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Salomon Reinagh, Orpheus, p

2. De Praescr. 40. Voir d'Alés, Rev. prat. d'apologétique^ !«' février 1907, p. S19, note 3. Lire « meaàui Mithrae ». — Le sujel de la fameuse phrase : t Habet et vir-jines, liabei et coutiiienles » est, non pas Mitiira, mais diaûo/us, sujel logique de tout le développement. Teriulii-n fait allusion à des sacerdoces rouiaïus qui n'ont rien à voir avec le culte de Miihra.

3. Quelques remarques sur l'Orpheus de M. Salomon Reinach, Paris, 1910, p. 57, 58.

398 CHAPITRE VJII.

Nous n'avons aucun document historique, qui nous permette de constater Texistence d'un véritable code moral, d'une poussée vers un idéal qu'on puisse mettre en parallèle avec les préceptes chrétiens. Cette absence d'un code moral précis, aussi bien que d'un ensemble dogmatique défini, est peut-être ce qui sépare le plus nettement la religion mithriaque, disons mieux, tous les cultes païens, de l'inflexible doctrine chrétienne.

C. La philosophie religieuse. — L'invasion des religions orientales n'était pas la seule force nouvelle qui vînt aviver le sentiment religieux et le surexciter. On constate à la même époque dans la philosophie une tendance marquée à se rapprocher de la religion, pour agir sur elle.

Parmi les systèmes empruntés par Rome à la Grèce, le Stoïcisme avait triomphé. Déjà, au milieu des splendeurs du règne d'Auguste, il avait mis sa note pessimiste. A mesure que grandit le despotisme des empereurs et la servilité des sujets, les âmes plus hautes cherchèrent une consolation dans la philosophie, et trouvèrent, dans les doctrines austères du Stoïcisme sur le détachement et l'abstention, l'aliment désiré. Avec leur sens pratique, les Romains firent de la philosophie une « école de vie », pour apprendre à passer en ce monde sans tache et à mourir bravement, sans autre consolation que la conscience de sa propre vertu ou l'espérance d'une immortalité impersonnelle.

Le principal représentant de ces aspirations fut Sénèque, « un esprit merveilleusement adapté aux goûts de son temps », a dit Tacite, âme ondoyante aussi, oii semblent se combattre deux hommes, le

philosophe et le dévot. Philosophe, il enseigne que Dieu n'est que Tàme du monde, la force infinie, immanente à Funivers. Sur l'immortalité de l'àme humaine, il hésite ou la réduit à une survivance impersonnelle, à la résolution de ses éléments dans le grand Tout. Dévot, il introduit dans la philosophie une sorte d'enthousiasme mystique, inconnu des Romains. Dieu devient un père, l'ami de nos âmes, toujours présent et vigilant. Et notre attitude envers lui doit être une attitude d'adoration et d'amour. La vie est un long combat pour la vertu, avec Dieu ou les dieux à nos côtés, dans l'union aux hommes, nos frères, car « les esclaves mêmes sont nos humbles amis ». Après avoir longuement pratiqué l'abstention et le détachement, Tâme quitte le corps comme une prison, et le jour de la mort, redouté comme la fin de l'existence, est en réalité la naissance à la vie éternelle.

Pourtant cette ferveur de conviction ne saurait voiler les lacunes profondes du système de Sénèque, aussi bien que des Stoïciens du siècle suivant, l'affranchi Épictète et l'empereur Marc Aurèle. Cette morale, dune hauteur incontestable, manque de base rationnelle. Les Stoïciens « avaient des désirs pieux et confus, qui ne savaient où se prendre, et qui ne rencontraient devant eux qu'un Dieu obscur et sourd et un avenir sans espérance^ )>. De plus, ces belles paroles sur l'amour de Dieu ne sont que condescendance pour des âmes faibles. Le vrai sage trouve en lui-même le principe de sa force et de son bonheur. Par lui-même, il peut devenir l'égal des dieux, se

1. G. Maktha, Les Moralistes sous Vempire romain 3, Paris, 1872, p. -214.

400 CHAPITRE VIIT.

passer de leur aide, rencontrer la joie suprême dans la contemplation de sa propre vertu. Quoi qu'il en soit de l'analogie de certains préceptes avec ceux de la morale chrétienne, ce principe d'orgueil subtil, qui inspire le Stoïcisme, suffît à le séparer radicalement du Christianisme, à mettre un abîme entre Sénèque et Thomas a Kempis.

