‹ ChristusChapitre 56 sur 284 · Meillet, Journal Asiatique, 10» sér., X, p. 142 sqq · texte numérisé non relu

Meillet, Journal Asiatique, 10» sér., X, p. 142 sqq

2. Le nom même Indra est devenu dans l'Avesta celui d'un démon {cf. supra, p. 198, n. 1).

3. Ce mot se laisse déjà reconnaître dans le nom propre •î'paopTTj;. un siècle avant Darius.

axLXgenii romains et à nos anges gardiens. Ils sont attachés à un être déterminé et existent avant sa naissance. Après la mort, ils s'unissent à l'âme de riiomme, et peuvent avoir été primitivement des sortes de dii mânes. Chaque dieu et chaque homme a le sien qui lui rend mille services, et, en retour, est l'objet d'un culte.

Une conception assez voisine de celle des Fraçashis est celle du Geush urçan « l'âme du bœuf », qui est l'âme divinisée du bœuf primordial, celui qui, d'après le Bundahishn, vécut trois mille ^ns avec le premier homme, Gat/ô Maretan, et d'où sont sortis les bœufs et les autres biens de la terre, dont ces animaux sont le symbole.

C. Les mauçais esprits. — Anrô Mainyav est, nous l'avons vu, la contre-partie d'Ahura Mazdâh. C'est un être méchant, qui veut nuire aux créatures de la bonne création. Au lieu d'être sage, il est ignorant. 11 a peur de Mazdâh. Tandis que ce dernier habite dans un lieu de lumière et de délices, il demeure dans les ténèbres et dans l'abîme. Il cherche à s'asservir les créatures de Mazdâh, en les entraînant à commettre des fautes (infidélité, doute, avarice, et surtout mensonge) ou à contracter des souillures par le contact d'un être impur. Il a mis le poison dans les plantes et gratifié l'humanité de 4333 (!) sortes de maladies. Souvent on l'appelle simplement, surtout dans les gâthâs, driLg « la tromperie », nom qui s'applique aussi à d'autres démons, par exemple à celui qui est l'adversaire attitré de Sraosha et à Nasav (véxuç), le démon de la mort qui s'empare des cadavres.

Sous Ahrô Mainyav, sont les daêç>as « démons » et, dans le nombre, on en distingue six, qui cons-

titiient un groupe opposé à celui des Ameshas Spentas. On nomme, parmi eux, Aeshma, le démon de la violence, et Aka manah, « le mauvais esprit », l'ennemi de Vohu Manah, etc.. Quelques autres démons ou êtres malfaisants jouent un rôle assez important, tels Bûshyamstâ^ démon de la paresse, Apaosha, démon de la sécheresse. Il reste à mentionner les Yâtus, qui sont des sorciers, les Pairikâs, qui sont des enjôleuses [les péris des contes persans), etc.

D. Origines du înonde et de Vhomme. — Avant la création, existait le temps infini, Zerçan akarana. Avec elle s'ouvre une longue période de 12000 ans. Pendant les 3000 premières années, Ahura Mazdâh conserva sa création dans un état immatériel. Seuls existaient les fravashis des créatures. Cette phase se termine par l'éveil d'Anrô Mainyav, qui jusqu'alors était resté engourdi. Mazdâh lui offre la paix, mais il la refuse, et la guerre est déclarée entre eux pour 9000 ans. Mazdâh frappe son adversaire de la toutepuissante prière de Vahuna çairya, et l'étourdit.

Les 3000 ans qui suivent, sont consacrés à la production sous leur forme matérielle des êtres dont le prototype existait déjà pendant la première période Au début du septième millénaire, Anrô Mainyav rentre en scène et s'acharne sur la création. 11 tue notamment le taureau primordial et le premier homme (Gayô maretan). De leurs corps sortent respectivement les animaux et les hommes. Parmi les rois des anciens temps, le plus connu est Yima, qui préside à une sorte d'âge d'or : son règne de mille ans prend fm à la suite des fautes dont il se rend coupable. Il est détrôné par le dragon Azhi

Dahâka. Ce Yima est une figure indo-iranienne. Il correspond au Yama des Hindous, qui était dans le Vedale premier homme, le premier trépassé et le roi des bienheureux, et qui devient dans l'Inde brahmanique le dieu des régions infernales. Dans les traditions iraniennes, il était aussi célèbre pour avoir abrité dans un enclos [{fara) les créatures contre les ravages d'un hiver rigoureux. 11 tient une place importante dans les légendes persanes sous le nom de Jamshêd (Yima khshaêta).

