devant ce naufrage de toute une civilisation, elle comprit qu'une grande tâche s'imposait : sauver les débris du monde antique qui pourraient entrer dans les édifices nouveaux. Les ouvriers ecclésiastiques furent des plus nombreux et des plus empressés à s'employer à cette œuvre de salut, préparant ainsi l'Église à devenir la maternelle éducatrice des nations occidentales.
Pierre Rousselot et Joseph Huby.
Bibliographie.
Pour une bibliographie détaillée, nous renvoyons aux histoires de l'Église : Funk-Hemmer, Histoire de l'Église, 2 vol., Paris, 1912; — Marion, Histoire de VÉglise 3, 3 vol.,
LA UELIGION CHRETIENNE. sn
Paris, 1908; —surtout Albers-Hedde, Manuel d'hisloire ecclésiastique, 2 vol., Paris, 1908.
Sur l'expansiou du christianisme, textes et faits ont été rassemblés par A. Harnack, Mission und Aushreiiung des Christentums in den ersten drei Jahrhunderlen'^, Leipzig, 1906; — bref résumé dans J. Rivière, La propagation du christianisme dans les trois premiers siècles, Paris, 1907. — On trouvera encore grand profit à consulter Th. Mamachi, O. P., Origines et antiquitates christianœ, 5 vol. in-4», Rome, 1749-
On peut prendre une première vue d'ensemble de la littérature patristique dans 0. Bardenhewer, Patrologie^, 1 vol.,Fribourg-en-Brisgau, 1911 (donne sur chaque auteur une bibliographie presque exhaustive); — H. B. S\\ETE,Patristic Sludij^, 1 vol., Londres, 1902. — Sur les Pères grecs, voir P. Batiffol, Littérature grecque"^ (Anciennes littératures chrétiennes), Paris, 1898.
Pour une étude plus approfondie des questions d'authenticité et de chronologie, on peut consulter 0. Bardenhewer Geschichte der Altkirchlichen Literatur (jusqu'au commencement du IV' siècle), 2 vol., Fribourg-en-B., 1902-1903; — A. Harnack, Geschichte der Altchristlichen Litteratur bis Eusebius, t. ï,Die Ueberlieferung und der Bestand der Altch. Litt., Leipzig, 1893; t. II et III, Die Chronologie..., Leipzig, 1897-1904; — pour l'Afrique chrétienne, P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne depuis les origines Jusqu'à Vinvasion arabe, 3 vol., Paris, 1901-1905.
Le mouvement doctrinal est exposé dans les histoires du dogme : J. Tixeront, Histoire des dogmes, t. I, La théologie anlénicéenne, Paris, 1905; t. II, De saint Athanase à saint Augustin, Paris, 1909 ; t. III, La fin de l'âge patristique, Paris, 1912; — J. Schwane, Histoire des dogmes (traduction Degert), 6 vol., Paris, 1903-1904; —au point de vue du protestantisme large, A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte*-, 3 vol., Tubingue, 1909; — Fr. Loofs, Leitfaden zum Studium der Dogmengeschichte^, Halle, 1906.
On peut compléter par des monographies : M^r Freppel, Cours d'éloquence sacrée, 10 vol., Paris, 1885-1889 (dépassé sur bien des points, mais l'ensemble reste utile); — A. d'A- LÈs, La théologie de Tertullien, Paris, 1905; La théologie
de saint Hippolyte, Paris, 1906; — articles importants du Dictionnaiî'e de théologie catholique Vacant-Mangenot : Ambroise (A. Largent) ; — Arianisme (X. le Bachelet) ; — Athanase (X. le Bachelet); —Augustin (E. Portalié); Clément d'Alexandrie (A. de la Barre); Cyrille d'Alexandrie (J. Mahé); — sur la gnose, art. Gnosis, Marcion de G. Kru- GER dans la Realencyklopàdie fur protestantische Théologie und Kirche de Hauck (Leipzig); — art. Gnose, de M^"" Du- CHESNE dans le Dictionnaire, apologétique, publié pai' A. n'A- LÈS, Paris, 1912.
Un premier contact avec les textes est facilité par des publications telles que la collection Hemmer-Lejay, Textes et documents pour l'étude historique du Christianisme (PariSj Picard; textes avec traductions); — les Cambridge Patristiç Texts (Cambridge Ujiiversity Press; textes simplement annotés) ; — la collection La Pensée chrétienne (Paris, Bloud ; traductions de morceaux choisis de Pères). — Les Enchiridia publiés par la maison Herder, Fribourg-en-B., forment à eux trois un recueil complet des principaux textes historiques ou dogmatiques : Denzinger-Bannwart, Enchiridion Symbolomm 11, 1911 ; — G. Kirch, Enchiridion fontium historise ecclesiasticas antiquae, 1910; ~ M. J. Rouet de Jovr^^el, Enchiridion Patristicum, 1911.