L'action de Sénèque n'atteignait qu'une clientèle choisie. A cette même époque, cette sorte de philosophie religieuse rencontre ses prédicateurs populaires, qui iont de la propagande à travers l'empire. Les Stoïciens surtout et les Pythagoriciens semblent en faveur. Ils s'accordent à dénoncer sans relâche le progrès du vice, à exalter l'abnégation personnelle et le respect du prochain. Le plus fameux peut-être de ces prêcheurs itinérants fut Apollonius de Tyane, né vers le début de l'ère chrétienne. Il avait étudié la philosophie en Grèce, et s'était initié dans l'Inde aux doctrines des Brahmanes. Revenu en Europe, il restaura les cérémonies abandonnées, lit des conférences de ville en ville, prêchant dans les théâtres et du haut des marches des temples, flagellant les vices, rétablissant la paix entre les cités. A Rome, il excita parmi le peuple une sorte de « revival », fut persécuté par Néron et Domitien, et mourut dans un âge très avancé. Au iii^ siècle. Philostrate écrivit sa vie ou plutôt sa légende, toute tissée de miracles et de prodiges, qu'on opposa plus tard à l'Évangile. On pourrait encore citer Musonius, qui eut la naïveté de tenter, par un discours sur la beauté de la Paix, la réconciliation des soldats de Vespasien et de Vitellius; Maxime de Tyr et Dion Ghrysostome (f 117), tous deux auteurs de nobles harangues, écrites en

un noble langage. Pratiquement, les sujets développés en ces discours se ramènent à quelques idées simples et communes aux penseurs élevés de tous les temps : existence, sainteté et providence de Dieu, dépendance et faiblesse de l'homme, importance de la vie morale. Les différences accidentelles portent sur la dose plus ou moins grande d'ascétisme. A côté de ces philosophes sincères, de ces « cyniques » honnêtes, il y avait bien aussi des charlatans, qui n'avaientqu'unepensée, s'amasser estime etrichesses, pour prendre ensuite leur retraite. Leur austérité extérieure n'était que le masque d'un secret libertinage, et leur hypocrisie a souvent exercé la verve du satirique Lucien.

Malgré cette propagande philosophique, les esprits même cultivés restaient facilement accessibles à la superstition. Il semble qu'au second siècle elle atteigne son apogée. Les édits impériaux ont beau bannir les astrologues [mathematici)\ on les voit sans cesse reparaître. Les temples d'Esculape deviennent de véritables sanatoriums, où l'on pratique en grand l'incubation : les malades, endormis dans le temple, se croient visités en rêve par le dieu qui leur indique le traitement à suivre ou même les guérit subitement. Le rhéteur Aelius Aristide passe ainsi treize ans de sa vie à chercher de sanctuaire en sanctuaire la guérison d'une maladie nerveuse. C'est le temps où Artémidore de Daldis compile cinq livres sur les songes et leur interprétation, dont le seul intérêt est d'attester la misérable crédulité de cette époque. Cette crédulité fit le succès du fameux imposteur, Alexandre d'Abonotique. Grâce à son talent de ventriloque, il persuada à ses

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contemporains qu'il faisait parler un serpent divin. Consulté comme un oracle, il put venir à Rome, y donner en mariage au vieux consulaire Rutilianus la fille qu'il prétendait avoir eue de la lune, et fut admis dans les conseils de Marc Aurèle. A la veille de l'expédition de Pannonie, l'empereur consultait le serpent d'Alexandre, et, sur sa réponse, faisait jeter solennellement dans le Danube deux lions vivants. Et, suivant une remarque de Paul Allard, si telle était la force de la superstition sur l'empereur philosophe, quelle puissance ne devait-elle pas exercer sur les simples, les ignorants, qui, « loin d'être capables d'écrire leurs Pensées, n'étaient môme point capables de penser * » !

