W'ARDE FowLïx, The Roman Festivals, p
boutit pas. Malgré certaines mesures énergiques du Sénat, comme l'édit de 186 avant J.-C, qui prohiba les Bacchanales et entraîna la condamnation à mort de milliers de personnes coupables d'y avoir pris part, le culte continua à s'helléniser, au moins dans les cercles officiels, et la décadence s'accentua.
A la fin de la République et au commencement de l'Empire, c'était devenu un lieu commun de se lamenter sur la mort de la religion. Les temples étaient en ruines, les fêtes abandonnées, les confréries religieuses sans vie. Dans le De Oratore de Cicéron (III, 33), Crassus se plaint qu'on ne s'adonne plus à l'étude du droit religieux. Des poètes comme Horace et Properce nous disent que les toiles d'araignée couvrent les autels, que les images sacrées sont noires de poussière et de fumée dans les sanctuaires croulants. Jupiter Feretrius vit à la belle étoile, et Junon Sospita n'a plus d'adorateurs. Le prestige des augures est complètement ruiné. Jadis, les Romains avaient inventé tout un code complique pour interpréter les signes envoyés par les dieux : éclairs, vol et cri des oiseaux, appétit et gaîté des poulets sacrés, accidents fortuits de mauvais présage, etc. Dès le temps des guerres puniques, le sérieux des premiers âges est fortement entamé : Claudius Pulcher ose noyer les poulets sacrés ; Marcellus tire les rideaux de sa litière, pour éviter d'apercevoir quelque présage défavorable; Flaminius se passe d'auspices en face d'Hannibal. Ce discrédit ira grandissant, si bien que sous l'Empire les magistrats se contenteront de prendre les auspices, une fois Tan, au Gapitole. Quant aux aruspices, sorte de devins venus d'Étrurie, ils se prenaient si
peu au sérieux que deux d'entre eux ne pouvaient se regarder sans rire.
C'est que l'influence grecque n'avait pas seulement importé de nouveaux rites, elle avait introduit un nouvel esprit de scepticisme irréligieux. Les légendes grecques, si souvent immorales et irrévérencieuses, popularisées par les artistes et les dramaturges, comme Plante (-j- 184 avant J.-C.) ou Térence {f 159 avant J.-C), ne pouvaient qu'affaiblir dans l'âme romaine le respect des dieux et des rites sacrés. La philosophie était encore plus efficace pour détacher de la vieille religion les esprits cultivés. Ennius (-}- 169 avant J.-C.) traduit Ëvhémère, et romanise l'interprétation historique et rationaliste des mythes. Pour Polybe (f 126 avant J.-C), qui représente les tendances du cercle des Laelius et des Scipions, la religion romaine n'est qu'un moyen de maintenir la foule ignorante. Pour Varron (y vers 26 avant J.-C), la religion présente surtout un intérêt archéologique : ses recherches sont d'ailleurs aussi impuissantes à ranimer le sentiment religieux, que l'histoire d'un costume à faire revivre une mode surannée. L'attitude laplus commune, parmi les classes dirigeantes, est celle de Cicéron. En lui il faut distinguer trois hommes : l'homme d'Etat, qui dans ses discours devant le peuple croit aux présages et invoque les dieux; le philosophe, qui vulgarise les idées grecques et adhère, d'une adhésion littéraire et momentanée, aux belles thèses de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme; enfin l'homme privé, qui, dans sa correspondance, ne fait pas montre du moindre sentiment religieux, pleure sans espérance sur la mort de sa fille ïullia, et laisse à
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Terentia le soin de sacrifier à Esculape, quand il a été guéri de quelque malaise.
L'hellénisme ne pouvait agir aussi profondément sur les âmes populaires. Pourtant, l'amour du culte national n'était pas tellement enraciné en elles qu'il fût à l'abri de toute atteinte. Une religion, qui avait longtemps réservé aux patriciens le droit exclusif d'entrer dans les collèges des Pontifes, qui s'occupait beaucoup plus de l'observance du rituel que des dispositions intimes, n'était point propre à développer chez les individus l'intensité du sentiment religieux et à opposer à l'influence grecque une résistance bien eflicace. Et quand les plébéiens arrivèrent aux fonctions religieuses par les lois Licinta (367 avant J.-C.) et Ogalnia (300 avant J.-C), ils ne durent apporter qu'un souci modéré à défendre des traditions religieuses, dont beaucoup avaient été longtemps le monopole du patriciat.
Il est pourtant un culte qui se maintint toujours vivace, le culte des morts. Malgré tout, les hommes se trouvaient là en présence d'une terrible réalité, qui les forçait à regarder au delà de la vie. Bâtis au bord des voies romaines, les tombeaux rappelaient aux passants les mystères de la destinée humaine. Ces tombeaux demeurent l'objet de soucis constants : pour les orner, par testament on lègue des jardins pour y cueillir des roses et des violettes. Les épitaphes marquent rarement l'incrédulité : « Autrefois j'étais, maintenant je ne suis plus », — ou le cynisme: « Mange, bois, amuse-toi bien... » Le plus souvent, on souhaite au mort qu'il se porte bien ou que la terre lui soit légère. En termes touchants on invite les défunts à apparaître aux vivants dans leurs songes
nocturnes; de leur côté, des morts demandent des prières et promettent reconnaissance. Déjà commencent à se former ces associations funéraires, dont les membres s'assurent réciproquement une tombe, ou du moins une niche dans le caveau commun. Par ce culte des morts, l'esprit religieux se perpétuait et devait se transmettre à un autre âge.