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recrute tout d'abord, dans un milieu de ferveur intense et d'intense charité. La congrégation de Saint- Sulpice, appelée à fonder et à diriger tant de séminaires en France, aux Etats-Unis et au Canada, fut avant tout une école de vie intérieure : en l'instituant, M. Olier se proposait moins d'accroître le nombre des érudits et des savants que celui des bons prêtres, exercés aux vertus chrétiennes et cléricales, surtout à l'oraison mentale qui en est la source et la vie^. C'est par cette prééminence donnée à la perfection intérieure qu'il entendait renouveler la vie sacerdotale des Sorbonnistes eux-mêmes, et que de fait lui et ses disciples formèrent ces hommes si excellemment prêtres, qui donnèrent au vieux clergé de France son cachet de piété sérieuse et d'austère dignité. Bien caractéristique aussidela mêmetendance est la ligne de conduite adoptée par le Père Surin lorsqu'on l'envoie exorciser les Ursulinesde Loudun. Surin croit de toute son âme à la réalité de la possession diabolique, il estime fort les exorcismes de l'Église, et cependant ce n'est pas principalement par leur moyen qu'il prétend chasser le diable, mais en « cultivant l'intérieur », par le moyen de l'ascèse et de la mortification. Il ne voulut « regarder les diables que comme une inclination naturelle, à la vérité un peu forte ; pour eux on n'en ferait ni plus ni moins ^ ». Il réussit par cette voie, là où les autres exorcistes avaient échoué.

1. « Potissime autem incumbet societas tradendis et promovendis virtutihus, tumchristianis, tum clericalibus, praecipue vero orationi mentali, quMe fons est et vita virtutum, cujiis ope unica eruni perfecli, sicut eorum Pater caelestis perfeclusest. » Divers écrits spirituels de M. Olier, t. I, p. 43.

2. Surin, Triomphe de Vamoxir divin dans la possession... de Loudun, Avignon, 4829, p. 403.

Les hommes vraiment intérieurs, les femmes saintes et fortes sont alors légion. A côté de M"^®'Acarie. de M. Vincent, de M. Olier, il faudrait citer et étudier M"® Legras, le P. Eudes, Bérulle, Condren, le baron de Renty, Kériolet, Bourdoise, Bernard le pauvre prêtre, et tant d'autres ; il faudrait parler des Eudistes et de l'Oratoire et de cette institution longtemps mystérieuse, la Compagnie du Saint-Sacrement. La seconde Marie de l'Incarnation (Marie Guyard, veuve Martin, Ursuline, 1599-1672) mérite une mention spéciale pour l'union surprenante des états mystiques les plus hauts avec une vie active qui, dans son magasin de Tours et dans ses cabanes de Québec, paraît avoir été plus distrayante encore que celle de sainte Thérèse; on Ta justement appelée la Thérèse du Canada. Toute son époque revit dans ce portrait qu'on a tracé d'elle : « Son air avait quelque chose de si grand et de si admirable qu'on s'arrêtait dans la rue pour la voir passer. Ses traits étaient réguliers, mais c'était une beauté mâle, et l'on y voyait toute la grandeur de son courage. Elle était forte et bien constituée, d'une humeur très agréable; et quoique la présence de Dieu, qu'elle avait continuelle, lui donnât je ne sais quoi de céleste et qui imprimait le respect, on n'était cependant jamais embarrassé ni gêné avec elle... (C'était) une des plus spirituelles femmes de son siècle : ... tour ingénieux,... simplicité noble,... pénétration et... solidité de jugement ^ » Voilà bien, trait pour trait, la France dévote de la première moitié du XVII® siècle, fusion admirable de la nature et du

i. Charlevoix, Vie de la Mère Marie de l'Incarnation, édition de 186-2, p. 398, 399.

surnaturel, une des plus éclatantes réussites du catholicisine que l'histoire ait jamais connues.

La formule de cette période delà piété a été donnée par saint François de Sales : « Non, Philothée, la dévotion ne gaste rien quand elle est vraye, ains elle perfectionne tout... C'est une erreur, ains une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compaignie des soldatz, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du mesnage des gens mariés ^.. »

Saint François de Sales. — Quel que soit l'éclat des autres noms, le grand maître de la spiritualité française, au xvii^ siècle, demeure saint François de Sales. Il mourut en 1622, mais son influence, considérable de son vivant, ne cessa de s'étendre après sa mort, par ses livres, par l'ordre qu'il avait fondé, par les amis qu'il s'était faits partout. Son Introduction à la vie dè<^ote dont le passage que nous venons de citer résume assez bien le dessein, moins considérable par le fond doctrinal que le Traite de l'Amour de Dieu, est peut-être, pour un historien du mouvement religieux, plus importante. Saint Ignace avait montré, dans sa Compagnie, que la vie religieuse n'était pas indissolublement liée à ses formes traditionnelles. Le fondateur delà Visitation, en ouvrant ses monastères aux santés faibles, faisait sentir que l'austérité matérielle, n'étant qu'un moyen, pouvait parfois être sacrifiée. Dans son petit livret, il établit que la perfection n'est pas inséparable de l'ascétisme organisé et monastique et qu'on peut la réaliser jusque dans la vie commune du monde.

4. Introduclion à la vie dévote, P. I, ch. m, édition d'Annecv, 1893, p. 20.

LA RELIGION CHUETIENNE. 913

]J Introduction devint comme le miroir de la femme chrétienne dans le monde. « Les RR. PP. Jésuites, disait sainte Chantai en 1C27, le conseillent incessamment et le donnent pour guide aux religieuses de sainte Ursule qui enseignent les filles ^ » h' Introduction est admirable par sa discrète psychologie, par sa douce piété. « La dévotion, écrit le bon évêque, est le vrai sucre spirituel... Si la charité est un lait, la dévotion en est la cresme-. » Comme des cerises, abricots et fraises, « nos cœurs, quoyque fresles et imbéciles, sont préservez de la corruption du péché, lorsqu'ils sont sucrez et emmiellez de la chair et du sang incorruptible du Fils de Dieu ^ », On conçoit que ce joli livre soit entré là où ne pénétraient pas les laborieux opuscules spirituels du xvi^ siècle, généralement farcis d'abondantes citations d'Epictète, de Sénèque et des saints Pères. Tout le monde sait par ailleurs quel détachement vraiment chrétien saint François prêche à Philothée, malgré la suavité fleurie des métaphores''.

On peut remarquer du reste que l'austérité foncière de cet ascétisme alla s'accentuant avec les années. Tout le long de sa carrière, François de Sales insista sur ce capital principe qu'une seule chose importe, le don de la volonté à Dieu; le reste, plaisir ou déplaisir sensible, est négligeable. « Ne vous attristez donc point, disait-il au début, si vous sentez les répugnances ou les goûts de la nature. »

\. Sainte Cua>tal, Œuvres, Paris, 1875, t. 111, p. 213.

2. Introduction à la vie dévote, P. I, ch. ii; éd. d'Annecy, p. 18,19.

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