D. La fin i)e la religion romaine. — De 193 à 235, les Sévères eurent le gouvernement de l'empire, et sous leur dynastie se produisit la dernière transformation religieuse, due à des influences étrangères. Déjà les esclaves et les marchands avaient familiarisé le monde romain avec les cultes de Syrie. La présence dans la famille impériale de princesses syriennes, Julia Domna, Julia Maesa, Julia Mammaea, accrut encore cette vogue. Nous avons déjà parlé d'Atargatis, la « déesse syrienne ». Elle fut suivie de « Baals » locaux, tous baptisés Jupiter par les Romains : le Baal de Damas (Jupiter Damascenus) ; le Hadad de Baalbek-Héliopolis [Jupiter Heliopolitanus)^ dont le temple, restauré par Antonin le Pieux, passait pour une des sept merveilles du monde ; le Baal de Doliché en Commagène [Ju-

i. Paul Allap.d, Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, Paris, 1903, l», p. 353.

piter Dolichenus)^ adoré par les légionnaires en Afrique, en Germanie et en Grande-Bretagne. L'empereur Élagabale (218), prêtre du Baal d'Émèse, essaya même d'élever son dieu au rang de divinité souveraine de l'empire. Les vices monstrueux de ce prince et les débordements auxquels donnèrent lieu les fêtes da nouveau Sol invictas Elagabal, provoquèrent une réaction contre les cultes syriens. Il en resta pourtant la tendance, sans cesse grandissante, à reconnaître dans le Soleil la divinité suprême et universelle.

Ce panthéisme solaire répondait aux aspirations syncrétistes, fort répandues au moins dans les centres plus ciyilisés, car, dans les campagnes reculées, les vieux cultes indigènes semblent avoir gardé leur vitalité. Il était de mode de proclamer que tous les cultes se ramenaient à l'adoration d'un seul dieu, sous des noms et des rites différents, suivant le génie de chaque race et de chaque nation. Aucune religion, par conséquent, n'était fausse, aucun rituel, dépourvu de signification. Le prêtre d'Isis pouvait être galle de Cybèle et le dévot de Mithra pouvait participer aux mystères d'Eleusis. Alexandre Sévère plaçait les statues de Jésus-Christ et d'Abraham entre celles d'Orphée et des Lares dans son oratoire privé. Le Soleil devenait le symbole de ce dieu suprême, source de toute vie, immortel et tout-puissant. Sous Aurélien (270-275) le culte du « Soleil invincible » triompha même officiellement. L'empereur lui fit bâtir à Rome un temple magnifique, institua en son honneur un second collège de grands pontifes et des jeux splendides tous les quatre ans, le plaça au sommet de la hiérarchie divine, comme le « Sei-

gneur de l'Empire romain ». Ce fut encore autour du culte du Soleil, que se concentra la réaction païenne sous Julien l'Apostat (360-363). On trouve, il est vrai, chez les néo-platoniciens, Plotin et Porphyre, l'élaboration d'une doctrine idéaliste et panthéistique, la conception d'un Dieu, infiniment éloigné de l'esprit et des sens, mais ce Dieu ne se révèle qu'à quelques privilégiés, dans l'illuminisme de l'extase. Aux foules matérielles, on propose l'adoration du Soleil, et avec tant d'insistance, qu'au milieu duv^ siècle, le pajie saint Léon se plaindra encore de ceux qui, le jour de Noël, au lieu du Christ, adoraient le Soleil. « Tout le paganisme vient ainsi aboutir et se concentrer dans une immense équivoque, ^ù chacun, selon ses goûts et ses tendances, voit ce qu'il veut, l'esprit ou la matière, et qui se concilie à la fois avec les aspirations élevées d'une élite parmi les païens et avec les grossiers instincts de la foulée »

