‹ ChristusChapitre 87 sur 284 · Saint Augustin, De utilitate credendi · texte numérisé non relu

Saint Augustin, De utilitate credendi

en droit de lui demander, c'est qu'il nous présente ces conceptions nettes de toute scorie, qu'il comble ces aspirations religieuses, inassouvies dans les cultes païens, qu'il transforme les tâtonnements dans les ténèbres à la recherche du vrai Dieu {Act. xvii, 27) en une marche allègre et lumineuse vers le Père céleste.

Dès lors, si nous comparons les mystères païens et la religion chrétienne, la transcendance de celle-ci apparaît indéniable. Des deux côtés, les doctrines se présentent concrétisées dans des histoires, qui en sont comme les véhicules. Pour les initiés des cultes païens, les légendes de Cybèle, d'isis ou de Mithra traduisent les croyances ou les espérances d'immortalité. Pour les chrétiens, la vérité est incarnée dans la personne de Jésus, réalisée dans sa vie exemplaire. Et l'on voit quel abîme sépare le christianisme des cultes païens : d'un côté, la légende, de l'autre, l'histoire ; d'un côté, la fiction, de l'autre, la réalité. Encore faut-il ajouter que ces fables sont le plus souvent immorales, bizarres ou hideuses, impropres à porter de hautes vérités spirituelles, oun'offrant, comme les mythes du Mithraïsme, que le froid symbolisme de légendes cosmiques! Aussi, fondées sur la vérité, sur le Christ, source et fin de toute doctrine, les idées chrétiennes de pureté, d'expiation, d'union à la divinité, prennent une profondeur, une intensité spirituelle, dont le paganisme nous offre à peine une ombre.

On a insisté spécialement sur les analogies entre le Mithraïsme et le Christianisme, et dans son OrpheusM. SalomonReinach les résume ainsi : « Mithra est le médiateur entre Dieu et l'homme ; il assure le salut des hommes par un sacrifice, son culte comporte le baptême, la communion, des jeûnes ; ses fidèles

s'appellent frères; dans le clergé mithriaque, il y a des hommes et des femmes voués au célibat; sa morale est impérative et identique à celle du christianisme \ » C'est là une série d'affirmations hautaines, auxquelles le P. Lagrange pouvait opposer une série de négations péremptoires : « Passe pour les jeûnes et la fraternité, faits communs à tant de religions. Tout le reste est inexact. Mithra n'est nommé médiateur que dans Plutarque, où il est médiateur entre le dieu du bien et le dieu du mal [De Js, et Osir. 46) ; on ne sait rien du rapport direct du sacrifice du taureau avec le salut, et ce n'est toujours pas Mithra, qui est sacrifié comme Jésus; le baptême mithriaque est une ablution comme tant d'autres ; la communion mithriaque n'est qu'une offrande de pain et d'eau, dont on ne peut pas même dire qu'ils représentent Mithra; les femmes ne faisaient pas partie ordinairement des mystères mithriaques, et ne pouvaient donc y être vouées au célibat (on ne connaît jusqu'à présent qu'une lionne mithriaque) ; quant aux hommes, on ne sait rien là-dessus que par un texte de ïertullien, qui a été mal compris ^ ; toute morale est plus ou moins impérative, et si celle de Mithra était identique à celle du christianisme, pourquoi l'empereur Julien, fervent mithriaque, a-t-il recommandé aux païens d'imiter la morale des chrétiens ^ ? »

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