II. — Religion des Aryas ou Indo-Iraniens
Le terme arya, dont on a fait souvent un synonyme d' « indo-européen », s'emploie plus généralement aujourd'hui dans un sens plus restreint : il désigne la branche orientale de la famille , celle qui comprend les Hindous et les Iraniens. Ces derniers paraissent s'être désignés par ce nom dès une très haute antiquité, et l'ont conservé jusqu'à ce jour dans le nom indigène de la Perse ; Iran (== av. ainjàna/n].
Tant au point de vue de la religion que de la lan^ gue, Hindous et Iraniens constituent un groupe séparé : car, d'une part, ils se font remarquer par de nombreux points communs, et, de l'autre, ils s'opposent assez nettement aux autres Indo-Européens. Nombreuses sont les conceptions d'ordre religieux qu'on retrouve à la fois dans l'Inde et la Perse. Pour ne parler que de celles qui frappent môme l'observateur superficiel, notons que, des deux côtés, l'on trouve au sommet de la hiérarchie divine le même couple à'asuras, qui est Varuna-Mitra dans le Veda et Ahura-Mazdàh-Mithra en Iran. Ils sont les gardiens de l'ordre moral (ved. rta, a. pers. arta = av. asha) et sont entourés d'un groupe de divinités subordonnées d'un caractère abstrait. Les conceptions relatives aux morts et au premier homme se ressemblent aussi. D'une part, c'est Yama, fils de Vivasvant qui est le premier trépassé et le roi du monde des ancêtres, — de l'autre, c'est Yima, fils de Yivanhvant qui est le roi mythique de l'âge d'or. Dans le culte, à la boisson sacrée védique, le soina, correspond le haoma iranien. Tous deux sont des breuvages enivrants, extraits d'une plante des montagnes qu'on presse et qu'on filtre. De part et d'autre, on jonche l'emplacement du sacrifice de gazon (ved. harkis, av. haresman, cf. supra). Le sacrificateur s'appelle hotar dans l'Inde Qlzaotar en Iran, etc.
Toutefois, ces ressemblances externes se complètent d'analogies plus frappantes encore, pour qui pénètre plus avant dans les croyances des deux peuples à une époque ancienne. Elles portent, non seulement sur les côtés qu'on pourrait appeler « naturalistes » de leur religion et qui, nous lavons vu,
sont assez semblables chez la plupart des Indo-Européens, mais surtout sur les conceptions d'ordre moral ou mystique se rapportant au groupe divin des Adityas du Veda et des Ameshas Spentas de TAvesta, — lesquelles sont si loin de tout ce qu'on trouve en Occident, qu'elles font même contcaste avec le fond « naturaliste » des croyances indo-européennes.
Aussi M. Oldenberg regarde-t-il ces éléments de la religion aryenne comme influencés par les idées d'autres peuples. Il vaut mieux toutefois, dans l'état actuel de nos connaissances, ne pas préciser d'où pourrait venir l'emprunt qui, du reste, ne semble pas avoir été servile, sïl a eu lieu. Il est d'autant plus difficile de voir clair dans la question, que l'on doit assigner une date fort ancienne à la formation de ce système religieux, non seulement parce qu'il est indo-iranien, mais parce que, d'après l'interprétation donnée par M. E. Meyer M'un passage d'un traité entre un roi hitti et les Mitani et datant du xiv" siècle avant notre ère, les dieux de cette dernière peuplade dont l'origine aryenne a été prouvée par les noms de personnes, se seraient appelés Mitra-Aruna (ou Uruna) et Indra-Nàsattia , — ce qui représente les deux couples védiques Mitravarunâ et Indranâsatyâ, c'est-à-dire Indra et les Nàsatya (Açvins?). Donc à cette époque reculée, et déjà avant la séparation des Aryas en deux branches, il y a lieu de distinguer deux couches dans la religion de ce peuple : l'une, plus populaire, continue la religion indo-européenne d'un caractère naturaliste assez marqué, l'autre, constituant un courant plus élevé,
i. Sitzh. der kgl. Akad. Berliu, 1908, I, p. 14,
plus abstrait, plus préoccupé de morale, semblerait plutôt être l'objet d'une tradition ou d'un enseignement, peut-être dans certaines familles sacerdotales (?) telles que celles des risbis védiques et des Mages de l'Iran.