Casautelli, op. cit., p
LA RELIGION DES PERSES .i03
« des six Ameshas Spentas, des Yazatas, du paradis, de la voûte du ciel et du soleil ardent, de la lune brillante, des étoiles aux germes nombreux, du vent, de l'air, du feu, de l'eau, de la terre, des animaux, des métaux et de Thomme » (Dinkart, 2, 81, 3). 11 attend de ses créatures respect, reconnaissance, prière.
Les Ameshas Spentas (« Immortels Saints ») sont les six hypostases principales parmi celles qui tiennent déjà dans les Gâthâs une place si importante. Leur personnalité s'est affirmée dans la suite. Elles forment maintenant un groupe de six divinités, entre lesquelles on a réparti le patronage des objets du monde matériel.
Vohu Manah (Plutarque : euvoia) continue à jouer un rôle essentiel. Il est la première créature de Mazdâli, le conseiller de Dieu et des hommes. Il est encore, — sans qu'on puisse trouver aucune sérieuse raison de cette fonction, — le protecteur des animaux domestiques. De même Asha Vahishta (Plut. àXviOsia) n'est plus seulement la loi morale, mais c'est aussi le gardien du feu. Khshatra Vairya n'est plus simplement le bon règne (Plut. euvotAia), personnification de la puissance bienfaisante de Mazdâh, qui doit faire le bonheur du juste en ce monde et dans l'autre, c'est encore le patron des métaux. Spenta Armatay (« la sainte humilité ») continue à être le contraire de Tarèmatay^ l'insolence hautaine (t^êpiç, diraient les Grecs). Le pehlevi et Plutarque la traduisent par « sagesse » (aocpia), ce qui est très conforme à sa nature dans les Gâthâs. Comme attribut matériel, elle prend soin de la terre. Haurvatât {« santé ») et Ameretatât (« immortalité ») sont toujours les deux bienfaits jumeaux, qui font le bonheur des élus.
Plutarqae les traduit par ttXootoç, ce qui est bien dans l'esprit des Gâthâs, où la félicité du Royaume désiré est habituellement représentée sous la forme de « richesses » (cf. supra) ; mais elles sont devenues subsidiairement les génies protecteurs des eaux et des plantes.
Au-dessous de Mazdâh et des Ameshas Spentas, il y a les Yazatas, « êtres dignes de vénération ». Ce sont pour la plupart d'anciennes divinités aryennes, reléguées dans le système avestique au rôle d'anges auxiliaires. Parmi eux, citons Afar^ personnification du feu, qui joue un rôle si important dans le culte mazdéen que ses sectateurs ont été souvent traités d' « adorateurs du feu ». 11 est pour eux le symbole de la divinité, l'emblème sacré de la foi. Comme Yazata, il est fils de Mazdâh et revêt cinq formes différentes. Son essence se manifeste notamment sous l'aspect du hvarenah, auréole ou gloire entourant les rois et les prêtres. A côté du génie du feu, se place celui des eaux, Anâhita, r'Âvaiti; des auteurs grecs. Puis viennent les divinités qui président au jugement des morts : Mitliî-a, Sraoska, Rashnu. Les deux derniers sont des abstractions personnifiées ; Rashnu esildi « Justice », Qi Sraosha, « l'Obéissance religieuse, le culte », une sorte de dieu-prêtre. Mi~ thra est le plus important des trois. Il est identique originairement avec le Mitra hindou, le compagnon constant de Varuna, équivalent indien de Mazdâh. Tous deux sont des dieux moraux, les gardiens de Vrta (av. asha), les vengeurs des fautes. Mitra, dans le Véda, est plus spécialement appelé celui qui fait tenir aux hommes leurs engagements. Dans l'Iran, il apparaît partout clairement comme le dieu du
contrat. Aussi a-t-on pu dire ^ qu'il était le contrat personnifié. Il se présente nettement dans l'Avesta (Yaslit X) comme le dieu de la parole donnée. C'est par lui que les Perses juraient. Il est donc le dieu de l'honneur militaire, le dieu des guerriers, ce qui explique sa popularité chez les conquérants et la grande diffusion que reçut son culte, contaminé de diverses influences, dans les légions romaines à l'époque impériale. Il est le dieu qui voit tout, même les choses les plus secrètes. Le soleil est représenté dans l'Avesta comme son œil : idée qu'on retrouve dans le Veda pour Mithra et Varuna, les gardiens de la loi morale. L'identification du dieu iranien avec le soleil dans le culte mithriaque romain, et ses rapports intimes avec le soleil dès l'époque aryenne peuvent s'expliquer par ce rapprochement. 11 est, au reste, possible, mais indémontrable que, dès le début, Mithra n'ait été que le soleil adoré sous cet aspect particulier d'œil qui surveille la conscience des hommes. En tout cas, Mithra est une des divinités les plus populaires de l'Iran, et son absence dans les gâthâs est due à une exclusion systématique que le mazdéisme n'a pu maintenir.
A côté de Mithra, les guerriers vénéraient Vereihra^hna, le génie de la victoire : il n'est autre que le dieu indo-iranien Indra, appelé Vrtrahan dans le Veda ^.
Les Fravashis ^ sont des esprits assez analogues