Le dernier trimillénaire s'ouvre par la révélation faite à Zoroastre, et la conversion du roi Vîshtâspa. 11 sera marqué dans l'avenir par la venue d'une série de prophètes [saoshyant) et, vers la fin, par l'apparition à' AsWateretay le saoshyant par excellence. Au terme des 12000 ans, ce sera la résurrection générale, la victoire de Mazdâh sur son adversaire, et le commencement d'une nouvelle période de temps infini.

E. Morale. — L'homme est au centre du monde et de la lutte entre les deux Esprits. Par la pratique de la vertu, il se range du parti de Mazdâh, et contribue à la victoire du bien sur le mal. Par le péché, il devient la proie des esprits mauvais : drdgvant.

Les devoirs du fidèle [ashat^a/i) sont le cultc> d'Ahura Mazdâh et des autres bons esprits, l'entretien du feu sacré, et la vénération pour les morts. Des vertus personnelles, la droiture est la plus appréciée. Le Zoroastrien est astreint à garder une grande pureté : non seulement il doit s'abstenir de l'adultère, du viol et des actes contre nature, mais il est soumis à de multiples observances, parfois

bizarres, qui concernent les rapports sexuels et le contact avec les êtres ou les objets impurs, spécialement les cadavres. La charité envers les pauvres, rhospitalité envers les étrangers sont également recommandées et pratiquées. Comme vertu sociale, le travail de la terre est placé au premier rang. C'est une faute de couper un arbre. Le bœuf et le chien doivent être l'objet des plus grands égards.

On peut critiquer dans ce code de morale élevé l'exagération un peu tracassière et niaise de certaines observances : le Vendîdâd, qui nous les expose en détail, menace de peines aussi fortes des manquements qui nous paraissent anodins et les vrais crimes. Il est aussi grave, par exemple, de priver un chien d'aliments que délaisser un prêtre mourir de faim (Vendîdâd, XIII, 59-60). Cette morale est déparée égale ment par la glorification comme une vertu, dans les livres pehlevis, du khvaêtvadâtha (pehl. khi>etukh-dâh)^ qui n'est autre que le mariage incestueux. Cette aberration, — dont il y a des exemples, en dehors de la Perse, — paraît due au désir de flatter les souverains et les nobles qui pratiquaient cet usage pour maintenir la pureté du sang de leur race. Les Parsis actuels refusent d'admettre que ce soit là le sens à donner au terme en question. La pratique est, du reste, d'autant plus étonnante que les Aryas de l'Inde et les Indo -Européens en général sont plutôt exogames.

Les pénitences imposées pour l'expiation des fautes sont multiples : la mort pour celui qui aurait touché seul un cadavre (voir ci-dessous), pour d'autres coupables la récitation d\i paiùita, sorte de con-

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fiteor, un sacrifice public, une aspersion d'urine de vache, une espèce de retraite de neuf jours, des coups d'aiguillon. Le nombre de ces coups est indiqué dans le Vendidàd pour chaque genre de fautes. De nos jours, — et sans doute déjà depuis longtemps, — ils sont remplacés par des prières et des offrandes aux prêtres, réglées dans les mêmes proportions. Certains crimes, par exemple les fautes contre nature et la crémation,sont inexpiables et rendent le coupable peshôtanû « corps perdu », c'est-à-dire proie sans rémission de la drug.

F. Vie religieuse, culte. — Les temples, — primitivement très rudimentaires, — renferment l'urne où brûle le feu sacré, dans lequel on jette des parfum,s et dont on n'approche que le visage voilé du pailidâna, de peur que la respiration ne le souille. Chaque Zoroastrien entretient de plus un feu sacré dans sa maison.