Cette période finale de la religion romaine est une de celles qui illustrent le plus éloquemment le chapitre de Pascal sur la grandeur et la misère de l'homme ! Quelles étonnantes contrariétés que ces élans subits vers le divin, suivis de chutes dégradantes, que ces désirs de pureté et de vie spirituelle, se leurrant à des rites bizarres ou cruels! Et l'on se rappelle le vers de Virgile sur ces ombres qui, n'ayant pas encore trouvé le repos dans la mort, tendent leurs mains dans le désir d'un au-delà paisible :

Tendebantque manus ripae ulterioris amore. 1. Pai!l Ai.r.ARi), Julien l'Apostat, Paris, ^900, I, p. 18.

Plusieurs siècles auparavant, Platon écrivait déjà que la pauvre humanité n'avait qu'une chose à faire, se jeter dans les eaux troublées de la vie, se cramponnant à tout ce qu'elle trouverait sous la main d'espérances, de conjectures, de mythes et de rites, jusqu'au jour où elle pourrait gagner l'autre rive « sur la barque plus sûre de quelque divine doctrine » . Alors que le paganisme se débat dans un dernier effort, la barque divine a commencé son voyage, et déjà elle recueille tous ceux qui, las d'être ballottés à tout vent de doctrine, ont demandé au Christ la lumière et la paix.

Cyril Martindale.

Bibliographie.

Nous avons déjà mentionné au chapitre « Religion des Grecs » les trois grands dictionnaires de Darembfrg et Saglio, Pauly-Wissowa et Rosgher. On peut ajouter :

1° Comme études générales :

WissowA, Religion und KuUiis der Rômer (Handb. d'I. von

Mûiler), Mûnchen, 1902.

G. Bailey, The religion of Ancient Rome, London, 1907. Preller, Rômische Mythologie (3' édit. par Jordan), Berlin,

2° Se rapportant plus spécialement à l'époque impériale : BoissiER, La religion romaine d'Auguste aux Antonins,

Paris, 1874.

DiLL, Roman Society from Nero to Marcus Aurelius, London, 1905.

J. RÉ VILLE, La Religion à Rome sous les Sévères, Paris,

Beurlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs romains,

Paris, 1891.

TODTAIN, Les cultes païens dans l'empire romain. V Partie :

Les provinces latines. Tomel : les cultes officiels ; les cultes

romains et gréco-romains, Paris, 1907 ; Tome II : les cultes orientaux, Paris, 1911.

CuMONT, Les religions orientales dans lePUganisme romain^, Paris, 1909 (on trouvera dans des notes très utiles la bibliographie de ces différentes religions).

Sur les rapports de ces religions avec le Christianisme, voir : M.-J. Lagrange, Les religions orientales et les Origines du Christianisme, dans le Correspondant, 25 juillet 1910, p. 209-241. — H. Pinard, Infiltrations païennes dans le culte juif et le culte chrétien, extrait de la Revue apologétique, Bruxelles, 1909. — G. G. Martindale, The Religion of Mithra (G.T.S., History of Religions, vol. II, London, 1910).

3° Sur le culte :

MOMMSEN, Corpus Inscriptionum Latinarum, I^, p. 361 sq. =

12, 283 sq. : donne des fragments des anciens calendriers

romains.

Warde Fowler, The Roman Festivals of the period ofthe

Republic, London, 1899.

Et les Manuels d'antiquités romaines, comme celui de Bou-

ché-Leglercq, Paris, 1886; ou le grand ouvrage de Mar-

quardt-Mommsen (trad. franc., 16 vol., Paris, 1889 sq.).

Sommaire. — I. Les Celtes : la race et son histoire. — II. Le polythéisme celtique. — III. L' « Autre Monde » celtique. — IV. Les Druides : leur rôle et leurs doctrines. — V. Le culte des morts. — VI. La morale du paganisme celtique. — Bibliographie.

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