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II. — Le dogme catholique et ses luttes

Le Christianisme catholique n'a pas cessé, au cours du xix^ siècle, de s'affirmer comme la Vérité religieuse absolue. On peut commodément distinguer trois moments dans l'attitude intellectuelle du catholicisme pendant cette période, selon qu'il s'est trouvé en présence de l'état d'esprit romantique^ — du rationalisme scientifique à son apogée, — du sentimentalisme agnostique et du pragmatisme.

1. Le Romantisme. — Au lendemain de la Restauration, l'avenir intellectuel semblait beau pour l'Église. Époque pleine de promesses que celle où le Pape rentrait en triomphe dans Rome pour inaugurer une sorte de renaissance des sciences et des arts, longtemps réduits au silence par le fracas des luttes révolutionnaires et impériales. Le renouveau avait commencé en France avec le Génie du Christianisme (1802). Voltaire n'était plus à la mode : tout le charme de Rousseau semblait avoir, avec Chateaubriand, passé au service de l'Église. « La religion, l'honneur, la royauté, écrivait Bonald, ont aujourd'hui en France la force des choses antiques et la grâce d'une nouveauté. » En Allemagne, en

Autriche, des conversions notables éclatant coup sur coup, dans le monde littéraire et artistique ou dans le monde tout court, permettaient d'escompter le jour où le cerveau germanique se reprendrait à penser catlioliquement. On citait les noms de Cl. Brentano, de Z. Werner, du comte de Stolberg, de Goerres, — et cette dernière conquête valait une armée. Ceux-là même qui restaient aux confins du catholicisme, ou qui se trompaient jusqu'à voir dans la doctrine de Hegel la réconciliation du christianisme et de la philosophie moderne, étaient des âmes religieuses, dont l'inquiétude et les élans valaient mieux, à tout prendre, que le paganisme olympien d'un Goethe. Tandis que le mouvement d'Oxford se préparait, sir Walter Scott remettait à la mode, Outre-Manche, toute la poésie du moyen âge. Lamartine faisait écho dans ses Harmonies à l'Hymne au C/uist d'Alexandre Manzoni. Jacques Balmès grandissait en Espagne, pendant que Lamennais, dans tout l'éclat de son génie, n'inquiétait alors que de rares penseurs. Jours d'espoir et de poésie, jours d'illusion! On parlait des « consolations de la religion », de sa « beauté ». Les jeunes opposaient à l'art antique, à l'art païen, l'art chrétien, romantique et médiéval. On s'attendait à voir éclore un siècle brillant, fécond et neuf ^

Le siècle d'or ne vint pas, ni même la grande renaissance de la pensée catholique qu'on avait espérée. Pourquoi tant de beaux germes donnèrentils si peu de fruit? La question a été posée. Plaise

1. Cf. WiLFRiD Ward, dans The life and fîmes of tard. Wisemayi, et dans Problems and Persons, Londres, 1903, pp. 30 et sqq., 83 et sqq; — 6. Goyau, l'Allemagne religieuse, le Catholicisme, I.

à Dieu que quelqu'un se trouve à même, un jour, de donner la réponse ; elle sera pleine d'enseignement. Pour ce qui est de la France, c'est au zèle maladroit du pouvoir que Lamennais attribua le retour offensif d'impiété qui se signala par une diffusion nouvelle des œuvres de Voltaire et de Rousseau; il voit encore une source du mal dans le catholicisme incomplet des gallicans. Peut-être convient-il de généraliser une autre réponse qu'il suggère, et de dire que si cette brillante aurore ne fut pas suivie d'un beau jour, la cause principale en fut, non seulement en France, mais partout, dans le caractère superficiel des études philosophiques et théologiques. On se laissa éblouir par les besoins immédiats, qui étaient pressants, par l'actualité : on n'alla pas jusqu'à la source du mal. On ne songea pas à confronter la pensée moderne avec la théologie traditionnelle que les maîtres d'alors connaissaient peu, ou connaissaient mal. Pour être efficace, l'apologétique devrait fleurir, comme par surcroît, d'une philosophie religieuse assurée, d'une théologie retrempée aux sources de la foi, d'une connaissance de l'histoire acquise par un long et méthodique effort. Mais alors on cultiva ce genre dangereux pour lui-même. On dut masquer, tant bien que 'mal, par l'éloquence des mots, par la divination du génie, par le brillant incertain de théories improvisées, d'irréparables lacunes. Les meilleurs apologistes furent des laïques, des prêtres insuffisamment initiés aux sciences ecclésiastiques, ou lancés avant l'heure dans des discussions pour lesquelles le zèle ne supplée pas à tout. Le talent peut suffire au novateur pour se faire un groupe de

disciples et tracer, à travers les alluvions de la libre-pensée, des dérivations originales : il ne suffit pas à qui doit rallier les esprits à une doctrine établie, défendre une religion d'autorité, déblayer ou élargir le lit du grand fleuve traditionnel.

