‹ ChristusChapitre 243 sur 284 · Noël Valois, op. cit.^ t. II, p · texte numérisé non relu

Noël Valois, op. cit.^ t. II, p

clairvoyants pouvaient pressentir Tantagonisme qui allait séparer l'Église et la renaissance. Le même ^^icolas V, qui confiait à Fra Angelico la décoration de sa chapelle, poussait l'excès de la condescendance jusqu'à admettre au nombre de ses familiers le Pogge et Valla, défenseurs affichés d'un art purement naturaliste. A la renaissance chrétienne se juxtaposait et bientôt s'opposerait l'humanisme païen; c'est la résurrection de la mentalité antique, non telle quelle, ce qui ne se pouvait, mais sous une inspiration d'ardente révolte contre la compression du système chrétien. Amour de la gloire, passion du beau, culte du moi, c'est toute une nouvelle manière de prendre la vie, une nouvelle manière d'envisager le monde. Il est clair que tous les humanistes ne font pas la volteface complète, et que chez un bon nombre le christianisme prédomine encore. D'autres pourtant allèrent au paganisme pur, et entrèrent en lutte ouverte avec l'Eglise, surtout en Allemagne : guerre d'autant plus redoutable que l'invention de l'imprimerie permettait une plus large diffusion à cette littérature de pamphlets. D'autres enfin, sans rompre consciemment avec l'ancienne religion, se laissèrent tellement envahir par l'esprit nouveau, qu'on sent, à travers toutes leurs précautions et leurs protestations, que la pente de leur amour profond les mène autre part qu'au Christ et à l'Eglise. Non seulement un Rabelais, — ce joyeux amant de « Physis » qu'une fortune ironique avait jeté pour un temps dans l'école de saint François, — mais un Érasme peut-être et plus tard un Montaigne, quelle que soit la sincérité de leurs professions de foi explicites, n'ont plus, ce semble, le véritable esprit chrétien.

Libre examen, inquiétude intellectuelle, réveil du paganisme et rejet de la tradition, défiance ou haine de l'autorité, essai de contact direct avec le Christ dans l'Evangile et sans l'Eglise, tous ces courants divers, renforcés encore par l'esprit d'aventure qui semble avoir animé le xv® siècle, le siècle des condottieri et de la découverte de l'Amérique, rendraient une catastrophe inévitable au jour où ils viendraient à confluer en une puissante personnalité. Ce serait l'originalité de Luther, non de créer, mais de concentrer, de précipiter en sa personne ces tendances diffuses, de les vivifier de sa fougue endiablée, et par là de multiplier leur pouvoir dissolvant. Humanistes déjà émancipés de la discipline catholique, théologiens fîdéistes, clercs impatients du joug, petits princes allemands épris d'autonomie politique et religieuse, hobereaux envieux de quelque riche abbaye trouveraient en lui le chef attendu. On aurait pu croire la masse des fidèles moins accessible aux idées des novateurs. Au xv* siècle, malgré bien des misères morales, la foi garde sur le peuple une vigoureuse emprise, et l'incrédulité n'a point desséché la dévotion. En France, la merveilleuse histoire de Jeanne d'Arc, et les percées qu'elle ouvre sur l'âme des foules, montrent que « la créance » chrétienne y était encore fort vivace; en Allemagne et dans les Pays-Bas, la vie des fidèles, telle que la font connaître l'histoire de sainte Lidwine, les livres de prière et d'édification, la peinture religieuse, apparaît pénétrée d'une piété franche, profonde, paisible ^ 11 semble pourtant que la multiplicité des pratiques

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