IV. — LE MAZDÉISME CONSTITUE
Après avoir donné un aperçu de ce que nous pouvons raisonnablement considérer comme la forme la plus ancienne et la plus pure de la doctrine religieuse de Zoroastre, il importe d'exposer brièvement ce qu'on entend généralement par le term.e de mazdéisme, c'est-à-dire la religion que nous fait connaître TAvesta pris dans son ensemble, celle qui devint religion d'Etat en Perse sous les Sassanides. Dans cet exposé, il nous faut naturellement tenir compte de la littérature pehlevie, qui nous l'ait voir comment les Zoroastriens, à cette époque de splendeur du mazdéisme, ont compris leur religion.
A. Le dualisme. — Les gàthàs nous ont déjà montré le dualisme constitué dans ses traits essentiels. La philosophie religieuse mazdéenne le précise dans « la doctrine de l'existence de deux principes indépendants, hostiles, parfaitement opposés » \ l'Esprit du Bien et l'Esprit du Mal. Ils sont tous deux créateurs, l'un des bons esprits (Ameshas Spentas, Yazatas)y de tous les êtres bons et purs, l'autre des
i. Casautelli, La philosophie religieuse du Mazdéisme sous les Sassayiides, p. 44 sqq.
démons [daêvasj driigs) et de tout ce qui est mauvais, au sens matériel aussi bien que spirituel. La création du second est produite en opposition avec celle du premier, qu'elle combat et altère. La lutte est constante entre les deux principes, et ne cessera qu'à la fin des temps par la victoire de l'Esprit du Bien, et l'anéantissement de son adversaire qui dans l'origine, au contraire, est éternel comme lui.
Le dualisme est un effort de la pensée iranienne pour résoudre la difficile question de l'origine du mal. Il n'empêche pas le mazdéisme d'être assez près du monothéisme. Et en effet, à part quelques restrictions d'ordre philosophique exigées par la conception dualiste, telles que l'absence de l'infinité dans les attributs d'Ahura Mazdâh (parsi : Ormazd), nécessairement limité par l'existence d'Anrô Mainyav (parsi : Ahriman), l'Esprit du Bien est vraiment digne du nom de Dieu et il est adoré comme tel. L'Esprit du Mal est, si l'on peut dire, une entité négative. Le désir de réduire le dualisme à l'unité a même suscité diverses créations d'ordre philosophique, telles que le Zerçan akarana « le temps illimité », qui se confond plus ou moins avec le destin (bakhta)^ et qui aurait engendré à la fois les deux esprits. Certains philosophes ont aussi imaginé que l'Esprit du mal aurait pu naître d'une mauvaise pensée de l'Esprit du Bien.
B. Ahura Mazdâh et les bons Esprits. — Ahura Mazdâh (« le dieu qui voit tout, retient tout », cf. av. mazdâh ^< mémoire », scr. medhâ « sagesse ») est omniscient, omnipotent, souverain suprême, bon, bienfaisant, miséricordieux ^ Il est créateur [dâtar)