On le vit bien dans le cas de ceux même qui poussèrent l'estime de la tradition jusqu'au dédain de l'intelligence humaine : désespérant de cette raison individuelle que la Révolution avait prétendu déifier, Bonald, Lamennais, et nombre de penseurs catholiques après eux, cherchèrent plus haut un principe d'unité pour les esprits. Ils le trouvèrent soit dans la Révélation divine transmise de génération en génération, soit dans un consentement général, assez apparenté aux notions mises jadis en honneur par Rousseau. L'Eglise refusa de souscrire à cette déchéance de la raison ; le traditionalisme, sous aucune de ses formes, ne réussit à se faire tolérer. Mais quelque chose — la tendance à donner au nombre, au peuple librement consulté, la prépondérance en droit comme en fait, — se transmit de Lamennais à presque tous ceux qui furent ses disciples.

Il ne serait pas juste de passer, pour autant, sous silence les grands hommes que la défection de leur maître n'entraîna pas hors de cette Église que Lamennais avait d'abord si ardemment servie. N'eussent-ils été que des voix, Charles de Montalembert, Henri Lacordaire auraient bien mérité de leur temps, qui les écouta, les respecta, et parfois les suivit. Ils furent bien plus que cela ; et les travaux historiques du premier, les Conférences imprimées du second.

les admirables exemples de tous deux, ont continué d'édifier, d'éclairer ou d'émouvoir. Toute une génération d'hommes instruits, avec des aspirations généreuses, des vertus exemplaires, des talents divers et souvent très distingués, prolongea leur influence après avoir subi leur maîtrise.

Serait-il excessif de dire que l'école — au sens large — des catholiques libéraux prolongea aussi, et transmit jusqu'à notre temps un reste d'illusions romantiques hérité de leurs premiers chefs? Ni Falloux, ni Cochin, ni A. Dechamps, ni le duc Albert de Broglie, ni le vaillant et pieux évêque que fut M^"^ Dupanloup — ni même Gratry, ce noble penseur, — n'en ont été tout à fait exempts. On peut, maintenant que la poussière des controverses est tombée, le reconnaître et le dire, sans refuser à ces bons serviteurs de l'Eglise le pieux respect qui leur est dû.

2. Le Rationalisme scientifique, — Cependant, aux idéalistes de l'âge romantique succédaient peu à peu des hommes épris de faits exacts et précis, partant disposés à voir dans la science un moyen de connaître universel. L'idée d'évolution vint à temps pour féconder un mouvement auquel les découvertes scientifiques de tout ordre donnaient une allure triomphale, et presque sacrée. On crut avoir trouvé les explications dernières des choses, — celles du moins que la sagesse un peu courte des positivistes, le découragement intellectuel, la lassitude des systèmes faisaient considérer comme seules accessibles. La Science, au milieu de ces ruines métaphysiques, subsistait, avançait, construisait « ce petit édifice de

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la vérité », dont parle Renan, qui est « d'acier, et monte toujours ».

Non satisfaits du positivisme orthodoxe, décidément trop sec, et d'ailleurs effarés en face du complément mystique dont Auguste Comte prétendait le couronner, certains de ces hommes replaçaient le mystère à la limite du connaissable, et dressaient, au delà des forces humaines, un autel au Dieu inconnu. Herbert Spencer livre tout le positif à révolution, et adore l'Inconnaissable. D'autres retrouvent et nuancent la tradition panthéiste de Spinoza, depuis Hippolyte Taine, jusqu'aux adeptes du monisme dit « scientifique » ou poétique, un Haeckel, un J. M. Guyau, un Nietzsche.

En face de ce « scientisme », qu'un de ses adeptes les plus fervents, Thomas Huxley, devait appeler, non sans justesse, la Religion de la Science, les défenseurs de l'Église ne perdirent pas cœur. Longtemps avant le milieu du siècle, les apologistes avaient voulu descendre eux aussi sur le terrain scientifique, et battre l'adversaire avec ses propres armes. Leur tort fut peut-être d'accorder trop de crédit à des méthodes encore fort peu assurées, à des résultats très contestables. Au rationalisme on opposa, en particulier, sur le terrain scripturaire, le Concordisme. Ce procédé apologétique consiste, pour établir la vérité de la religion, à montrer la concorde de l'Écriture et des sciences modernes : on s'efforcera, par exemple, de retrouver dans les jours de la création énumérés par la Genèse, les diverses phases du développement géologique. Les concordistes partaient de deux principes indubitablement catholiques : l'accord de la foi et de la raison ; la vé-

