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V. — Le culte des morts

Jusqu'à nos jours, en quelques pays celtiques, d'anciens usages païens qui accompagnaient la mort et l'enterrement, se sont perpétués dans la vie populaire. Sur le cadavre, on chante une solennelle lamentation. Souvent, on improvise des paroles, où se

1. Ceci, à supposer que les Pietés n'étaient pas des Celles; et je pense que nous n'avons aucune preuve satisfaisante de leur origine celtique, et ua bon nombre d'indices du contraire.

mêlent l'éloge et la douleur. Une fête funèbre , correspondant au îrepiSeiTcvov des Grecs ou qm silicernium des Romains, est encore en usage dans toute l'Irlande. Les jeux funèbres, connus en Grèce et à Rome, étaient aussi une institution celtique, qui se prolongea après la disparition du paganisme. Des récits irlandais contiennent une formule stéréotypée pour nous dire comment se passaient les obsèques d'un grand homme : « Sa colonne de pierre fut élevée sur sa tombe, son nom fut gravé en caractères « oghamiques » *, ses jeux funèbres furent célébrés. »

Alors que les branches méridionales de la famille indo-européenne tendaient de plus en plus à la vie de cité, les Celtes demeurèrent un peuple des champs. A Athènes et à Rome, les morts étaient enterrés hors la cité. Les Celtes, au contraire, vivant en pleine campagne, eurent leurs cités des morts, et ces nécropoles, qui attiraient des concours périodiques de peuples, devinrent les grands centres de la vie nationale. Tous les ans ou tous les trois ans, à des temps marqués, une grande assemblée se tenait au cimetière principal de la tribu. Le temps choisi semble avoir été celui d'une fête païenne importante, telle que Lugnasad, la fête de Lugus, au commencement d'août, ou Samain, qui correspondait aux fêtes chrétiennes de tous les saints et de tous les morts. Le Livre de Leinster garde un récit composé au xi" siècle, et décrivant \Oenach Carman, la grande assemblée périodique du royaume de Leinster. L'auteur de cette description en vers nous dit que VOenach ou « Foire » fut instituée au temps de Tuatha De Danann,

i. L'ogham est le nom donné à une ancienne écriture irlan(iai>e.

la race divine, et continua de se tenir jusqu'à son époque- Le lieu de réunion était un « cimetière fameux », une nécropole de rois et de reines », et le poète parle de ses « nombreux tumuli », et de ses « tombes droitement alignées ».

La Foire primitive se tenait en l'honneur d'une reine morte. Quand vint le Christianisme, elle continua sous la protection de tous les Saints d'Irlande. La fête durait sept jours, et le premier jour était « la Foire des Saints ». Sans doute, au temps du paganisme, ce jour avait été réservé au culte des dieux. Les jours suivants, on rendait aux morts les honneurs dans l'ordre convenable. Le second jour était consacré aux rois de Leinster, le troisième aux femmes, le quatrième aux états tributaires , le cinquième aux princes de sang royal, le sixième aux hommes libres de Leinster, le septième aux hommes d'Ossory. La foire s'ouvrait tous les trois ans, aux calendes d'août, temps des fêtes de Lugus. On y tranchait les procès, comme dans les réunions tenues sous la présidence des druides au centre de la Gaule. On y réglait les taxes et les tributs. Les rois dispensaient leurs largesses; il y avait des concours de musique, les hommes de savoir récitaient les légendes traditionnelles, les histoires du peuple, les listes généalogiques. La fête comprenait encore des courses de chevaux, de grossières comédies, enfin, — et c'est là presque le seul trait qui ait survécu jusqu'à nos jours de ces antiques réunions funèbres, — un marché de vivres, de bétail, et d'articles de luxe apportés par des « Grecs » , c'est-à-dire des marchands orientaux. Le peuple de Leinster tenait cette foire, nous dit-on, « afin que la terre avec ses beaux fruits lui fût concédée par le

Seigneur ». S'en abstenir attirait sur les gouvernants toutes sortes de maux physiques et moraux : calvitie, embonpoint, cheveux gris précoces, rois sans esprit, sans sagesse, sans générosité, sans vérité.

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