Prologue du Commentaire des Sentences, i
2. Sans doute on trouve, avant et après saint Thomas, des talents estimables et originaux, qui méritent d'être étudiés pour eux-mêmes. Cependant la distance reste grande entre eux et l'Ange de l'École. Parmi les auteurs du xni'- siècle, on peut citer Albert le Grand, dominicain et maitre de saint Thomas j les franciscains Roger Bacon et saint BoNAVENTURE. Albert est célèbre pour sa vaste érudition et son goût pour les sciences naturelles, Roger Bacon par quelques aperçus sur la méthode expérimentale. Saint Bonaventure est inférieur à saint Thomas pour la logique, la pénétration et la pondération. Son style est parfois d'une fluidité délicieuse; une infinie délicatesse d'âme y transparaît. Certains de ses opuscules, moitié spéculatifs, moitié mystiques (tel VIlinéraire de l'âme à Dieu), sont des chelsd'œuvre de simplicité intelligente et d'onetion. — Duns Scor, qui
LA RELIGION CIIRÉTlEiNNE. HSÔ
briété, calme, lucidité, probité intellectuelle sans tache, admirable largeur d'esprit qui lui permet de réunir, dans une synthèse supérieure, la pensée d'Augustin et celle d'Aristote, tels sont les principaux traits de son génie. Il est souverainement raisonnable; il ne laisse jamais Timagination entreprendre sur la logique. Aussi son intelligence a la paix. « Il réfute un adversaire comme on instruirait un disciple », remarque-t-on parmi ses contemporains ^ On était frappé encore de sa clarté presque populaire. « Chacun, observait-on, peut facilement, selon la petite mesure de son intelligence et de sa capacité, tirer du fruit de ses livres; aussi les laïques mêmes veulent les avoir ^ » «'-et on l'appelle le Docteur commun, à cause de la clarté de sa doctrine ^ ». Il ne faudrait pas croire, au reste, que ces écrits, utiles à tous, se laissent épuiser à une première lecture ; c'est peu à peu que se dévoilent la plénitude, la cohérence, la hauteur de cette pensée. Alors on y goûte un plaisir d'une rare et pacifiante intensité, qui joint l'assurance de tenir le vrai avec ce qu'a de plus exquis la jouissance esthétique, et saint Thomas semble prendre rang à côté des trois ou quatre plus grands poètes de l'humanité *. Avec cela, une simplicité de colombe.
fleurit vers 1300, est un raisonneur du dernier délié, un esprit sec, net, aigu. Il est fameux comme contradicteur de saint Tlioraas et des maîtres qui l'avaient précédé. M. de Wclf appelle son travail une t revue critique »; c'est marquer très heureuseinenl les mérites et les limites de son oeuvre philosophique. Mais l'historien de la religion ne peut oublier ni sa théologie du Verbe, ni qu'il défendit l'Immaculée Conception.