racité non seulement religieuse, mais historique, de rÉcriture. Mais doués d'un sens critique insuffisant, ils ne surent pas toujours distinguer ce qui était l'affirmation de l'écrivain sacré d'avec ce qui était moyen d'expression littéraire. Placés par surcroît en face d'un terme de comparaison qui variait avec les progrès et les reculs d'une science en marche, ils n'obtinrent pas tous les résultats espérés. Leur méthode hâtive décria même la cause qu'ils voulaient servir, et contribua pour sa part à préparer la réaction antiintellectualiste, mais hérétique, du Modernisme ^ Les plus connus des concordistes ont d'ailleurs obtenu sur d'autres terrains des résultats plus durables, et certains (le cardinal N. Wiseman, Auguste Nicolas, entre autres) exercèrent une influence étendue et fort heureuse.

Ce fut toutefois un mouvement plus fécond, que la renaissance de la scolastique, commencée sous Pie IX par des hommes tels que San Severino, J. Kleutgen, M. Liberatore, J. Scheeben, hautement patronnée parlespapes, selon une tradition qui ne futjamaisplus heureusement renouée. Coïncidant avec un travail mieux dirigé, mieux outillé, d'érudition positive : rappelons seulement la reprise de l'œuvre Bollandienne; les publications de l'abbé J. P. Migne ; la réédition de Maldonat, de Petau, des Bénédictins de Saint-l^Iaur; les travaux d'Hefele, deFreppel, du commandeur J.-B. de Rossi, de Doellinger, encore catholique sans épithète, des cardinaux Pitra et Franzelin, — cette renaissance de la pensée scolastique

1. Voir l'article Critique biblique, par A. Durand, dans le Dictionnaire ap. de la Foi catholique, éd. A. d'Auès.

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culminadans une œuvre grandiose, les Consiitutions dogmatiques du Concile du Vatican. Nulle part ne s'accuse plus nettement le caractère du catholicisme au xixe siècle. Les Constitutions Vaticanes sont, en effet, une œuvre de conservation, non de conquête doctrinale ; une œuvre positive, d'affirmation, d'autorité, non de discussion et de recherche ; une œuvre anonyme et collective, où les initiatives et les talents particuliersqui s'y employèrent, encore que considérables (Ms"" Pie, le C*^ Dechamps, M^"- Conrad Martin, J. Fessier, J. B. Franzelin, etc.), s'effacent pour laisser toute la place au Magistère ecclésiastique. C'est l'Eglise qui parle, et définit, avec une incomparable majesté, sa position vis-à-vis des négations rationalistes. Pour la première fois sans doute, on voit un Concile œcuménique, non content d'affirmer les dogmes spécifiquement chrétiens en face des détorsions hérétiques, s'arrêter longuement aux vérités premières, naturellement connaissables, de l'ordre religieux.

« La sainte Église notre mère tient et enseigne que, par la lumière naturelle de la raison humaine, Dieu, principe et fin de tout ce qui est, peut être connu avec certitude au moyen des choses créées. Car, depuis la création du monde, ses invisibles perfections sont vues par l'intelligence des hommes, au moyen des êtres qu'il a faits. — Si quelqu'un dit que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et Seigneur, ne peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine : qu'il soit anathème.

« La sainte Église catholique, apostolique, romaine croit et confesse qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, Créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini en intelligence, en volonté et en toute perfection. Étant une substance spirituelle unique, absolument simple et immuable, il doit être déclaré

distinct du monde en réalité et par son essence, bienheureux en lui-même, et par lui-même, et indiciblement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir hors de lui. — Si quelqu'un nie le seul vrai Dieu, Créateur et Seigneur des choses visibles et des invisibles ; ou ne rougit pas d'affirmer qu'il n'existe rien en dehors de la matière ; ou prétend que la substance ou l'essence de Dieu et de toutes choses est une et la même ; ou dit que les choses finies, soit corporelles, soit spirituelles, ou du moins les spirituelles, sont émanées de la subslance divine ; ou enseigne que l'essence divine devient toutes choses par la manifestation ou l'évolution d'elle-même ; ou soutient enfin que Dieu est l'être universel et indéfini qui, en se déterminant, constitue l'ensemble des choses et leur distinction en genres, en espèces et en individus : qu'il soit anathème.