La liturgie exige la récitation journalière de quelques versets de l'Avesta. Celui-ci a été dans ce but divisé en fragments, rangés d'après la date de récitation, indépendamment de l'ordre naturel, comme c'est le cas, par exemple, pour l'évangile dans les missels. Pendant la récitation, le prêtre tient en main le baresmaii (faisceau de branchettes). Chaque mois et chaque jour a son patron. Les fêtes principales sont le nouvel an (pers. naurôz)^ qui est resté dans la Perse mahométane la plus grande fête de l'année, les équinoxes consacrés à Mithra, les gahambars aux changements de saison, les jours des morts à la fin de l'année, les jours de pleine lune et de nouvelle lune. Les offrandes à la divinité consistent en pain et en myazda. Ce dernier terme si-

gnifîe « viande », mais il s'applique aujourd'hui à du lait. Il y a, en outre, le sacrifice du haoma (le soma hindou, cf. supra), sorte d'herbe enivrante, dont les tiges sont broyées dans un mortier : le jus en est ensuite filtré, approché du feu, et bu par le prêtre officiant (av. zaotar, pers. zôt] et ses servants (raspi). Les prêtres s'appellent aussi mobeds (av. mogupaiti)^ c'est-à-dire « chef de Mages ».

L'enfant, à sa naissance, a la lèvre humectée de haoma, mais il ne devient un vrai zoroastrien qu'après avoir reçu, entre douze et quinze ans, la ceinture kushtiy qu'il portera toujours, sauf endormant. Cette imposition s'accompagne d'une cérémonie, qui dure neuf jours. Le mariage est un devoir pour le zoroastrien. Le cérémonial actuel parsi est emprunté aux usages hindous.

Quand un zoroastrien va mourir, on apporte près de lui un chien dont le regard arrêtera un moment la féroce drug Nasaç. Celle-ci, après le dernier soupir, s'empare du cadavre, qui dès lors est impur. x\fin d'éviter de contracter la pire souillure, les hommes seront deux à le transporter, et tiendront la main dans un sac. Ils conduiront le mort au dakhma, « tour du silence », où il sera la proie des animaux impurs. Ni l'eau, ni la terre, ni le feu ne peuvent être souillés par un cadavre.

G. Eschatologie. — L'âme du Mazdéen plane encore trois jours autour du logis, puis elle prend son vol et arrive au tribunal de Mithra, Sraosha et Rashnu. Les mérites et les démérites sont pesés dans une balance. Si aucun plateau ne s'incline, l'âme dont les fautes égalent les mérites, est reléguée dans Vhaméstokàiiy « équilibre », où elle n'aura à souffrir que

du froid et du chaud. Sinon, elle est destinée soit à un séjour de délices, soit à la damnation.

L'âme doit alors passer le pont Chinvat, large et aisé pour le juste, tandis que le damné en tombe dans l'abîme. Le paradis (pers. Behesht =r Vahishta « le très bon ») est le séjour de l'éternelle lumière, la belle demeure de Vohu Manah où les âmes reposent sur des tapis d'or. Le damné, au contraire, est précipité dans les ténèbres infernales, opaques au point qu'on peut les prendre en main. Arda Virâf, le Dante persan, dans sa célèbre vision, raconte de façon très pittoresque ce qu'il a vu en enfer. Il s'étend sur les multiples tourments, « si terribles que quiconque est resté, ne fût-ce qu'un jour, en enfer, s'écrie : « Ne sont-elles pas encore finies les neuf mille an- « nées après lesquelles on ouvrira l'enfer? »

De fait, dans la conception mazdéenne, l'enfer n'est pas éternel. La résurrection générale renouvellera le monde. A ce moment-là, un torrent de plomb fondu submergera la terre, et tous les hommes, vivants ou ressuscites, seront engloutis. Ce sera la dernière épreuve, celle dont parlent déjà les gâthâs. Pour les justes, elle sera sans souffrance, mais elle suppliciera les coupables. Toutefois, chacun en sortira pur, et désormais tous les hommes vivront ensemble pour un « temps infini » dans un monde d'où le mal aura disparu.

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