Annales d'Ulster, 462 après Jésus-Christ
2. Exemples du culte des arbres : Lemovices, Eburovices (peuples de Gaule) signifient « guerriers placés sous la protection de l'orme (irlandais, lem), rie l'if (irlandais, ibor) ». Mac Cuill, • fils du coudrier », est le nom d'un roi légendaire de l'Irlande, et aussi d'un Irlandais converti par saint Patrick. Dans le premier cas, l'explication traditionnelle est consignée : • le coudrier était le dieu qu'il adorait ». l'nc sorte de filiation religieuse est ici impliquée, et de méma
Il semble qu'on puisse regarder comme une doctrine commune aux peuples de la famille indo-européenne, que les dieux furent les ancêtres plutôt que les créateurs de la race humaine. Les Gaulois, nous dit César, prétendaient descendre d'un dieu, dont il nous voile l'identité sous le nom romain de Dispater : ce pourrait bien être l'irlandais Dagde (Dago-deços, le « dieu bon »), appelé aussi Eochu, Ollathair, « le père universel ». Quoi qu'il en soit, il est certain que les Irlandais païens revendiquaient eux aussi une origine divine, et plusieurs dieux tiennent une place prééminente dans les anciennes généalogies. De ce nombre est Nuadu, l'équivalent en « moyen irlandais » de Nodons, deus Nodons, dont on a trouvé en Grande Bretagne des inscriptions dédicatoires, datant de l'époque romaine. Dans la légende irlandaise, Nuadu est le roi et le chef des dieux, quand ils arrivent en Irlande. Lugh, le dieu de la lumière, de l'aurore, du feu, des arts et des sciences, — le Phébus celtique, pourrait-on dire, — prend place aussi dans la généalogie de bon nombre de familles irlandaises. Un autre dieu ancestral est Oirbsiu Mor, plus connu sous le nom de Manannan mac Lir, « le fils de la Mer », car c'est le dieu de la mer. Les vieux généalo-
dans les noms de personnes, Mac Dara « fils du chêne », Mac Culinn « fils du houx ., DerDraigin * fille de l'épine noire », Der Froich • fille de la bruyère », Eogan « rejeton de l'if ». Plusieurs divinités de Ûeuves sont mentionnées dans les inscriptions gallo-romaines. Deva, « déesse » ou « divine », est peut-être le plus fréquent des noms de rivières celtiques. Boend, l'ancien nom de la rivière Boyne, désigne aussi la femme de Dagde ou le « dieu bon », et la mère du dieu Oengus, qui habitait au bord de la rivière. — Pour le culte des outils, notons quelques noms : Mac Cecht, « fils de la charrue », était le frère de Mac Cuill et « la charrue était le dieu qu'il adorait », — Mac Tail, « le fils de la doloire », Ordovices, peuple breton, « les guerriers du marteau » (irlandais, ord).
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gistes nous disent qu'il a sa résidence sous les eaux de Loch Corrib, — de fait le lac porte son nom, proprement Loch Oirbsen, — ei les habitants du pays racontent de nos jours qu'au temps de la sécheresse, quand les eaux sont basses, on croit apercevoir la cheminée de sa maison. Les généalogistes, quand ils introduisent ces ancêtres divins, évitent tout ce qui pourrait paraître un exposé de la foi païenne ; ils se contentent de dire, en termes généraux, que « quiconque a de beaux cheveux, est honorable, grand, tout guerrier et tout musicien, les gens des suaves instruments à cordes et de l'harmonie, ceux qui excellent dans les arts magiques... sont la postérité de Tuatha De Danann en Irlande... ». Tuatha Dé Danann est le nom commun, usité en littérature, pour désigner la race divine, « le peuple de la déesse Dana ».
Nous ne pouvons plus nous représenter individuellement les dieux celtiques, comme ils apparaissaient à l'esprit de nos ancêtres païens. Ils portent des masques grecs ou romains, qui ne laissent entrevoir que par fugitives échappées leur véritable physionomie. Ou bien ils se meuvent dans une vie intense, il est vrai, mais à une telle distance et dans une féerie si vaporeuse, que si leurs noms ne nous étaient criés bien haut, nous aurions grand'peine à les distinguer les uns des autres. Il nous semble, à mesure que nous les considérons davantage, que chacune des mouvantes figures de ce drame lointain ne garde pas toujours le même nom à chaque apparition. Même à ne regarder que les personnages les plus importants, nous ne sommes pas absolument certains que celui qui est Lugus dans une scène, n'a
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pas pu être le Manannan de la scène précédente, et Ogmios, Oengus, Goibniu ou Diancecht dans quelque autre partie de l'action.
Nous n'avons pas de raison de douter que les poètes irlandais du haut moyen âge fussent en possession d'une tradition mythologique abondante et explicite. Mais ce qu'ils ont ainsi reçu et appris clairement, ils nous l'ont transmis obscurément et par allusions. Ils évitent les récits limpides et sans ambages, de peur qu'on ne les soupçonne d'enseigner et de perpétuer les croyances de la Gentilité : de là, leurs fréquentes protestations d'attachement au Christianisme, spécialement dans les vers de la fin. Souvent un mythe ancien nous est raconté sous la forme d'une histoire topographique. Un bon exemple de ces déguisements, qui nous révèle partiellement l'attitude consciente du poète, nous est offert dans le dinnsenchus, ou légende éponymique de Carn Mail, un ancien tumulus de pierre sur la côte entre Drogheda et Dundalk. Le but avoué du récit est d'expliquer le nom du lieu, mais le poète, conscient de la nature ésotérique des matériaux mis en œuvre, commence ainsi son chant :
Une chose agréable se présente à mon esprit,
Ce n'est pas la (simple) connaissance d'un nom de lieu. :
Mon esprit répand à l'orient la lumière
Sur les mystères du monde.
Ainsi avertis, nous ne sommes pas surpris de constater que le récit n'est qu'une version de plus du mythe connu sur le coucher et le lever du dieu du soleil. Lugaid Mal, « le seigneur Lugaid », est un ancien roi d'Irlande. Il est chassé en exil, mais c'est pour revenir. Avant son retour, il conquiert tout l'Orient, depuis les Orcades jusqu'à la Méditerranée. Puis il fait voile pour l'Irlande. Dans une belle comparaison, il
nous est représenté remplissant de ses vaisseaux les bouches de la rivière d'Ulster. Quand il débarque, il remporte la victoire et devient à nouveau roi de l'Irlande. — Les vaisseaux de Lugaid sont les vagues qui apportent au rivage d'Irlande les premiers reflets de l'aurore. Le nom de Lugaid renferme celui de Lugh, le dieu irlandais du soleil. Il a six frères, qui portent tous le nom de Lugaid. A eux sept, ils représentent les sept jours ou soleils de la semaine. Leur père porte aussi le nom de Lugaid et le seigneur Lugaid a un fils appelé Lugaid : car bien qu'un soleil succède à l'autre, c'est toujours le même soleil qui se lève. — Inutile de dire que cette explication est absente du récit, bien que connue du poète.