« Par la lumière naturelle de la raison, Dieu peut être connu avec certitude : néanmoins il a plu à sa sagesse et à sa bonté de se révéler lui-même, et les éternels décrets de sa volonté, par une autre voie, et cela par une voie surnaturelle, suivant ce que dit l'Apôtre : « Après avoir parlé autrefois à nos pères à plusieurs reprises et de plusieurs manières par les prophètes, de nos jours enfin Dieu nous a parlé par son Fils. » Et il a plu à Dieu de joindre aux secours intérieurs de l'Esprit-Saint des preuves extérieures de sa révélation, c'est-à-dire des faits divins, surtout des miracles et des prophéties, qui, manifestant clairement la toute-puissance et la science infinie de Dieu, font reconnaître la révélation divine à des signes très certains et appropriés à l'intelligence de tous. — Si quelqu'un dit qu'il ne peut se faire ou qu'il n'est pas expédient que l'homme soit instruit, par révélation divine, sur Dieu et sur le culte à lui rendre; ou nie que la révélation divine puisse être rendue croyable par des signes extérieurs, et soutient par suite que les hommes doivent être amenés à la foi seulement par une expérience interne et personnelle, ou par une inspiration privée : qu'il soit anathème.

« Or, afin que nous puissions satisfaire au devoir d'embrasser la foi véritable et d'y persévérer constamment, Dieu par son Fils unique a institué l'Église, et il l'a revêtue de signes manifestes de son institution, de telle sorte qu'elle

puisse être reconnue de tous comme la gardienne et la maîtresse de la parole révélée. Car c'est à la seule Église catholique qu'appartiennent toutes ces marques, si nombreuses et si frappantes, ménagées par Dieu pour rendre évidente la crédibilité de la foi chrétienne. Bien plus, à cause de son admirable propagation, de sa sainteté éminente, de son inépuisable fécondité en toutes sortes de biens, de son unité catholique et de son invincible stabilité, l'Église est par ellemême un grand et perpétuel motif de crédibilité, et un irréfragable témoignage de sa divine mission. Ainsi, comme un étendard élevé aux yeux des nations, elle invite et attire ceux qui n'ont pas encore cru, et assure à ses enfants que la foi qu'ils professent repose sur un très ferme fondement i. »

3. Le Sentimentalisme agnostique et le Mode?-" nisme. — Cette magnifique profession de foi, qui vise avant tout les négations rationalistes alors à l'ordre du jour, fixait du même coup la position de l'Église catholique en face du sentimentalisme protestant, auquel elle commençait de prendre garde.

Pour aller aux origines de ce mouvement qui aboutit, en suivant avec l'inflexibilité d'une logique rigoureuse le principe authentiquement posé par Luther, à la religion sans dogmes qu'est le protestantisme libéral, et au catholicisme affadi, protestantisé, que fut le modernisme, — on doit remonter jusqu'à Kant. Il peut sembler paradoxal de mettre une tendance sentimentaliste sous le patronage du rationaliste auteur des trois Critiques. Fils légitime du xviii® siècle et ennemi déclaré de tout ce qui sentait le « fanatisme », Kant ne pouvait goûter l'interprétation sentimentale de la religion. Toutefois,

1. On a utilisé, en la citant, la belle traduction du P. R. de la Broîse, Un siècle, lll, 1.

son rationalisme même, mêlé aux restes de l'éducation piétiste qu'il avait reçue, en a fait (on l'a dit très justement) le « philosophe du Protestantisme ». Il donna des bases intellectuelles à l'anti-intellectualisme, des raisons à l'anti-dogmatisme protestant. Sous cet aspect négatif, et bien qu'il propose, pour tenir la place occupée dans le christianisme traditionnel par le dogme, un tout autre suppléant qu'eux, Kant travailla dans le même sens que Schleiermacheret Jacobi. m' yn'-^-i

De même que la doctrine luthérienne dérive là ioi d'un sentiment de confiance, et non d'une illumination intellectuelle, de même c'est sur la volonté morale, non sur la spéculation rationnelle, que Kant établit la certitude sur Dieu et l'âme qu'il appelle foi. Cette foi ni ne croit sur l'autorité de la révélation divine, ni n'aperçoit la raison intrinsèque de la vérité des choses : elle affirme, parce que son affirmation semble nécessairement postulée par les exigences de la raison pratique. On affirmera l'existence de Dieu parce qu'on doit travailler à l'union stable de la moralité et du bonheur, et que cette union requiert un Dieu. Touchant les dogmes des religions positives, Kant souhaite qu'ils soient peu â peu absorbés par la religion naturelle : il avoue pourtant qu'il a fallu que celle-ci fût précédée d'Églises empiriques, munies d'un culte et de symboles positifs : le passage de ces Eglises à la religion naturelle, c'est pour lui l'approche du royaume de Dieu. La révélation positive, étant contingente, ne peut obliger l'homme comme tel, et il n'y a point de doute que la législation de la volonté divine ne soit purement morale. Finalement donc, la foi naturelle, die-

tée par la raison pratique, absorbe en soi toute vérité religieuse.

