‹ ChristusChapitre 259 sur 284 · Dbnzinger-Bannwart, n · texte numérisé non relu

Dbnzinger-Bannwart, n

goûtaient médiocrement la scolastique ; ils lui préféraient de beaucoup la théologie aux allures plus libres, telle que les Pères Pavaient pratiquée. Mais ce qui était bon au ly* siècle ne suffisait plus au xiii® : il est malaisé à la théologie de faire manœuvrer ses spéculations hors d'un domaine philosophique déterminé. Si l'on quitta l'aristotélisme enrichi, précisé, puissamment organisé et « christianisé » du moyen âge, ce fut pour donner dans le cartésianisme ; et, détail piquant, les plus hospitaliers au système nouveau furent précisément les radicaux de l'archaïsme, les jansénistes ^ qui se trouvèrent ainsi préparer l'avènement du philosophisme. La papauté défendit au contraire la scolastique contre les accusations de rationalisme dont on la poursuivait : elle en assurait ainsi la continuation et en préparait la renaissance dans le dernier quart du xix® siècle.

Or, quoi qu'il en soit des apparences, défendre la scolastique dans le domaine de la théologie, c'était défendre le principe du progrès. Quelques-uns des archaïsants étaient, par les tendances au moins, fixistes. Il leur fallait bien, forcés parles textes, admettre que les Pères avaient parfois, dans leurs spéculations, différé entre eux, que les plus tard venus avaient, dans l'expression, une exactitude qui manquait aux plus anciens. Là s'arrêtaient les concessions. On répugnait à reconnaître dans les époques postérieures un pareil progrès du dogme. Voyez comment Bossuet parle, dans sa Gallia Orthodoxa, de l'infaillibilité pontificale 2, et les raisons qu'il apporte pour ne pas croire à sa définition. A quoi il était

1. F. Brunetière, Études critiques, t. IV. Jansénistes et Cartésiens.

2. « Quin dubia illa infalUbilitas, ne infallibilitas quidem est a

poussé tant par son amour de l'antiquité que par son désir de convertir les protestants. Mais ici encore Thistoire lui donna un démenti. Le principe du développement est un de ceux sur lesquels a le plus volontiers et le plus fructueusement insisté la pensée catholique au xix* siècle, et cela, précisément pour répondre aux besoins delà controverse protestante et par amour de l'antiquité chrétienne mieux connue. Enfin l'Église a défini l'infaillibilité, accentuant par là son catholicisme, aimant mieux enrichir ses enfants d'une vérité surnaturelle de plus que d'estomper les différences entre elle-même et l'hérésie.

Si les grands hommes auxquels il était tout à l'heure fait allusion méritent, à quelques égards, par leur amour un peu exclusif de l'antiquité chrétienne, d'être rangés parmi les archaïsants, il ne serait pas équitable de négliger ce qui, dans leur oeuvre, fut, pour l'Eglise catholique, une force et une gloire. Bossuet poussa, sur la fin, jusqu'à l'atténuation du progrès dogmatique la crainte des « variations » : cette timidité ne permet pas d'oublier les puissantes parties de théologien, de polémiste et d'historien même ^ , dont il fit preuve dans ses longues et fécondes

Christo concessa, qui, si eam concessisset, Ecclesiae quoque suas jam inde ab initio revelaturus esset, ne in dubio relicta, nec satis revelata, nec perspicue traditione lundata, esset inutilis » (n. xcvii). Dans sa Défense de la tradition et des Saints Pères, où il a si souvent raison contre K;cliard Simon, botsuet laisse voir à chaque page qu'il « n'a pas eu suflisamment, — et ses contemporains l'avaient peu, — la notion de ce développement doctrinal que Franzelin et surtout Newman nous ont rendue familière » (Largent, article Bosstiet, Dict. de théol. cathoL, H, col. 1088). Voir encore le s\\ième Avertissement aux protestants où il s'attache à justifier de toute incertitude, de toute erreur, le langage et la doctrine des écrivains anténicéens qui lui étaient objectés par Jurieu.

1. Voir là-dessus A. Rébelluu, Bossuet historien du Protestantisme 3^ Paris, 1909.

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controverses avec les protestants. Les AviSy V Histoire des VariationSy la Correspondance avec Leibniz, la conversion de Turenne suffiraient à illustrer une existence. Loin de s'absorber dans ces travaux, l'activité de l'évêqae de Meaux se donna carrière en tant d'autres terrains qu'il faut faire effort pour voir là, dans sa vie, plus qu'un épisode. L'admirable catéchiste, l'orateur souverain des Sermons, le divin poète des Elévations et des Méditations sur l'Evangile, l'auteur de la Politique, du Discours sur l'Histoire Universelle, fut certes autre chose que l'adversaire, parfois un peu étroit, de Richard Simon, le contradicteur un peu trop heureux de Fénelon. 11 ne serait pas moins injuste de résumer toute l'activité religieuse de celui-ci en une controverse et une influence subie. L'auteur des Maximes des Sain/s est aussi l'auteur des Lettres spirituelles.

