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I. — Les Celtes : la race et son histoire

Les Celtes, dont la langue est un des rameaux du grand arbre linguistique indo-européen, nous apparaissent à leur entrée dans l'histoire comme le peuple le plus important du centre de l'Europe. Le pays qu'ils occupaient, comprenait cette haute région centrale, où le Danube, le Rhône, le Rhin et l'Elbe prennent leur source. A l'époque lointaine où les plaines de l'Europe étaient couvertes de forêts et de marécages, ces fleuves étaient les grandes routes du commerce transcontinental ; le versant qui leur donnait naissance était riche en métaux et en mines de sel, et cette situation privilégiée permit aux anciens Celtes de faire de grands progrès dans l'industrie et les arts. L'extension de la civilisation celtique primitive ne nous a été révélée qu'en ces derniers temps

par les découvertes archéologiques, faites à Hallstadt en Haute-Autriche, à la Tène en Suisse et autres centres anciens. A cette période de civilisation que nous font connaître les découvertes de Hallstadt, et que les archéologues ])lacent au viii® siècle avant Jésus-Christ, les Celtes avaient déjà acquis une grande habileté à travailler les métaux, spécialement le fer, que les artisans de beaucoup d'autres peuples, alors en voie de progrès, commençaient seulement à connaître. Il y a aussi de nombreux indices que, dès cette époque reculée, ils avaient posé les assises de cette supériorité qu'ils montreront plus tard en agriculture et dans les arts décoratifs. Vers 600 avant Jésus-Christ, le formidable armement que constituaient leurs lances et leurs sabres de fer, les rendit dans les combats victorieux des nations voisines. Leurs serpes et leurs haches les mirent à même de se frayer des routes à travers les régions forestières, d'ouvrir de larges clairières, et de défricher avec une facilité relative les terrains fertiles, ainsi conquise Vers cette époque, ils franchirent les Alpes au sud et occupèrent la riche vallée du Pô, restée jusqu'alors sous la domination étrusque. Les descendants de cette première émigration celtique nous sont représentés par Polybe comme d'intelligents laboureurs. Ce fut probablement en cette même période qu'ils étendirent leur domination et leurs établissements au nord parmi les peuples teutons, jusqu'aux rivages de la Baltique. Vers 500 avant Jésus-Christ, ils traversèrent le Rhône, et, poussant leur pointe jusqu'en

i. Slige, irlandais, pour « une route »; sligim, « je taille ». La tradition irlandaise mentionne fréquemment le percement des forêts comme un des exploits les plus anciens de la race.

Espagne, soumirent à leur puissance la péninsule. De leur fusion avec les Ibères sortit la race des Celtibères et des Aquitains, qui occupa T Espagne, le Portugal et la France méridionale jusqu'aux bords du Rhône.

Dès une époque reculée, aux premiers temps de V^ge de bronze, des relations commerciales constantes avaient existé entre le continent et la Grande Bretagne et l'Irlande. Les articles principaux, — ou à tout le moins les plus estimés, — de ce commerce étaient le cuivre et l'étain, qui formaient la matière première des arts et des métiers caractéristiques de l'âge de bronze ^ Ce trafic donna naissance à deux grandes lignes de communication, Tune à travers la Manche, l'autre, partant de l'embouchure des fleuves de Gaule et d'Espagne, traversant le détroit de Gibraltar et rOcéan, pour aboutir principalement en Irlande. Par ces deux routes maritimes, les Celtes envahirent la Grande Bretagne et l'Irlande. Ce mouvement d'émigration continua jusqu'à la conquête de la Gaule par César (49 avant J.-C), et même après, semblet-il.

Vers 400 avant Jésus-Christ, un nouvel essaim, sorti delà populeuse ruche celtique, passa sur l'Italie du Nord. En 390, ils prirent et brûlèrent la cité de Rome. Mais en renversant la puissance étrusque, ils

1. a Le district schisteux de VVaterford... a été dés longtemps renommé pour ses richesses minières, bon nombre de filons métallifères ayant été mis en œuvre parles anciens habitants. Un promontoire, formant presqu'île, est perforé comme un terrier de lapins.. Dans leschantiers abandonnés on a trouvé d'antiques instruments, des marteaux et des ciseaux de pierre, et des pelles de bois » (Sir R. Kane, Industrial Resources of Ireland 2, 1845, p. 183). L'emploi d'instruments de pierre montre qu'on a travaillé à ces mines de cuivre avant l'âge de fer.

préparèrent l'essor de l'Empire romain et finalement leur propre asservissement. Au me siècle avant Jésus-Christ, les Celtes franchirent la péninsule des Balkans, et fondèrent une puissante république en Asie Mineure. Ils eurent aussi des établissements en lllyrie, en Thrace et en Macédoine. Sur le delta du Danube et sur les bords de la Vistule, une des grandes voies du commerce par eau, les noms de lieux No^iodunum « la nouvelle forteresse >^, Carrhodunum « la forteresse du char » , attestent l'existence de forteresses celtiques et de postes de trafic. La force croissante des peuples Germaniques, pourvus dès lors eux aussi d'armes de fer, contribua sans doute à la dispersion des Celtes. Les Belges, celtes de langue mais d'une race où l'élément germanique semble avoir dominé, franchirent le Rhin et envahirent la Gaule orientale, poussés qu'ils étaient par les Germains. Une nouvelle troupe d'émigrants, formée de Belges, passa en Grande Bretagne et s'avança jusqu'à la côte de Leinster. Le souvenir en était encore vivant, quand la conquête de la Gaule par César mit lin aux grands déplacements des peuples celtiques. Toujours jaloux de leur liberté locale, les Celtes, pendant toute cette période, formèrent des groupes d'états indépendants, et non, comme quelques-uns l'ont imaginé, un grand empire. Sur le continent ils montrèrent une tendance marquée pour les formes du gouvernement républicain, mais les Celtes insu laires restèrent attachés au régime monarchique : toutefois, leurs rois étaient élus par les hommes libres, souvent déposés par leurs électeurs, et exerçaient une autorité strictement limitée.

Avant leur asservissement par Rome, les Celtes

du continent n'ont pas cessé de progresser eu civilisation. Ce qui subsiste des produits de leur art et de leur industrie, nous révèle un développement, continu. Leurreligion, — aussibien que leurs institutions politiques et sociales, — nous offre un exemple de l'évolution d'une société européenne primitive, en dehors de lasphèreoù s'exerçait activementl'influence orientale. Il est donc intéressant de rechercher dans quelle mesure et de quelle manière les Celtes ont élevé leurs esprits au-dessus du monde matériel et sensible, ce qu'ils ont pensé des choses divines, du monde spirituel, de l'âme humaine, de la vie future.

Nous demanderons la réponse à trois sources principales : les monuments encore subsistants de l'ancienne religion celtique, le témoignage des écrivains grecs et romains^" de l'antiquité, les traditions des Celtes eux-mêmes parvenues jusqu'à nous, spécialement les traditions encloses dans le riche trésor de l'ancienne littérature irlandaise.

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