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VII. — Règne des Lettrés

Avec l'effondrement des Song, sous les coups des Mongols, commencent les temps modernes de la Chine, une période qui embrasse les dynasties Yuen, Ming, Tsing, et l'espace de 1280 à 1905. On peut l'appeler le règne des Lettrés néo-confucianistes. La main-mise sur les examens, qui donnent accès aux charges, leur assure la puissance dominante.

Dès le début de la dynastie mongole Yuen, beau-

coup de Lettrés devinrent fonctionnaires, et servirent de leur mieux les nouveaux maîtres de la Chine. Pour les récompenser, le fondateur de la dynastie, Koubilaï, ordonna l'érection de temples à Confucius, dans toute l'étendue de son empire sino-mongol. L'empereur Ou-tsoung l'encensa. L'empereur Jentsoung lui fit une couronne, dans son temple, de tous les auteurs du Néo-Confucianisme, et décréta que, désormais, les sujets de composition des examens, tous extraits des livres classiques, devraient être interprétés d'après les commentaires de Tchou-hi (1313).

Quand la dynastie chinoise Ming eut remplacé les Yuen, comme son fondateur était un ex-bonze, les Bouddhistes furent en faveur, mais pour bien peu de temps. La position des Lettrés était trop forte. Examens et charges leur restèrent. A leur requête, l'empereur Tcheng-tsou fit compiler la Sing-li-tatsiuen, grande philosophie confucianiste, qui fut désormais enseignée dans toutes les écoles, par décret de l'an 1416.

Enfin, les Tartares Mandchoux ayant renversé les Ming et fondé la dynastie Tsing, l'âge d'or des Lettrés commença. La famille impériale, actuellement régnante, est bouddhiste, mais, depuis deuxcentcinquante ans, toutes ses faveurs ont été pour les Lettrés. Ceux-ci l'ont bien servie, l'ont sauvée plus d'une fois, lui ont fait partager leurs amours et leurs haines. En 1865, l'écrasement des rebelles Tai-ping par des Lettrés, guerriers de circonstance, porta à son comble la faveur de la caste. En 1894, un décret impérial censura Mao-ki-ling, le célèbre antagoniste de Tchou-hi, et ordonna de rechef à tous les

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examinateurs officiels de « se conformer scrupuleusement à la loi établie, de vénérer les commentaires de Tchou-hi à l'égal du texte de Confucius, de n'accepter aucune dissertation contenant des opinions différentes des siennes ». Six ans plus tard, éclata la rébellion des Boxeurs. Cette fois encore, ce furent les Lettrés diplomates, qui tirèrent la dynastie d'affaire. Mais la secousse que le gouvernement éprouva lui fit enfm comprendre que la littérature ne saurait tenir lieu de tout. Le 2 septembre 1905, un décret abolit l'ancien système des examens. Depuis lors, la dynastie mandchoue a été renversée, la Chine se transforme, sans que l'on puisse prévoir quelles seront les phases de cette transformation.

Il ressort de cet exposé qu'appeler Confucianisme la religion de la Chine est un abus de mot. La religion de la Chine date de son origine. Le dernier empereur sacrifiait encore au Ciel, vingt siècles après Jésus-Christ, comme ses prédécesseurs lui sacrifiaient vingt siècles avant Jésus-Christ. Le grand mérite de Confucius est de nous avoir conservé dans ses Recueils d'Odes, d'Annales et de Rits, ces traditions anciennes. Le sens de ces traditions fut faussé, bien des siècles après le Maître, par Tchou-hi et ses adeptes. Voilà pour la religion officielle.

Quant à la religion privée, la Chine n'en eut jamais d'originale. C'est ce qui fit le succès du Bouddhisme, durant environ un millier d'années. Les Chinois apprirent des Bouddhistes une morale saine, et l'usage de la prière. Avec son éminent bon sens pra-

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tique, le peuple fondit en un tout l'ancien dogme théiste national et la morale indienne, et adressa ses prières au Dieu de la conscience, à Lao-tien-ye, le Vénérable Seigneur du Ciel, Celui qui voit et juge, qui punit et récompense. Il n'arriva pourtant jamais à se défaire de mille petites superstitions.

On aura remarqué aussi que les Lettrés ne furent pas les fidèles gardiens des traditions anciennes , qu'on se représente souvent. Ils ne furent jamais une institution publique, comme on le croit à tort. Ils constituèrent, à toutes les époques, une coterie privée de politiciens retardataires et réactionnaires, une caste fermée, presque une société secrète, se perpétuant par l'éducation des jeunes gens, par cooptation, par alliances. Répandus partout, faisant partout bande à part, rêveint toujours le retour au préhistorique, utopistes incorrigibles, ils furent parfois caressés par intérêt, ou persécutés pour leur insolence, souvent redoutés, rarement aimés. Généralement parlant, les dynasties chinoises leur furent hostiles. C'est sous les deux dynasties étrangères, la mongole et la mandchoue, qu'ils firent le mieux leurs affaires. Ce sont eux qui ruinèrent les anciennes traditions : « Pourquoi vous lamenter sans cesse que la vraie doctrine soit perdue , leur disait le célèbre lettré mahométan Lieou-tche-kie (Canton, 1710), puisque c'est vous qui l'avez perdue. » Et pour ce qui est de Confucius, les Lettrés eurent beaucoup de peine à hisser cette idole à la place conventionnelle qu'elle occupe maintenant; ils n'y arrivèrent qu'avec le concours de toutes sortes d'empereurs, barbares ou mécréants, leurs obligés ou leurs dupes. Ce fut une promotion lente et laborieuse. En 442, près de mille ans après sa mort, un