Quant au renouveau des sciences sacrées qui s'inaugura dans la première partie du xvii« siècle, avec les travaux de Sirmond et de Petau, et atteignit son apogée dans ceux du grave Tillemont, de l'admirable Jean Mabillon et de ses frères les Bénédictins de Saint-Maur, il n'est pas excessif de dire que notre connaissance de l'antiquité chrétienne vit encore sur ce fonds. Éditions de textes, commentaires, travaux lexicographiques, création de méthodes plus sévères et développement des sciences auxiliaires de l'histoire, que ne doit-on pas à cette pléiade d'érudits — presque tous catholiques, en grande majorité français — qu'on n'a dépassés, durant le siècle qui vient de finir, qu'en se mettant à leur école? Toutes les classes de la société religieuse fournirent des recrues à cette glorieuse troupe : séculiers comme Huet, Fleury et

les grands Sorbonnistes, Oratoriens comme Thomassin et Richard Simon, Jésuites, Dominicains, Bénédictins, de Papebroch à Goar, de d'Achery à Ruinart et à Montfaucon; laïques enfin : tels Valois, Baluze, du Gange. On ne relève ici que peu de noms, et presque au hasard.

Les Casuistes. — Une quasi-création des derniers siècles avait été la théologie morale. L'étude de la .morale chrétienne théorique et pratique avait, surtout depuis saint Antonin de Florence (-(- 1459), pris un tel développement qu'elle avait fini par s'organiser à part. La discussion pratique des cas difficiles dans lesquels la conscience peut se trouver engagée, et dont le confesseur doit donner la solution, avait formé une sorte d'annexé distincte, la casuistique. Fatalement, affaire de doctrine ou de tempérament, les casuistes se divisèrent en écoles. Il y en eut de sévères, il y en eut de larges, et ces derniers accaparèrent pour eux seuls le titre désormais compromettant de casuiste. Le casuiste, ce fut le théologien qui met la subtilité au service du relâchement. Jansénistes et archaïsants leur étaient fort hostiles, et il faut avouer que plusieurs étaient arrivés à des propositions simplement scandaleuses. Rome condamna nombre de ces excès (« laxistes »), comme aussi du reste les principes mêmes du système opposé, le rigorisme. Quant au principe général sur lequel s'appuyaient les casuistes, et dont plusieurs abusaient, principe regardé comme une grave erreur par Pascal, Bossuet, Thja'se Gonzalez, général des Jésuites, par les Dominicains et beaucoup d'autres, savoir le probabi-

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lisme, l'Eglise ne consentit jamais à le réprouver. Du reste, plus d'un qui le rejetait commençait par ne pas le comprendre. Le système ne soutient pas, en effet, qu'on puisse faire une action lorsqu'il est seulement probable qu'en la faisant on ne pèche pas. Aucun docteur catholique n'a jamais permis d'agir ainsi avec une « conscience douteuse ». La conscience doit être certaine de bien faire : il faut agir à coup sûr. Le probabilisme consiste à dire que, lorsqu'il est seulement probable et non pas certain^ qu'une loi s'applique à tel cas déterminé, on peut se (f former la conscience » en réfléchissant qu'une loi douteuse n'oblige pas. A défaut d'une certitude théorique, impossible à avoir par hypothèse, on a une certitude pratique de ne rien faire de mal en usant de sa liberté. Mais il faut que la probabilité soit sérieuse. Impossible, par exemple, de savoir si c'est aujourd'hui jeudi ou vendredi. Suis-je tenu à l'abstinence? Un docteur tutioriste me dira d'aller au plus sûr, et, quand même il n'y aurait qu'une raison légère en faveur du vendredi, de faire abstinence. Un laxiste au contraire me dira que le plus léger doute peut me dispenser. Le prohahilioriste dira : il faut choisir la solution qui a pour elle les raisons les plus graves; Véquiprobabiliste veut qu'il y ait de part et d'autre des raisons à peu près égales ; le probabiliste, enfm, demande que les raisons pour la liberté soient simplement sérieuses. Laxistes et tutioristes ont été condamnés. De même certaines applications fautives du probabilisme. Le probabilisme lui-même ne l'a jamais été. Pie IX en élevant saint Alphonse de Liguori au rang de docteur de l'Eglise, a-t-il voulu témoigner quelque préférence

à l'équiprobabilisme? A coup sûr, si une tendance a été directement atteinte par cette exaltation, c'est le rigorisme. Quant au probabilisme modéré, que saint Alphonse du reste professa longlemps\ il continue à être hautement soutenu dans l'Eglise ; il est publiquement enseigné à Rome même, sous les yeux du pape. Au reste, bien que ces controverses continuent d'échauffer les théoriciens, les différences d'école, en cette matière, n'ont pas l'influence qu'on pourrait croire sur la pratique des confesseurs.

La Pièlé. — Sur le domaine de la piété aussi, il y eut lutte et progrès. Saint François de Sales l'avait laissée en France, souriante de forme, austère de fond, et en somme dilatante. A la suite, diverses écoles se formèrent; celle des Oratoriens, par exemple, plus spéculative d'allure et toute orientée vers la dévotion au Verbe incarné ; celle des Jésuites, où prédomine l'effort de la volonté dans la lutte méthodique pour l'acquisition des vertus (examen particulier, retraites annuelles. Mais, en face de cet ascétisme traditionnel qui ne s'interdisait pas le sourire, un autre s'organisa, tout de rigueur.

Le Jansénisme avait une haute idée de l'indépendance de Dieu; il en avait une moindre de sa bonté. Rien de cette discrétion douce que l'évêque de Genève avait tâché d'inspirer à la Mère Angélique au temps où il la dirigeait. Outrance, tension de l'âme, dureté systématique. Voyez le règlement plus qu'étrange imposé aux petites pensionnaires de Port-RoyaP. L'état d'âme des solitaires est

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