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Legenda minor sancti Francisci, c

2. Voir, par exemple, VOfficium de Passione Domini, de saint Bonaventure (Quaracchi, t. VHI, opusc. 9). « Dans la croix, nous est versée la suavité céleste..., dans la croix est la joie de l'esprit »,dit semblablement Vlmitation de Jésus-Christ (1. H, c. xii). M. Mâle, dans son dernier et admirable livre l'Art religieux de la fin du moyen âge, a très justement opposé à l'intellectualité de la piété du treizième siècle, la sensibilité qui prédomine au quinzième : «Jésus n'enseigne plus, il souffre... le christianisme se présente désormais sous son aspect pathétique. » La source de cette grande pitié, il la voit à Assise {op. cit., p. 75-77). Il me semble que la forme proprement

le François des crèches de Noël, apprit à traiter lo Sauveur avec cotte simple et terrestre familiarité qui met une telle différence entre les Méditations de la çie du Christ et les plus tendres épanchements de saint Bernard ^

U Imitation de Jésus-Christ. — L'auteur de V Imitation connaît peu le Christ selon la chair; il nomme à peine la Vierge Marie. Mais le moyen âge n'a guère produit de livre plus intérieur, plus plein de Jésus intime. Et ni le moyen âge ni aucune autre époque n'ont guère produit de livre plus simplement humain, plus libre des particularités du siècle qui l'a vu naître.

franciscaine de la dévotion à la Passion garde quelque chose de la joie et de la sérénité qi.eM.MALE remarque dans les représentations de la Passion au treizième siècle. Elle est tout à la fois humaine et joyeuse; ce n'est qu'ensuite que cette dévotion sera toute triste. Dieu l'inspire plus navrante, plus pathétique, plus réaliste, aux contemplatives des xiv« et XV* siècles. Sainte Brigitte apprend le nombre des coups que le Sauveur a reçus dans sa flagellation; Julienne de Norwich voit coulera lentes gouttes, du front du Crucifié, un sang rouge, qui brunit en se coagulant. Qu'on est loin des hautes et subtiles pensées que les souffrances du Messie inspirent à S. Augustin, dans les sermons où il les explique!

A. 0 quam libens balneum ei praeparassem « Oh ! quel plaisir j'aurais eu à lui préparer son bain! » dit l'ame pieuse en parlant de l'enfant Jésus dans une pièce rythmique attribuée à saint Bonaven- TURE (Quaracchi, t. viir, p. 671). M. Mâle [op. cit., p. 10 sqq., p. 145) nous apprend que les Méditations de la vie duChrist ont eu sur l'art chrétien, par l'intermédiaire des Mystères, une influence énorme ; il montre que la tendresse humaine s'introduit partout, tandis que s'affaiblit le sens de l'ancien symbolisme (cf. p. 233). — On relève dans l'école franciscaine l'idée notée plus haut à propos de saint Bernard: si l'humanité du Christ les touche davantage, ils regardent ce goût comme une manuductio, comme un moyen approprié à l'humaine faiblesse, d'avancer vers la contemplation de la divinité, qui est meilleure. Si ergo, anima, carnem diligis, nullam carnem, nisi carnem Christi, âmes, dit au commençant l'auteur de l'Aig-Mii^on d'amour. (Il est superflu de remarquer que cet amor carnis Christi, c'est la dévotion aux mystères de son humanité.)

La bienheureuse Angèle de Foligno, introduite à la contemplation des profondeurs divines, comprend qu'elle a « dépassé les régions qu'habitait saint François >.

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h' Imitation suffirait (de même que la Somme contre les Gentils) à laver la littérature du moyen âge de ce reproche injuste qu'on lui fait quelquefois, d'être toujours restée puérile, de n'avoir pas su se hausser au classicisme supérieur des grandes œuvres qui atteignent l'homme en ses traits universels et permanents. L'inquiétude foncière de l'esprit créé, le besoin persistant de tendresse, les retours opiniâtres de l'amour-propre sont ici dépeints avec parfaite simplicité et justesse, sans préciosités, sans subtilités, sans complaisances de style. Tout le monde connaît aussi les beaux chapitres « de la familière amitié de Jésus » et « du merveilleux effet de l'amour divin ». Si qiiis amat^ no{>it quid hœc i>ox cla- ?netl — En ce dernier passage, le latin d'à Kempis, outre son rythme, a un certain éclat pur et naturel qui rend toutes les traductions bien misérables.

