II. — La religion romaine au temps de la République
UHellénisme à Rome. — Cette religion antique, que les Romains appelaient « religion de Numa », du nom du roi à qui la légende attribuait la première législation religieuse, devait commencer à se trans-
former dès la fin de la monarchie. L'évolution continua sous la République, et ce fut bien plutôt une dégénérescence qu'un progrès.
La cause principale de ce changement, qui ne fut ni universel ni immédiat, est à chercher dans l'infiltration des idées, des légendes, des mœurs grecques, que le commerce et la guerre firent pénétrer dans les milieux romains. L'Etrurie, qui donna aux Romains leur dernière dynastie, et la Grande Grèce furent les deux centres principaux d'où rayonnèrent ces influences exotiques.
L'évolution religieuse est dans le sens de l'anthropomorphisme : les dieux et les déesses, aux physionomies désormais plus accentuées, ont besoin de temples pour vivre, — chose inouïe dans le culte primitif. La statuaire leur donne des formes humaines, et à chacun des attributs spéciaux. Jupiter, Jiinon et Minerve, la triade étrusque, entrent au Gapitole. Le 13 septembre, jour anniversaire de la fondation du temple, a lieu le fameux banquet de Jupiter, Epuliim Jovis, auquel prenaient part les magistrats et les sénateurs, pendant que la statue de Jupiter, en costume triomphal, était couchée sur un lit, ayant Junon et Minerve assises à ses côtés. Ce cérémonial pompeux et franchement polythéiste, — sinon le banquet lui-même, — est une importation étrusque, greffée sur le culte plus spirituel et plus simple des vieux Romains.
De même, certaines cérémonies grecques envahissentlerituel. En399 avant J.-C, est célébré ofiiciellement le premier lectisternium^ rite purement grec, en l'honneur d'une triade de couples de dieux. Sur le forum, trois lits furent dressés pour Apollon et
Latone, Héraklès et Artémis, Hermès et Poséidon, toutes divinités étrangères, et devant eux l'on plaça une table chargée de mets. Ce rite était étroitement lié à celui des supplicationes, ou processions solennelles d'un sanctuaire à l'autre, qui semblent avoir eu pour but l'action de grâces autant que l'intercession. Les grands dieux de la Grèce s'introduisent successivement. A leur contact, les dieux indigènes se modifient, s'accommodent au goût nouveau, se parent des mythes et des légendes grecques, certains s'identifient même complètement à des divinités helléniques : ainsi Diane est assimilée à Artémis, Cérès à Déméter, Vénus à Aphrodite, Liber Pater à Dionysos, Mars à Ares, etc. Mercure, à l'exemple de Hermès, est promu messager des dieux et conducteur des âmes ; Neptune, devenu dieu de la mer, a, comme Poséidon, son cortège de Néréides et de Tritons. L'un des derniers cultes importés fut celui de Cybèle, la grande déesse de Phrygie, dont la statue fut solennellement installée au Capitole en 204 avant J.-C.
Vers la même époque, on constate le renouveau d'une tendance, toujours plus ou moins active à Rome : celle de diviniser les vertus favorites des Romains, et d'élever des temples en leur honneur, — par exemple à la Bonne Foi, à l'Honneur et au Courage, à la Concorde, à l'Esprit [Mens, on dirait presque l'Inspiration), même à la Crainte.
Quelques auteurs ont pensé que, durant le m® siècle avant J.-C, une réaction fut tentée en faveur du « nationalisme » religieux '. En tout cas, elle n'a-