A l'élément doctrinal, intellectualiste, chassé par Kant du domaine religieux, Schleiermacher supplée, non par la « foi », mais par le sentiment. 11 substitue ainsi au froid moralisme du philosophe, une force instinctive, vibrante et profonde : sa doctrine est la forme romantique de Tanti-dogmatisme. L'essence de la religion consiste pour lui dans un sentiment d'absolue dépendance par rapport au Tout, à l'Univers, au divin Cosmos : la certitude qui accompagne ce sentiment est la foi. Qu'on ne songe pas ici à une dépendance morale : l'expérience de la communion du moi avec l'Univers, toutes les fois qu'elle est origiaale, est une révélation communiquée aux hommes par celui qui en fut le sujet, et fait de celui-ci un médiateur : le Christ fut le plus grand de ces médiateurs parce que son expérience fut plus « divine ». Il n'a pas été et « n'a jamais prétendu être le seul Médiateur* ».

Cette religion du sentiment pur, ce christianisme sans dogmes, et presque sans Christ, ne pouvait suffire longtemps aux âmes religieuses. Tandis que la fraction radicale des disciples de Hegel, appliquant aux origines chrétiennes les idées de leur maître, volatilisait avec David Frédéric Strauss, caporalisait avec F. C. Baur, l'histoire humaine du Christ et les récits des temps évangéliques — quitte à suivre jusqu'au rationalisme absolu les conséquences de la méthode, — ceux qui voulaient rester chrétiens essayaient de compléter, par un élément positif, his-

1. Reden, éd. Punjer, p. 309. Voir Cramaussel, La Philosophie religieuse, de Schleiermacher, Paris, 1909.

torique etévangélique, l'agnosticisme issu de Kant et attendri, poétisé, mais non christianisé par le sentiment du divin. Parmi les essais tentés en ce sens, le plus notable, le plus influent, fut celui du théologien Albert Ritschl. Sans entrer ici dans le détail d'un système abstrus et complexe, il suffira de noter que, pour Ritschl, le problème religieux étant d'ordre pratique, intéressé, vital, n'a pas à se poser en termes absolus. Les jugements qui guideront l'âme religieuse sont des jugements tout subjectifs, relatifs, précaires, respectant le mystère impénétrable des réalités profondes : des jugements de çateiir. L'histoire, interrogée avec soin, nous permettrait de porter sur la personne et l'enseignement authentique de Jésus quelques-uns de ces jugements. Pour ceux qui veulent et savent faire cette étude, Jésus garderait « une valeur divine ». C'est tout ce qu'on en peut dire, et cela suffit : prétendre aller plus loin serait outrepasser les limites (tracées par Kant) de nos facultés de connaître.

C'est à ce stade, et sous cette forme — d'agnosticisme intellectuel, mitigé par les besoins pratiques de l'âme religieuse, complété par un sentiment profond du Divin immanent au monde, vivifié par le souvenir et la vertu subsistante de l'expérience décisive faite par Jésus- Christ — que le protestantisme libéral ^ après avoir conquis une partie de l'élite

1. On a l'habitude en France d'englober le ritschlianisme sous la dénoroinalion de « protestantisme libéral ». Sans prétendre réformer cet usage, il peut être bon de noter qu'au sein du protestantisme non* ortliodoxe », la teudance ritschlienne et la tendance strictement appelée « libérale» s'opposentnettemeut.Un willielmHerrmann, pjir exemple, n'a guère de commun avec Troeltscfi («m encore avecun Ed. Caird), que le refus d'accorder une valeur absolue aux anciens dogmes « métaphysiques ». Le ritschlien s'arrête au fait de sa foi

intellectuelle des Réformés, a menacé d'envahir le catholicisme. A cette intrusion une condition préalable était indispensable, et ce fait explique l'attention donnée par les penseurs catholiques les plus avisés aux théories du théologien (très orthodoxe d'intention et de désir) Antoine Guenther. Aucune conquête, aucune infiltration protestante sérieuse n'était possible tant que la doctrine de l'immutabilité dogmatique ne serait pas modifiée. D'autre part, le succès, sur bien des terrains, de la notion de développement, le témoignage que lui rendait (dans une certaine mesure qui restait à préciser) l'histoire diligemment interrogée, engageaient naturellement à faire une application de cette notion à la dogmatique catholique. Partant de l'idée autrefois exposée par Lessing, adoptée par Kant, que la révélation n'est qu'une pédagogie divine, une suppléance provisoire des découvertes ultérieures de la raison, Guenther réduisait la valeur des affirmations dogmatiques à une valeur d'opportunité. Les dogmes fournissent, pour une époque donnée, aux fidèles qui les reçoivent, la meilleure approximation commune de vérités que l'avenir définira mieux. Ainsi les formules doctrinales servent à l'unité de confession dans l'Église, et

individuelle eu Jésus historique; il croirait la profaner, ou plutôt en méconnaître entièrement la nature, s'il s'essayait à la justifier sjaecMlativement. Le libéral, au contraire, l'onde la sienne sur une philosophie religieuse; il s'efforce de déterminer la place historique du Christ dans la série des fondateurs de religions. Le premier ressemble davantage à Lutiier; le second est souvent tout proche ou de Schleiermacher (première manière), ou même de Hegel. On entend bien, au reste, qu'il s'agit de deux tendances; les combinaisons individuelles sont variées à l'infini, les filiations s'entrecroisent : Troellsch fut élève de Ritschl. — L'opposition des libéraux et des ritschliens est bien exposée par Wernle, Einfûhrung in das theologisclie Sludium, p. 288.

