R. DcssAUD, op. cit., p
tères lui donneront une nouvelle vie : l'adoration des divinités clitlioniennes et productrices sera « le fond de tous les mystères grecs, et en particulier de ceux d'Eleusis ^ )).
Dans cet exposé, pour plus de clarté, nous sommes allés du moins parfait au plus parfait. Il ne faudrait pas en conclure que dans la réalité historique les Grecs ont passé graduellement des formes inférieures du fétichisme à une conception plus haute. Ce que l'on constate, c'est la juxtaposition de ces formes du sentiment religieux, non l'évolution. Aussi loin que l'archéologie ou la linguistique remontent, nous trouvons des dieux adorés comme des êtres célestes et immortels. Et, psychologiquement, on ne prouvera jamais que l'homme a dû commencer par s'imaginer les êtres supérieurs dont il se croit dépendant, comme enfermés dans des pierres, des arbres ou des animaux, et ensuite, par un travail de réflexion successive, les ait conçus à l'analogie des êtres humains, avec des passions, des intentions et des formes humaines. C'est un procédé trop naturel à l'homme de tout concevoir à son image et ressemblance, pour que l'on aitledroit de supposer ici l'évolution, bien que d'ailleurs il ait pu mettre un certain temps à trouver les formes d'art concrètes, qui exprimassent ses idées religieuses. Et pour ce qui est des Grecs, la conception d'un dieu du ciel, dont la foudre est le principal attribut, est une de celles qui s'affirment comme les plus anciennes et primitives^.
4. Lenormant, dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, arl. Eleusinia, p. 544.
2. Dans la 3" édition allemande du Manuel de Chantepie de la Sals- SAYE, HoLAVERDA recounaît que cette idée d'un dieu du ciel, régent
LA RELIGION DES GRKCS. 31 i
Aux partisans d'un évolutionnisme radical, qu'il nous soit permis d'opposer en terminant les sages réflexions que suggère à M. K. Dussaud l'étude des civilisations les plus anciennes de la Grèce : « Aussi haut que nous puissions remonter, c'est-à-dire dès l'époque néolithique, les Egéens ont conçu certains
dieux sous forme humaine La conception des
divinités sous forme humaine est importante à constater aux plus hautes époques, dès la prise de possession des îles grecques par l'homme. Les théories surl'évolution religieuse en ces régions, n'en tiennent généralement pas un compte suffisant. Laconception anthropomorphe n'exclut pas la conception des divinités sous forme animale ou sous forme d'un arbre, d'une pierre ; ces conceptions ne sont pas antérieures lune à l'autre; elles coexistent. Il faut prendre garde, quand on parle des progrès de l'anthropomorphisme, que ces progrès ne doivent s'entendre que des représentations figurées. A certaines époques, le développement des arts plastiques s'est répercuté sur le matériel du culte ; mais il n'y a pas eu introduction d'une notion nouvelle. La preuve en est fournie par les idoles néolithiques, qui, bien que plus anciennes, sont cependant plus voisines du type humain que les idoles des îles dites en violon^ »