Les événements extérieurs de la sociélé ecclésiastique, persécutions, rapports avec l'empire, etc., sont traités dans toutes les histoires de l'Église. — Rappelons seulement les ouvrages de Paul Allard, Histoire des persécutions^ 5 vol., Paris, 1885-1890; Le Christianisme et l'Empire romain, Paris, 1897; Dix leçons sur le martyre '^, Paris, 1906; — du duc de Broglie, L'Église et l'Empire romain au IV^ siècle, 6 vol., Paris, 1867-1868. — La Revue d'histoire ecclésiastique de Lotivaln, janvier 1911, a donné un article de G. Gallewaert, La base juridique des premières persécutions, avec bibliographie complète du sujet.
On aura une première vue du développement de la liturgie dans DOM Gabrol, Origines liturgiques, V^aris, 1906; Le livre de la prière antique, Paris, 1900; — L. Duchesne, Les origines du culte chrétien ^, Paris, 1909. — Sur le bréviaire, lire P. Batiffol, Histoire du bréviaire romain^, Paris, 1911.
Sur le monachisme, outre des textes intéressants comme la
Vie de saint Anloine {P. G., t. XXVI, col. 835 sqq.),— -l'histoire lausiaque de Pallade (édition de Dom Butler, The Lausiac History of Palladius dans les Texls and Studies, t. VI, Ganribridge, 1808-1904), — lés Conférences de CaSSien (P. L., t. XLIX) ou éd. Petschenig, Vienne, 1886, — la Vie de saint Siniéon Stylite (édition H. Lietzmann dans les Texte und Untersuchungen de Harnack, Bd. 32, H. 4, Leipzig, 1908); — on peut voir Ladeuze, Le cénobitisme Pachomien pendant le IV* siècle et la première moitié du V", Louvain, 1898; — S. Sghiwietz, Das morgenlûndische Mônchtiim, 1. 1, Mayence, 1904; —Marin, Les moines de Constantinople, Paris, 1898;
— G. GOYAU, Sainte Mélanie, Paris, 1908 ; — Paul Allard, Saint Basile *, Paris, 1903.
Sur l'Église grecque, son histoire et ses doctrines, on trouvera des indications précises et résumées dans A. For- TESCUE, The orthodox Eastern Church 2, Londres, 1908; — J. Pargoire, L'Église byzantine de 527 à 8i7, Paris, 1905;
— L. DucHESNE, Églises séparées 2, Paris, 1905. — Les Études byzantines de Gh. Diehl, 2 séries, Paris, 1905-1908, et surtout son Justinien, Paris, 1901, sont utiles pour éclairer le milieu byzantin. — Sur Photius et le schisme grec, l'ouvrage capital reste celui du cardinal J. IIergenrôther, Photius, Patriarch von Constantinopel, 3 vol., Ratisbonne, 18G7-
SECTION m. - LE CHRISTIANISME DU MOYEN AGE
I. — L'esprit chrétien au moyen âge. L'Église et les Barbares. — Les moines d'Occident. Saint Benoît. — L'Église et le royaume de Dieu. — Développement de la religion extérieure. — La vie intérieure. — Saint Bernard.— Saint François, — L'Imitation de Jésus-Christ. — Lascolastique. Saint Thomas d'Aquin.
IL — L' antichristianisme, V anticatholicisme, la fin du moyen âge.
Bibliographie.
De la masse des renseignements fournis par l'histoire de l'Église, l'histoire du culte et l'histoire des
idées au moyen âge, se dégagent trois faits principaux qui dominent tout le développement de la religion chrétienne pendant cette période. Premièrement, l'Eglise n'est plus un petit troupeau et comme une faction qui divise les familles et inquiète l'Etat; elle ne s'abrite même plus, étrangère honorée, dans l'ancien établissement de l'empire romain, construit sans elle ; maintenant, elle s'est fortifiée et dilatée au point d'englober, en les pénétrant de sa vertu propre, les familles, les jeunes nations, la société civile et la vie publique toutentières. Deuxièmement, la piété s'Aw/?za/i/se; le culte matériel reçoit de surprenants accroissements, et le cœur des fidèles s'éprend d'une tendresse nouvelle pour les saints, pour la Vierge, pour l'humanité du Christ. En troisième lieu, la doctrine se définit avec une croissante précision et revêt la forme d'un système scientifique sous l'effort de la pensée scolastique.
Ces trois grands traits du christianisme médiéval sont solidaires. La haine de l'Ecole, la révolte contre la puissance ecclésiastique et le mépris de la piété catholique, au nom du culte en esprit, sont les trois forces dont le triomphe, dans une grande partie de la chrétienté, marquera la fin du moyen âge.