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ménagent les transitions : des sens nouveaux, épurés, différents, se substitueront peu à peu au sens premier sous le couvert des expressions consacrées.

Pendant que, de très bonne foi, le prêtre bohémien faisait ainsi glisser, sur un point qui commande tous les autres, la doctrine catholique vers le relativisme religieux, un clergyman anglican, envisageant le même problème, entrait dans l'Eglise Romaine, apportant avec \mX Essai où se formulait la première théorie catholique du développement doctrinal. Au début de son livre, Newman présente ce développement comme une simple hypothèse, et cherche à établir les conditions auxquelles cette hypothèse serait recevable sans porter atteinte à l'intégrité de la Révélation. Après avoir décrit les modalités générales d'un développement doctrinal quelconque, il s'attache à marquer les particularités qui différencient profondément ce développement des autres, et dégage une série de notes dont l'ensemble définit sa nature, sa direction, sa transcendance. Les idées semées par Newman levèrent lentement : la réaction nécessaire contre le gunthérianisme — réaction qui aboutit aux canons irréformables du Concile du Vatican — et la réputation de libéralisme qui, sur le continent, pesa durant trente ans sur la vie catholique de Newman, expliquent assez ce tardif succès d'un livre incomplet, mais initiateur et génial.

Le cardinal Newman fut-il libéral? U faut alors vider ce mot de son sens politique, le grand écrivain s'étant défini lui-même : « un tory endurci et obstiné ». Il ne faut pas le prendre non plus au sens doctrinal, où le christianisme libéral s'oppose au

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christianismie dogmatique : il n'est pas de doctrine que Newman ait plus vigoureusement combattue que ce libéralisme-là. Est-ce donc à tort que tant d'esprits divers, amis et ennemis, s'accordèrent à lui donner la môme épithète? N'y a-t-il qu'erreur dans une impression si générale, et n'en doit-il rien rester? Il çjq doit rester quelque chose, — et cette remarque nous ramène au cœur de notre sujet. Un éloignement instinctif du dogmatisme en théologie ; une crainte presque morbide des empiétements du rationalisme dans le domaine religieux ; un respect contraint, môle de méfiance et de dédain secret, à l'endroit de l'apologétique et de la théologie traditionnelles, suffisent à expliquer la mésintelligence qui régna si longtemps, et qui n'est pas encore dissipée, entre les disciples de Newman et les ordinaires dispensateurs de la doctrine officielle. En dépit de la ferme orthodoxie personnelle du grand cardinal, et vu d'un peu loin, ou jugé par quelquesuns de ses effets, le subtil anti-intellectualisme newmanien paraît se classer parmi les nuances du « libéralisme » doctrinal.

L'illustre penseur anglais ne fut pas d'ailleurs le seul représentant de la tendance qui vient d'être brièvement décrite. Bien des esprits sur le continent partagèrent ses préventions, sans participer le plus souvent à son génie. Les causes de ce malentendu sont multiples : plusieurs écrivains religieux, restés à l'écart de la philosophie scolastique, ou meurtris par un contact malheureux, maladroit, ou simplement insuffisant, avec elle, furent prompts à soupçonner dans tout intellectualisme franc un parent plus ou moins proche de ce rationalisme

qu'ils détestaient justement. Élevés , formés dans une atmosphère d'agnosticisme philosophique, plus anxieux de résultats moraux que de rigueur doctrinale, plus avides de faits que soucieux des principes, inquiets de voir se détacher de l'Église, ou la négliger, des esprits qui ne semblaient pas sans bonne volonté, ces écrivains se réclamèrent d'abord de Pascal, puis, quand ils le connurent, de Nev^man. Beaucoup aimèrent celui-ci pour les affinités visibles qui l'unissent (à travers tant de différences, et si profondes!) au grand penseur du xvii^ siècle.