empereur taoïste élève au Sage un temple près de sa tombe. En 473, un roi tongouse anoblit sa famille. En 505, un empereur bouddhiste lui élève un temple à la capitale. En 637, un ministre, qui ne croyait à rien, mit son image dans les écoles. En 665, un empereur, qui ne pratiqua aucun culte, lui conféra le titre de Maître Suprême. En 739, un empereur taoïste lui accorde le rang de roi, et lui fait une cour de ses disciples anoblis. En 932, un empereur turc fait graver ses livres, pour la première fois. En 1013, un empereur taoïste lui confère le titre de Sage Parfait. En 1048, la robe impériale lui fut concédée, un peu en fraude. Nous avons parlé précédemment des faveurs que lui accordèrent les empereurs mongols. En 1907,1e gouvernement mandchou le mit au même rang que le Ciel. Aux derniers temps de la dynastie, on insistait sur son culte plus que jamais. C'était le symbole de la haine contre les étrangers et les chrétiens, auxquels il est interdit de se prosterner devant le Sage. Le Christ ou Confucius, a-t-on dit. Cette formule n'est pas absolument exacte, car le Confucianisme de Confucius n'est pas essentiellement opposé au Christianisme. Mais le Néo-Confucianisme de Tchou-hi l'est radicalement. Avec lui toute conciliation est impossible, car il n'y en a pas entre la lumière et les ténèbres, entre l'esprit et la matière. C'est à cette caste des Lettrés, disciples de Tchou-hi, doctrinaires athées et matérialistes, que le Christianisme se heurte en Chine depuis trois siècles ; c'est d'elle aussi qu'il faut attendre les résistances futures.

Léon WifiGEu, missionnaire au Tchely.

Bibliographie.

L'auteur, qui a composé ce chapitre d'après les textes originaux, se permet de renvoyer, pour plus de renseignements, aux articles qu'il a donnés au Dictionnaire apologétique, publié sous la direction de A. d'Alès (Paris, Beauchesne, 1909), sur la Religion et les Doctrines de la Chine, les Sages de la Chine, les Livres Chinois.

Parmi les ouvrages d'ensemble sur la religion chinoise, les plus importants sont ceux de J. J. de Groot, The religions System of China (en cours de publication depuis 1892, Leyde), — et de Dvorak : Chinas Religionen, 2 vol., Munster, 1900-

On trouvera une esquisse de la religion chinoise dans H. A. GiLES, Religions of Ancient China (collection « Religions Ancient and Modem », Londres, 1905).

On peut encore consulter avec fruit sur la religion ou la littérature des Chinois : J. Legge, Chinese Classics (1861 sq.) et The Religions of China (1880). — - A. Zottoli, S. J., Cursus litteralurae Sinicae (1875 sq.). — Ed. Ghavannes, Mémoires historiques de Sema-Vsien. — Gh. de Harlez, Les Religions de la Chine (1891). — H. Havret, S. J., Stèle de Singan-fou et Tien-tchou, et autres numéros des Variétés sinologiques. — L. Wieger, S. J., Textes historiques; Textes philosophiques; Folklore chinois; Morale et usages; Bouddhisme chinois; Taoïsme. — Henri Doré, S. J., Recherches sur les superstitions en Chine, Chang-hai, 1911.

Les principaux textes se rapportant au Confucianisme et au Taoïsme ont été traduits en anglais par J. Legge (collection « The Sacred Books of the East », vol. 3, 16, 27, 28, 39, 40). En français, signalons les traductions de Stan. Julien, Le Livre des récompenses et des peines (1835); — Le Livre de la voie et de la vertu (1842); — d'E. Biot, Le Tcheou-li ou rites des Tcheou (1851) ; — de Ch. de Harlez : Yi-King (1886) ; Î-Li, (1890). Les Se-chou, ou quatre livres dits Classiques, que tous les écoliers chinois apprennent par cœur, ont été traduits en latin par A. Zottoli, S. J., et en français-latin par S. Couvreur, S. J.

Sommaire. — I. Caractères généraux de la religion au Ja* pon. — II. Le Shintoïsme. — Les périodes du Shinlo. — Les dieux du Shinto. — Le culte du Shinto. — III. Le Bouddhisme. — Introduction et développement du Bouddhisme au Japon. — La morale du Bouddhisme japonais. — Les dieux. — Les sectes. — Bibliographie.

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