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Jean Guiuald, Carlulaire, I, p. cci

2. Certains cathares « monarcliiens » mitigeaientce dualisme en admettant une certaine subordinatioH du Dieu mauvais ou Satan, et le triomphe final du Dieu bon.

Christ : Jésus n'était que l'un de ces esprits innombrables, émanés de la substance divine; Tlncarnation et la Rédemption étaient expliquées au sens des Docètes. Grâce, sacrements, culte de la croix et des saints, images, reliques, sainte messe étaient rejetés; ou y substituait le Consolamentiim\ sorte de baptême par l'Esprit, avec imposition du Nouveau Testament ou « texte » sur la tête du candidat. La morale des « Parfaits », — on se montrait très indulgent aux « Croyants », — était austère à l'excès : abstinence absolue de toute nourriture animale à l'exception du poisson, virginité perpétuelle, horreur du mensonge et du serment, fidélité inviolable à la secte. De ces préceptes, les uns dérivaient de spéculations manichéennes : ainsi l'interdiction du mariage et de la génération, la matière étant essentiellement mauvaise ; d'autres, comme la défense de prêter serment, découlaient d'une interprétation servilement littérale des textes du Nouveau Testament 2.

L'intérêt du catharisme ne réside pas seulement dans la synthèse qu'il a tentée du manichéisme, du gnosticisme, de l'encratisme. Il faut aussi noter le développement de deux tendances, que l'on constate à la même époque chez les Vaudois 3, et que l'on re-

\. Le Consolamsntum est décrit tout au long dans J. GuirtAUD, Cartulaire..., I, p. clviii-clxxxvi; plus brièvement dans Vacandard, Éludes de critique et d'histoire religieuse, -2° série, Paris, 1910, 190-192.

2. Malth., V, 37 : « SU autem sermo vester est, est, non, non : quod autem, his abundantius est a malo est. » — Les Cathares rejetaient l'Ancien Testament, œuvre du dieu mauvais.

3. Les Vaudois ou Pauvres de Lyon, qui prêchaient pour tous les fidèles le retour à la pauvreté apostolique telle qu'elle est décrite en Matth., x, ne semblent pas avoir admis la théologie manichéenne des Cathares, mais ils partageaient leurs doctrines antisociales. « Ils enseignent, dit le concile de Tarragone (12i2), qu'en aucun cas on

éé6 CHAPITRE XV.

trouve dans les hérésies des xiv% xv^ et xvi* siècles : la prétention de remonter, — par delà TÉglise présente et indépendamment d'elle, — à l'Évangile primitif par une interprétation littérale de certains textes du Nouveau Testament, et la substitution à la conception juridique de l'autorité de ce qu'on pourrait appeler le « primat de la vertu ». «Etant de régula apostolorum », ils suivaient la règle des apôtres : tel était Téloge que s'attribuaient les Cathares ou que leur décernaient même des catholiques, émerveillés de leur rigorisme. Sous couleur de « primitivité », ils repoussaient en bloc la liturgie chrétienne, le Christ n'ayant enseigné qu'une seule prière, TOraison dominicale; antimilitaristes avant la lettre, ils condamnaient la guerre, et déniaient au pouvoir cîvill'exercice du droit de glaive, car le Seigneur avait dit : « Quiconque se servira de l'épée périra par l'épée^ » Ils contestaient même l'autorité de l'état, sous prétexte que Jésus avait proclamé les « fils » libres du cens romain 2, et par l'interdiction du serment, ils ébranlaient l'un des principes essentiels delà société féodale. Dans l'Église, ils proclamaient que la hiérarchie visible doit être une hiérarchie de saints, que les pouvoirs sacerdotaux dépendent de la vertu, et comme l'Église romaine ne répondait pas à leur idéal, ils la répudiaient comme la « synagogue de Satan ».

L'énergique action d'Innocent 111 vint à bout de cette hérésie, qui menaçait la société autant que

ne doit prêter serment, qu'il ne faat obéir ni à l'autorité ecclésiasque, ni à la puissance séculière, que personne n'a le droit de répression corporelle. » Làbbe, Concilia, t. XI, pars U, p. 593.

4 Malth., XXVI, 52.

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