Il s'en faut du reste que tout soit à déplorer dans uii mouvement qui peut mettre en avant les noms de philosophes comme OUé-Laprune, de convertis comme Ferdinand Brunetière. Plusieurs aspects de la vérité catholique furent mis par eux en vive lumière. Par eux le contact s'établit entre la pensée chrétienne et un monde d'érudits ou de philosophes muré jusque-là dans une enceinte de préjugés, n'ayant pour les représentants attitrés de la religion qu'indifférence ou mépris. A l'intérieur même de l'Église, des questions nouvelles furent soulevées, des problèmes discutés, des solutions entrevues, nuancées, écartées, élargies. Remise à la mode> l'âpre éloquence de Pascal toucha, troubla bien des cœurs , força le respect de ceux qui lui refusèrent leur adhésion. La subtile psychologie de Newman multiplia les raisons de croire , introduisit par des voies nouvelles dans les vérités anciennes. C'est sous le bénéfice de ces observations qu'on peut mentionner ces tendances parmi celles qui contribuèrent à fournir une audience (nous ne disons pas : des recrues) aux avocats du protestantisme libéral.

Gelui-ci bénéficiait d'ailleurs du désarroi mis dans beaucoup d'esprits par l'exégèse radicale des origines chrétiennes inaugurée par les écrivains de la gauche Hégélienne. Traduits par Littré, utilisés, délestés, affinés, mis au point (avec un souci de l'art et une habileté incontestables) par Ernest Renan, les gros volumes de Strauss faisaient depuis longtemps leur tour de France, leur tour du monde. A ces livres, aux travaux considérables de Baur et de ses disciples, à l'exégèse rationaliste du Vieux Tes-» tament inaugurée discrètement par Edouard Reuss, complétée par Abraham Kuenen et Jules Wellhausen, l'apologétique catholique opposa des réfutations consciencieuses, mais souvent tardives, ou gâtées par des inexpériences de méthode*. On riposta plus vite, et plus heureusement, grâce à l'abbé de Broglie, aux premiers essais — très superficiels, très arbitraires — d'une histoire comparée des religions. Toutefois, et bien qu'une renaissance des bonnes études chez les catholiques fit plus que de s'annoncer — renaissance due à la fondation des Facultés libres en France, à l'érudite activité des catholiques Allemands et Belges , aux Congrès scientifiques internationaux nés de l'initiative de M^"" d'Hulst, à la substitution , dans les écoles et séminaires , d'ouvrages scolastiques aux vagues manuels spiritualistes, — le prestige de la culture « allemande » (au sens large du mot) continuait de s'exercer. Or

4. Les Anglicans furent parfois, grâce aux fortes éludes maintenues dans les Universités d'Oxford et de Cambridge, plus heureux. Sur le terrain eu particulier de l'exégèse du Nouveau Testament, il n'est que juste de rappeler les travaux d'apologétique chrétienne de J. B* Lighlfoot, de Hort et Westcott.

les historiens , les exégètes , les philosophes et philologues qui incarnaient cette culture avec le plus d'éclat étaient, pour la plupart, expressément ou tacitement, des tenants du protestantisme libéral. Accueillant à toutes les hardiesses, prompt à tous les compromis, permettant de concilier, avec une indépendance totale de pensée et d'hypothèses, un reste appréciable de sentiment religieux et de piété chrétienne, le Ritschlianisme — ou ses équivalents anglais et français — triomphait. Comment s'étonner que, dans ces conditions, en dépit des anathèmes très nets du Concile du Vatican, un large mouvement se soit dessiné peu à peu dans les milieux catholiques? Mouvement d'inquiétude, attention obstinée et déjà sympathique, s'attachant aux idées et aux méthodes d'érudits reconnus, classés, illustres, de penseurs dont tout l'effort avait été d'adapter à leurs idées religieuses les grands courants de la philosophie contemporaine. L'évidence même des progrès à accomplir favorisait ce mouvement.

Par ailleurs, durant les vingt dernières années du siècle, la réaction s'accentuait, chez les philosophes et les savants même, contre les cadres rigides et la décevante suffisance du rationalisme scientifique. Justement intéressés par ce mouvement, bon nombre de catholiques s'y abandonnèrent sans réserve. Tout intellectualisme fut dénoncé comme un danger, toute définition comme un appauvrissement du réel, toute précision comme un morcelage. Au lieu d'une science incomplète, progressive, indéfinie en ses démarches, mais certaine dans ses principes et irréformable en quelques-unes de ses constatations,

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on imagina un flux d'hypothèses, d'ébauches tâtonnantes et symboliques, tentatives précaires de la pensée humaine aux prises avec une réalité en évolution, et d'ailleurs inconnaissable en son fonds. Le critérium du vrai fut exclusivement cherché dans la cohérence interne ou l'utilité d'une doctrine, non dans sa conformité objective avec les choses qu'elle prétend exprimer.

