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III. — Religion naturelle et Religion révélée

Les relations de l'homme individuel et social avec la Divinité rentrent dans la religion naturelle^ ou la ré{>élée, selon qu'elles sont conçues comme résultant de la nature même des choses, ou comme la suite d'une initiative, d'une intervention immédiate de Dieu. En fait, comme J. H. Newman le remarquait déjà\ le second élément domine de beaucoup dans toutes les religions historiques.

Il faut noter cependant que toutes présentent, juxtaposés, indissolublement unis, des éléments se rattachant soit à la religion naturelle, soit à une révélation divine (réelle, ou crue telle).

Dans l'ordre de moralité^ l'on trouve chez tous les peuples, — à côté des préceptes de la morale naturelle, et des devoirs primordiaux mis sous la sauvegarde, et soumis à la vindicte de la Divinité, — d'autres préceptes, d'autres devoirs, surajoutés par la volonté expresse de Dieu (ou des dieux). Certains actes sont considérés comme défendus, parce que mauvais en eux-mêmes (par exemple l'adultère, le meurtre, le vol) ; et d'autres comme mauvais, parce que positivement défendus (par exemple toucher aux

1. J. H. Newman, Grammar of Assent, pari I, ch. iv, n. 3; éd. Longmans, 1903, p. 96. Dans le même sens, A. Fiumin (A. Loisy), Reviœ du Cle7'gé français, i.^"^ janvier 1900, p. 255; P. Wernle, EinfO.hrung in das th. Studium, Tubingen, 1908, p. 44, 45.

objets sacrés, brûler de la cire d'abeille, manger des fèves, etc.).

Il en est de même dans l'ordre du culte et de la dépendance reconnue : la prière de louange et d'adoration, de demande et d'action de grâces, les sacrifices, les offrandes, plus ou moins complètes et coûteuses, d'objets divers dont la destruction ou la consécration sont destinées à reconnaître le souverain domaine de Dieu, ou à se mettre en relations intimes avec Lui, — sont conçus parfois comme dus et résultant de l'ordre nécessaire des choses, mais plus souvent comme directement institués, imposés, demandés par Dieu (ou les dieux).

Dans l'ordre des crorjances, on pourrait rapporter à la religion naturelle celles qui attribuent à la Divinité l'origine et le gouvernement du monde, la Providence dans ses rapports généraux avec l'humanité. A la religion révélée appartiendraient les croyances qui ont trait à la nature intime, à la généalogie, aux interventions divines (alliances, théophanies, mystères), et celles qui touchent certaines économies ou conditions du salut (rédemption, expiation).

La notion du sacré : lieux, temps, choses et personnes sacrées, fait abstraction de la distinction cidessus indiquée. D'ailleurs, bien que cette distinction soit établie sur des faits, et utile pour ordonner les notions religieuses, elle n'est familière (encore dans une certaine mesure) qu'aux peuples habitués à la réflexion philosophique. Chez presque tous les autres, ces éléments de religion naturelle et révélée sont inextricablement emmêlés, avec prédominance des éléments révélés (ou censés tels).

a CHAPITRE I.

C'est à ces derniers que se rattache exclusivement une série fort importante de conceptions religieuses. Que Dieu ait contracté alliance avec un homme ou un groupe d'hommes, qu'il ait par eux manifesté ses volontés, rappelé avec une nouvelle insistance certains traits de la loi naturelle, ou ajouté à ces prescriptions des prescriptions supplémentaires, à l'attente des destinées normales l'espoir de destinées plus hautes, — qu'il ait, dans ce but, pourvu ces privilégiés de moyens de perfection plus efficaces, — c'est ce qu'enseigne toute religion qui se présente comme révélée. Or ces doctrines emportent nécessairement comme corollaires : des croyances positives, touchant le commerce entre Dieu et les hommes ; des signes pour accréditer les envoyés divins (prophétisme, miracles, vertus surhumaines); des traditions, soit orales, soit consignées dans des livres sacrés, couverts par l'autorité du Révélateur, et destinés à garder le souvenir des grandes miséricordes; des secours extraordinaires (lumières, grâces, inspiration) pour atteindre une fin supérieure; des institutions enfin, pourvues de moyens appropriés d'initiation, d'agrégation, de gouvernement (peuple de Dieu, communauté, églises; symboles et hiérarchies; sacrements et sacerdoce).

Familières au lecteur, en pays chrétien, ces notions ont moins besoin d'être expliquées que rappelées. Jointes à celles que nous avons passées en revue au paragraphe précédent, elles constituent le domaine que s'est donné pour tâche d'explorer la science, relativement récente, qui s'appelle la science ou l'histoire comparée des religions \ 1. Ces noms, généralement usités, ne laissent pas d'élre assez équi-

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