L'auteur insiste par-dessus tout sur l'esprit intérieur, le mépris du monde et le renoncement, conditions de l'union au Christ. Si l'on prend sur le vif dans saint Bernard l'affinité naturelle de l'amour de Jésus avec l'amour de la Vierge, et dans saint François le concours de la plus haute mysticité avec le dévouement actif à l'Eglise, Vlmitation fait voir l'accord parfait d'une vie intérieure intense avec l'estime et l'usage des rites sacramentaires. limitation s'achève aux pieds du saint Sacrement ; le quatrième livre entier lui est consacré; il engage à la communion fréquente, précédée de la confession et relève extrêmementl'excellence de l'ordre sacerdotal. « C'est un grand mystère et un grand honneur que celui des prêtres, auxquels a été donné ce qui n'a pas été accordé aux anges. Car seuls les prêtres régu-

lièrem^nt ordonnés dans l'Égiisc ont la puissance de célébreret de consacrer le corps du Christ... Prends garde à toi-même, et vois quel ministère t'a été confié par l'imposition des mains de l'évêque. Le prêtre revêtu des habits sacrés tient la place du Christ. Que vos yeux soient simples et pudiques, puisqu'ils regardent si souvent le corps du Christ. Que vos mains soient pures, puisqu'elles touchent si souvent le Créateur de la terre et des cieux ^ » Celui qui connaît si bien les vieilles infirmités de Pâme humaine, « lourdeur de la conscience et dispersion du cœur ^ », n'y sait pas de meilleur remède qiie le pain eucharistique. La foi des sacrements pénètre et exalte chez lui la vie spirituelle comme chez saint Jean.

La scolastiqne. Saint Thomas d'Aquin. — L'attitude d'âme propre à la religion du moyen âge ne serait pas pleinement comprise si l'on ne savait rien de la scolâstique. Sans doute, à proprement parler, l'histoire de la scolâstique rentre dans celle de la philosophie, de la théologie et du dogme ; mais la scolâstique met dans un jour trop lumineux la pénétration de toute la vie, au moyen âge, par l'idée religieuse, pour qu'on puisse se dispenser d'en dire un mot.

L'âge de la scolâstique fut un âge d'intellectualisme passionné. « En aucun temps, dit Hauréau^, l'intelligence n'eut un égal besoin de raisonner et n'éprouva moins de gêne à se satisfaire. » Ce juge-

1. Vlmitation de Jésus-Christ, 1. IV, chap. v et xi. 3. Ibid., 1. 1, chap. xx.

3. Dans le Dictionnaire des sciences philosophiques de Franck, 2* év^ il., p. 1573.

ment serait fort inexact si on l'appliquait aux timides débuts de la théologie carolingienne, au temps d'Alcuin ; il est inégalement vrai des deux périodes nettement distinctes de la pensée médiévale, celle qui précède et celle qui suit l'introduction dans l'Occident latin des ouvrages proprement philosophiques d'Aristote (début du treizième siècle); il se vérifie surtout des deux siècles les plus brillants, le douzième, qui clôt la première période, le treizième, qui ouvre la seconde.

Au douzième siècle, l'influence dominatrice de saint Augustin n'empêche pas un développement de la pensée catholique d'autant plus intéressant qu'il est plus exclusivement l'œuvre de la chrétienté occidentale, sans apports extérieurs. Les maîtres les plus connus de l'époque sont Abélard, Pierre Lombard, Hugues et Richard de Saint-Victor. On s'est fait parfois de fortes illusions sur le « rationalisme » du premier comme sur le « mysticisme » des Victorins. Un « rationaliste » comme Abélard croyait de toute son âme les dogmes catholiques, et un « mystique » comme Richard de Saint- Victor aimait la raison d'un amour si intempérant, qu'il prétendait démontrer par raisons nécessaires le mystère même de la Trinité. En cela, du reste, il marchait sur les traces du penseur le plus remarquable du siècle précédent, le subtil et génial saint Anselme. L'essor de la spéculation théologique au douzième siècle, dit un théologien qui l'avait étudié de près, « ne fut pas inspiré par un rationalisme incrédule, mais par une foi devenue, pour ainsi dire, une seconde nature... La foi était alors si naturelle qu'on ne distinguait pas son caractère surnaturel. Les dogmes étaient si pro-

fondement ancrés dans l'intelligence, qu'on les croyait enracinés dans la raison même ' ».

Le treizième siècle assagit ce débordant enthousiasme d'une raison jeune. 11 mena la scolastique à son apogée en établissant, non l'identité, mais l'harmonie [distinction, concordance, hiérarchie) de la grâce et de la nature, de la raison et de la foi. « La grâce ne supprime pas la nature, mais la parfait. » «La foi présuppose la connaissance naturelle, comme la grâce suppose la nature et toute perfection son sujet 2. » On n'admet plus au xiii« siècle, que l'homme puisse, avant ou après son adhésion à la foi catholique, arriver à établir une démonstration, par raisons intrinsèques, de la vérité des dogmes; on tient qu'il les croit sur l'autorité de la parole de Dieu, mais que, l'attestation divine étant garantie par des signes certains (miracles, prophéties, histoire de l'Église), cette croyance est absolument raisonnable : « Nous ne croirions pas, si nous ne sf oyions pas qu'il faut croire ^. »

Cela n'empêche pas qu'il y ait une science de la foi"*. Car, si l'on ne peut donner des articles du Symbole une démonstration proprement dite, l'on peut du moins en expliquer méthodiquement le sens à l'aide de la philosophie. On constitue delà sorte un système spéculatif qui éclaire, par des analogies et des raisons de convenance, la vérité intrinsèque des articles de foi ; qui fait voir quelles conclusions en

1. Th. de Régxon, Études de théologie positive sur la sainte Trinité, Paris, 1892, t. H, p. 22, 54.

2. Saint Thomas, Somme thcoîogique, 1', Q. t, a. 8, ad 2 et Q. 2, a. i, ad 1.

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