L'affinité naturelle et historique du protestantisme libéral avec ces tendances immanentistes, évolutionnistes, idéalistes, pragmatistes ; l'effort de synthèse déjà tenté entre elles et lui, le prédestinaient à fournir la théologie de ce mouvement confus. Ses chefs servirent de truchements entre la pensée indépendante et les âmes inquiètes. Très habilement, avec un accent de piété sincère, une science des raccourcis et de la présentation digne du professeur émérite qu'il était, Auguste Sabatier résuma dans les quatre cents pages de sonEsquisse d'une Philosophie de la Religion (1897), toute la doctrine religieuse, les exclusions , les simplifications , les substitutions de la nouvelle école. Son ouvrage présente à l'état pur, en quintessence, ce qui se trouve par fragments, et en dilution, dans les petits livres ou les gros volumes, les exégèses et les romans, les essais loyaux ou perfides des auteurs catholiques, qu'on a depuis appelés « modernistes^ ».

4. On se tromperait du tout au tout en croyant que les principaux moderuistes ont eu l'intention expresse de protestautiser la religion catholique. Ce n'est pas pour appuyer, c'est pour combattre l'Essence du christianisme de M. Harnack, que M. Loisy écrivit l'Évangile et l'Église, et le dernier livre de G. Tyrrell {Christianily at the Cross roads) témoigne encore, et vivement, d« la même disposition d'esprit. Nous croyons qu'on se ferait une idée plus exacte de l'esprit moderniste, si l'on disait que ses iauteurs, déses-

L'Eglise n'avait pas à innover en ces matières : les constitutions doctrinales du Concile du Vatican lui dictaient son attitude et sa défense.

Déjà sous Léon XIII, des documents de la dernière gravité avaient, sur le terrain scripturaire (Encyclique Proç>identissimus Deus, 18 novembre 1893) et ascétique (Lettre du 22 janvier 1899, Testem henevolentiae, au cardinal Gibbons), rappelé les vrais principes, et mis les catholiques en garde contre des nouveautés dangereuses.

Si les mesures, les déclarations, les actes dont l'Encyclique Pascendi fut le couronnement, parurent si vigoureux, et à quelques-uns si inattendus, c'est que l'erreur « moderniste », insidieuse, multiforme, plutôt insinuée qu'articulée, plutôt supposée que formulée (nous parlons des ouvrages d'étiquette catholique), avait déjà créé une atmosphère dans laquelle, à doses infiniment diverses, et forte de bien des complicités, elle agissait. C'est aussi que l'anxiété du suprême Pasteur, son indignation, la

pérant de la vérité dogmatique au sens traditionnel, mais très frappés du démenti sans réplique donné par toute la pensée du xix« siècle à l'individualisme religieux des protestants, s'efforcèrent de maintenir la psychologie et la sociologie du. catholicisme, en sacrifiant ce qu'il ne faut pas craindre d'appeler sa métaphysique. Mais les prodiges d'habileté qu'ils y dépensèrent ne firent que mettre en meilleure lumière l'étroite liaison, dans le catholicisme, du principe dogmatique et du principe social. L'instabilité de leur idéal éclate aux yeux à tout moment : malgré qu'ils en aient, ils suent Sabatier par tous les pores. Ce qui est vrai des chefs l'est bien plus encore des modernistes médiocres, moins originaux et moins nuancés. Le Saint-Office allait donc franchement et tout droit au fond des choses, quand il libellait ainsi la dernière proposition condamnée du décret Lamentabili : « Catholicismus hodiernus cum vera scientia cornponi nequit, nisi transformetur in quemdam christianismum non dogmaticum, id est in ]}rotestantismum latum et liberalem » (Denzinger-Bannwart, 2065). Cf. les récentes réflexions de M. Harnack {Dogm&ngeschichte 1* p. 47).

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volonté de désiller à tout prix des yeux enchantés par un dangereux mirage, communiquent à ce document un intérêt poignant et, par instants, un frémissement de passion sainte.

Ce qu'il faut noter derechef ici, c'est la franchise du ton, l'assurance des affirmations doctrinales. On peut connaître Dieu, qui est personnel, sage et bon, qui est Sagesse, Bonté, Cause première. Fin dernière, Être pur. Dieu a parlé par son Fils, Jésus-Christ, dont le règne est éternel, dont les paroles ne passeront point, et il n'est pour l'humanité comme pour chaque créature humaine, de salut qu'en Lui. Cette doctrine salutaire, cette vie de grâce, cette espérance immortelle, c'est l'Église catholique et romaine qui, seule, normalement, les détient. Dépositaire, elle ne peut rien changer aux enseignements qui lui ont été confiés ; Epouse, elle les a compris dès l'origine ; Dispensatrice, elle les présente avec mesure, selon que l'Esprit du Christ, qui réside en elle, lui en fait connaître le besoin.

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