Le môme phénomène se remarque dans l'accueil fait, encore
par leurs œuvres, leur vie n'étant connue que d'une élite : tel saint Thomas d'Aquin, tel surtout saint Ignace de Loyola dont les Exercices spù^ituels, lus et plus souvent pratiqués au cours de retraites publiques ou privées, ont marqué par application, adaptation ou opposition, presque tout le mouvement ascétique du siècle.
Il serait injuste de passer ici sous silence les efforts heureux tentés (en particulier par les Augustins de l'Assomption) pour vulgariser, au moyen des tracts, des brochures, des revues populaires, et du journal, les exemples des saints, comme aussi les vérités, pratiques et initiatives chrétiennes. Aux illustrations sculpturales ou lumineuses, aux statues et aux verrières des Bibles de pierre ont succédé les images de papier commun, les feuillets innombrables et fragiles qui vont chercher leur public loin des églises, dans les rues grouillantes, parmi le brouhaha des trains et des trams, au fond des campagnes ou aux portes des usines.
Enfin, malgré un préjugé fort répandu, l'Eglise s'efforce, surtout en ces derniers temps, de faire beaucoup lire l'Écriture Sainte, et y réussit. Les traductions de la Bible en langue vulgaire, partielles ou complètes, se multiplient, ainsi que les Vies de Notre-Seigneur. Telle édition française ou italienne des Evangiles a été répandue, en quelques années, à plusieurs centaines de mille d'exemplaires.
Passant de la dévotion aux dévotions, on remarquera le même esprit de tradition : nous avons men-
aujourd'hui, aux nouveaux bienheureux : uae Jeanne d'Arc, un curé d'Ars recueillent plus d'hommages et inspirent plus de vies que dix, que cent de leurs frères en héroïsme.
lionne, comme dévotion « nouvelle »S l'extraordinaire et religieuse affection des fidèles pour le Saint Père. Que l'on y ajoute le renouveau très défendable, bien que certaines de ses manifestations d'aspect moins désintéressé puissent prêter à objection, du culte de saint Antoine de Padoue, — et le culte de quelques saintsmoins authentiques, et d'ailleurs moins honorés, — Ton aura à peu près l'apport original du xix'^ siècle en ce genre. Ce sont les grandes, vieilles, et solides dévotions, à la personne du Sauveur, à Notre-Dame, à saint Joseph, qui ont et gardent les faveurs du monde catholique. Quelques-uns des mystères laissés jusqu'alors aux hommages privés des fidèles, et d'abord l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, sont amenés en pleine lumière. La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus continue de croître et de s'imposer à tous les croyants. Ce sont là des développements normaux, attendus, escomptés, de la piété des siècles antérieurs.
Le mouvement sans contredit le plus important, le plus efficace, le plus autorisé de la piété chrétienne, se porte actuellement vers l'Eucharistie. Les œuvres et Congrès eucharistiques, l'établissement de Sociétés, congrégations, confréries, dévouées à Vadoration réparatrice^ à l'adoration nocturne, à l'expansion de Vadoration perpétuelle du Saint-Sacrement, ont préparé les voies. Approuvant, fortifiant, complétant ces initiatives, le Décret sur la communion fréquente et quotidienne promulgué par ordre de Pie X en 1906, a changé les conditions d'accession au Pain des Anges, retourné et périmé des habitudes séculaires, dont le caractère abusif n'apparaissait qu'à de rares directeurs d'àmes. De-
puis, rappel à la Communion des enfants de sept ans, tout en provoquant de profonds et très compréhensibles ébranlements (une alliance de fait s'étant établie, en de nombreux pays, entre l'enseignement religieux et la communion retardée à douze ans) — cet appel a été entendu. Il est suivi. Aucune force ne saurait rempecher de rallier en quelques années tous les prêtres ayant charge d'âmes. Les fruits de ces initiatives eucharistiques, déjà grands et évidents, ne peuvent actuellement se prévoir. L'Esprit qui guide l'Eglise l'achemine ainsi dans un sens diamétralement opposé au rigorisme qui glaçait tant de fidèles au début du xix^ siècle. Tous deux appellent au Christ : Spiritus et Sponsa dîcunt : veiii,