‹ ChristusChapitre 280 sur 284 · Hermann ScHKLi,, Die neue ZeitundderalteGlaube, p. G · texte numérisé non relu

Hermann ScHKLi,, Die neue ZeitundderalteGlaube, p. G

aspirations, rappela pourtant que l'histoire de l'Eglise jusqu'à ce jour avait été plus qu'une préparation à un règne de l'Esprit, et qu'à vouloir refouler dans la pénombre les « vertus passives », pour mettre au premier rang les actives, on risquait de méconnaître le Christ tel que l'Eglise l'avait toujours aimé, le Christ doux et humble de cœur, le Christ humilié et anéanti, le Christ obéissant jusqu'à la mort de la Croix. Vos auLem non ita didicistis Christiun.

Ce rappel par Léon XIII des normes de l'ascétisme chrétien, amène naturellement à considérer les principes de cohésion qui distingueat, au premier regard, l'Eglise catholique des autres groupements chrétiens. Principe de cohésion doctrinale : l'intransigeance; principe de cohésion sociale : la hiérarchie.

On ose dire que, de tous les caractères de l'Eglise, son intransigeance doctrinale est, pour tous les esprits que n'aveuglent pas les préjugés d'une heure, le plus splendidement attirant. A ne considérer même que d'un point de vue purement philosophique l'histoire de la controverse moderniste, la sagesse de l'Église romaine et sa profonde connaissance de l'homme éclatent aux yeux. A l'approche de la grande vague de sentimentalisme et de volontarisme qui menaçait de tout emporter, un opportunisme à vues courtes eût pu conseiller de céder un peu au courant, de laisser un peu dériver la barque du côté où semblait soufïler le vent. Mais celle qui depuis si longtemps et parmi tant de tempêtes fut pêcheuse d'hommes, connaît ce monde comme un vieux pêcheur connaît son lac; elle a compris que cette faiblesse d'un instant compromettrait, en vue de quel-

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ques résultats passagers, la pêche de la journée tout entière. Pour parler sans métaphore, le sentimentalisme agnostique sur lequel le modernisme était fondé, ne peut être que le fugitif engouement d'un temps. L'homme sait bien que l'action raisonnable doit reposer, au fond, sur la vérité certaine. 11 sait bien qu'il n'y a pas, au fond, de coupure entre le vrai et le bien, et que de reporter leur jonction à l'infini dans l'avenir, c'est faire à l'humanité la pire injure. Il sait bien que, si la science a raison contre la religion, la religion ne vaut pas la peine qu'on s'en occupe; et que, si la religion renonce à avoir raison, elle se suicide. Le peuple le sent bien. Il croit à la science. 11 veut aller à ceux qui savent. Et le peuple, ici, c'est l'homme sensé et sain. La religion n'est rien si elle n'est pas la science de nous et de ce qui est au-dessus de nous, la science de Dieu et de nous. En maintenant avec une inflexible fermeté le principe dogmatique, au temps de Pie X comme au temps d'Athanase, l'Église est restée fidèle au Dieu vivant et au Christ, ce qui est toute sa raison d'être. Mais on peut aussi, et l'on doit dire qu'elle a .par là bien mérité de l'humanité.

Après tout, plus profondément que toutes les considérations sur le sentiment religieux, que toutes les exclamations sur la vie profonde, qu'est-ce qui nous intéresse ? N'est-ce pas de savoir si vraiment Jésus-Christ est Dieu?

Un sociologue contemporain a dit de la papauté : « Je ne sais rien, de nos jours, du moins, à lui comparer pour la sincérité^ )>. L'Eglise gouverne etl'E-

1. A. Leroy-Beaulieu, Papauté, christianisme, démocratie, i>.til.

glise enseigne; à ce double titre elle mérite également cet éloge. Mais aussi ces deux caractères font du catholicisme la religion, par excellence, de l'autorité. On perdrait son temps à développer ce thème : les auteurs les plus divers l'ont tour à tour adopté, et Auguste Sabatier, qui le maudit, n'est pas plus affirmatif en ce point que Moehler, qui l'exalte. L'erreur ici consisterait soit à fermer les yeux, comme le fait par exemple Sabatier, sur le fait constant de la survivance et de l'expansion spirituelle au sein de l'Eglise, soit à voir dans l'autorité une sorte de bien dernier poursuivi pour luimême. Ni obstacle, ni idole, l'autorité, qui est un moyen, non une fin en soi, n'empêche pas (et bien au contraire) la marche triomphale des héros chrétiens. Elle contient leur ardeur sans l'éteindre, comme l'argile d'une lampe garde l'huile sacrée qui autrement se répandrait sur le sol sans donner sa flamme. Elle jalonne la route des cimes, indique les précipices, ouvre les passes difficiles, aide les initiatives même qu'elle semble retenir. Servante, parfois impérieuse, de l'Esprit, elle le défend contre les petitesses du sens propre, l'absorption des coteries, les illusions mortelles du fanatisme.

Les faits sont là : toutes les extrémités de l'action vertueuse, en hauteur, en largeur et en profondeur (car l'on peut reprendre à ce propos le langage de saint Paul) sont atteintes par ces âmes libérées, non diminuées; soumises, non serviles. Héroïque jadis dans l'humilité d'un François d'Assise, dans la simplicité sublime d'une Jeanne d'Arc, l'Eglise continue de l'être, fait profession de le rester, allonge avec sérénité la liste de ses saints. Divers, et tous admi-

rables, magnanimes et humbles de cœur, austères et doux, ils passent au milieu dos hommes, qui souvent les persécutent, et presque toujours les dédaignent. Mais comme ils éclatent aux esprits ! Comme, martyrs ou mystiques, ils restent, sur terre, les témoins de Dieu, les continuateurs du Christ, les héros de l'Esprit !

Au-dessous, autour des saints s'agite une foule qui, sauf une élite heureusement considérable, n'a rien de bien héroïque. L'ivraie pousse , drue et serrée, dans le champ de l'Eglise : il y a des indifférents, des tièdes, encore plus d'iguorants. Il y a de mauvais chrétiens, qui démentent leur foi par leurs actes,; il y a, hélas! quelques mauvais prêtres. Il ne serait même pas impossible de signaler, de loin en loin, — mais quel progrès accompli en ce point depuis le concile de Trente 1 — un mauvais prélat. L'adhésion au christianisme catholique ne transforme pas les caractères, ne supprime ni les tentations ni les chutes. N'est-ce pas beaucoup qu'elle donne, à ceux qui le veulent, la force de résister à celles-là, le courage de réparer celles-ci? N'est-ce pas beaucoup que la pratique chrétienne soit, pour les tièdes eux-mêmes, le meilleur excitant au bien, la dernière voix persuasive des grands devoirs? N'est-ce pas beaucoup qu'on puisse redire avec Pascal que « nul n'est heureux comme un vrai chrétien, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable ' » ?

Ainsi se présente à nos contemporains, gardienne incorruptible, et par conséquent intransigeante, des

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